Saint-Vulbas (01) – Avenue Guy de la Verpillière

Saint-Vulbas (01) – Avenue Guy de la Verpillière

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

15 juillet - 04 septembre 2015

Fouille préventive

Âge du Bronze, protohistoire, antiquité, moderne.

DATE : 15 juillet - 04 septembre 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Âge du Bronze, protohistoire, antiquité, moderne.

Au cours de l’été 2015 se déroulait une première opération de fouille archéologique dans le périmètre du Parc Industriel de la Plaine de l’Ain, faisant suite au diagnostic réalisé par Dominique Mazuy. Dénommée « PIPA LIMA », du nom de l’usine en construction, appartenant à une filiale du groupe Liébot, elle a affecté un peu plus de deux hectares en plusieurs fenêtres, mettant au jour de nombreux vestiges s’échelonnant du début de l’âge du Bronze jusqu’à l’Antiquité. Toutes les structures apparaissent directement sous le niveau de terre végétale et sont encaissées dans la grave sableuse.

Des bâtiments allongés de l’âge du Bronze ancien

Parmi les découvertes les plus significatives figurent quatre plans de bâtiments allongés présentant de nombreuses similarités architecturales. Ils possèdent en premier lieu systématiquement un plan naviforme avec une orientation ouest-est. Leur espace interne est constitué de deux nefs et scandé par neuf ou dix travées de poteaux sur les parois nord et sud, dont les espacements varient de 2,5 m à 3 m en moyenne. Des poteaux secondaires sont systématiquement présents au niveau des façades à l’extrémité occidentale, entre le pignon et la première travée. L’axe faitier comprend un nombre de soutiens moindre, approximativement toutes les deux travées. Une structure carrée interne de plus ou moins 2,50 m de côté succède à l’ouest à des ancrages de poteaux plus puissants de la ligne faitière situés au milieu de la construction. L’ensemble de ces caractéristiques communes de plan, de proportions et de techniques architecturales révèlent une technique parfaitement maîtrisée et stéréotypée.

Leur répartition spatiale assez lâche n’en demeure pas moins cohérente sur le territoire. Toutefois, il convient de souligner que les fenêtres de fouille prescrites ne fournissent qu’une vision partielle, et il n’est pas impossible que d’autres bâtiments soient présents dans les intervalles. La tranchée SD2058 du diagnostic archéologique, située hors prescription de fouille à environ 60 m à l’est du bâtiment 4 livre ainsi un alignement nord-sud de trois trous de poteaux, dont l’un a livré un tesson protohistorique mal daté. Ces trois creusements possèdent une taille et des espacements correspondant à ceux des maisons reconnues. Aussi semble-t-il probable qu’ils représentent l’une des travées d’un cinquième édifice de même type que les précédents, suggérant dès lors une occupation plus étendue que ce que la fouille a permis d’entrevoir et couvrant au minimum 4,4 ha. Le plan d’ensemble qui se dessine montre, en dépit de la répartition lâche observée, une certaine régularité, laissant supposer un agencement obéissant à une scansion territoriale déjà bien structurée, perpendiculaire à l’axe du fleuve, mais dont ne subsiste plus aucun autre témoignage que ces fondations.

La profondeur des creusements les mieux conservés se situe généralement entre 20 et 30 centimètres. Si