Saint-Georges-des-Coteaux (17) − ZAC des Coteaux

Saint-Georges-des-Coteaux (17) − ZAC des Coteaux

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

16 mars – 16 octobre 2015

Fouille préventive

âge du Bronze, âge du Fer, Haut et Bas Empire, Antiquité tardive, haut Moyen Âge, Temps modernes, époque contemporaine

DATE : 16 mars – 16 octobre 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : âge du Bronze, âge du Fer, Haut et Bas Empire, Antiquité tardive, haut Moyen Âge, Temps modernes, époque contemporaine

En amont du projet d’extension d’une zone d’activité concertée, prévu par la communauté d’agglomération de Saintes au nord de l’actuelle zone des Coteaux, un diagnostic archéologique a été prescrit par le service régional de l’Archéologie du Poitou-Charentes. En effet, tout le processus de viabilisation et d’aménagement menace de destruction les niveaux archéologiques présents sur l’emprise du projet. Mené en août et novembre 2012, le diagnostic (Ludovic Soler – CG17) a révélé la présence de vestiges de l’Âge du Fer, de l’antiquité et de l’époque moderne et a donc abouti à la prescription d’une fouille préventive. Celle-ci a été réalisée par une équipe d’une douzaine d’archéologues du bureau d’études Éveha. La phase 1 du projet concerne une surface de plus de 16 hectares dévolue aux archéologues.

Un petit complexe funéraire vraisemblablement protohistorique

Sur le côté sud et à une dizaine de mètres à l’extérieur d’un très grand fossé d’enclos, principale structure du site, se développe du nord au sud un petit complexe d’enclos dont la vocation semble funéraire. Un enclos circulaire de 17 m de diamètre à ouverture au nord paraît antérieur aux enclos organisés en « grappe » qui viennent s’y adjoindre au sud. Ceux-ci se composent d’un enclos quadrangulaire dit en agrafe, à ouverture au nord et d’environ 11 m de côté, complété sur ses côtés sud et ouest par deux autres enclos, l’un en fer à cheval et l’autre en agrafe. Enfin un dernier enclos curviligne vient s’installer dans l’angle sud-ouest. Souvent les enclos circulaire du premier type trouvent leur origine à l’Âge du Bronze. Par la suite ce marqueur paysager et symbolique, attirent d’autres monuments funéraires. Les études permettront potentiellement de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses.

Ces enclos sont donc marqués par des fossés délimitant un espace interne au sein duquel était installée l’inhumation (ou l’incinération). Les restes osseux sont rarement conservés dans ce type de structure funéraire. En effet, les matériaux issus du creusement du fossé servent généralement à ériger un tertre ou tumulus central destiné à accueillir la dépouille. Au fil des siècles, ces vestiges ont donc été étalés et dispersés lors de l’exploitation agricole de cette zone.

D’après le mobilier céramique recueilli, il semble que cet ensemble funéraire soit antérieur au grand enclos. Les études, encore en cours, permettront de préciser l’attribution chronologique de ces structures.

 

À ce petit ensemble répond plus modestement au nord d’une voie romaine un petit enclos circulaire arasé ou peut-être ouvert sur son côté sud-est. Mesurant 11 m de diamètre environ, cet enclos ne dispose pas de structure interne, à l’instar des enclos précédents.

 

Des fossés et des sépultures

 

Cet enclos se situe dans un secteur de l’aménagement où plusieurs fossés ont été mis au jour. L’attribution de ces fossés à la période gauloise ou gallo-romaine est probable, bien que les différentes études restent encore à finaliser.

Dans le secteur le plus au nord du chantier et sur le bord ouest de l’un de ces fossés un petit groupe de sépultures a été mis au jour. De faible profondeur à l’origine, elles ont subi par ailleurs un arasement important et sont donc dans un mauvais état de conservation.

Époque romaine

Une ferme gallo-romaine et des annexes agricoles

Au cœur du site est implanté un grand enclos fossoyé dessinant un quadrilatère d’environ 100 m par 80 m et dont l’aire interne mesure plus de 6000 m². En l’état actuel d’avancement des diverses études, cet enclos est interprété comme une ferme. Son entrée « monumentale », matérialisée par une interruption du fossé oriental de l’enclos, pourrait en suggérer le caractère ostentatoire. En effet, ce tronçon mesure 4 m de large et 1,40 m de profondeur, alors que les autres n’excèdent pas 2 m de large et 1 m de profondeur. À l’intérieur, l’absence quasi complète de vestiges nous amène à envisager une fonction agro-pastorale, peu compatible toutefois avec le caractère ostentatoire supposé de l’enclos. Il est cependant possible que les structures internes aient été de faible profondeur et que les divers travaux aratoires les aient fait disparaître totalement. Nous pourrions également être en présence d’un phénomène d’érosion de l’aire interne de l’enclos situé sur un sommet de coteau. La découverte en léger contrebas de deux bâtiments (habitat ?) fondés sur sablières basses à l’est de l’enclos pourrait nous permettre d’envisager une telle hypothèse. Plusieurs autres bâtiments ont été mis au jour autour de la ferme sans pour autant pouvoir y être rattaché dans l’immédiat. Il pourrait s’agir de petites annexes agricoles, probablement du type grenier de stockage. Immédiatement au sud de l’enclos, un puits d’environ 1 m de diamètre et 21 m de profondeur permettait l’approvisionnement en eau de l’éventuel habitat. Les premiers éléments de datation suggèrent un abandon de cet enclos lors de la seconde moitié du Ier siècle avant J.-C.

 

Une voie romaine

 

Au nord de ce grand enclos, un axe de circulation, d’orientation nord-ouest/sud-est est attribuable à la période gallo-romaine. Installée dans une petite vallée sèche marquée par un colluvionnement plus important en surface du substrat, cette voie connaît plusieurs états. Les sondages effectués sur le tronçon ouvert lors de cette opération montre que les états successifs , correspondant à des recharges différentes, suivent toujours la même orientation en se décalant peu à peu vers le nord. Chaque état de circulation témoigne de la présence de plusieurs séries d’ornières. Les deux premiers radiers de fondation de la voie sont en pierres calcaires alors que la dernière recharge se compose de rognons de silex. Les niveaux limoneux bordant la voie au nord semblent révéler la présence d’un éventuel axe de circulation secondaire, moins construit et suivant la même orientation. De part et d’autres, la voie est par ailleurs flanquée de plusieurs fossés bordiers.

 

Une zone funéraire

 

Dans le secteur sud-est de l’aménagement, un enclos carré d’environ 9,70 m de côté s’inscrit dans une zone à vocation funéraire, évoquée par la présence de 14 sépultures à inhumation. Certaines ont livré des éléments de mobilier céramique, métallique, parfois des monnaies et du verre, attribuable à la période gallo-romaine. L’étude plus approfondie de ces objets nous permettra d’affiner la datation de ces inhumations.

Époque moderne

Dépendances et organisation d’une ferme

 

Dans la partie sud du chantier, de nombreuses structures ont pu être rattachées à une ferme mentionnée de manière assez détaillée dans des archives historiques des années 1820. Cette ferme s’organise autour de bâtiments situés au sud, auxquels ont probablement succédé les aménagements plus récents de la ferme de la Combe ou de La Madelaine (le toponyme diffère selon les sources). Même s’il n’est pas possible de mieux connaître les antécédents de cette propriété, ces actes de ventes permettent de connaître l’organisation de cette occupation agricole. Au nord-ouest des murs du jardin, une cinquantaine de fosses de plantation ont été identifiées sur un espace d’environ 48 m de côté, semblant attester l’existence d’un verger de « jeunes noyers », évoqué par les archives. La ferme était reliée à un chemin ou sentier plus au nord par une allée plantée de pommiers, de cerisiers et de haies, bordant un chemin que nous n’avons observé qu’à proximité immédiate du mur de clôture. Cette allée se traduit sur le site par un double alignement de fosses de plantation, sur une longueur d’environ 300 m et orienté approximativement sud-nord, rejoignant un chemin sinueux d’axe est-ouest.

 

Extraction de matériaux

 

Disséminées sur l’ensemble du site, des zones d’extraction, principalement de marne calcaire, ont pu être observées. Elles se caractérisent par des fosses se recoupant et se succédant les unes aux autres, formant ainsi des ensembles polylobés, témoignant des multiples reprises des emplacements connus au gré des besoins. En plus de ces fosses d’extraction de marne, une petite carrière a été mise au jour, attestant la pratique de l’extraction de blocs de calcaire dur (déjà évoquée par la présence de quelques vestiges antérieurs découverts lors du diagnostic mais situés hors de la zone de fouille prescrite). Selon un spécialiste de la taille de pierre, la mauvaise qualité du matériau local (friabilité) pourrait avoir eu un impact négatif sur l’extraction de blocs bien formés. En témoigne un arrachement bien visible d’un bloc en cours de formation, semblant stopper l’extraction sur un second niveau du front de taille. L’extraction était-elle achevée ou les occupants ont-ils décidé de la stopper, cette question reste en suspens pour le moment.

La présente notice constitue un état des lieux non exhaustif des vestiges mis au jour sur le site de la ZAC des Coteaux. Les études sont encore en cours en vue de l’élaboration d’un rapport de fouilles qui permettra, nous l’espérons, de préciser les attributions chronologiques des différentes structures ainsi que leur fonction.


Antoine Delauney, novembre 2017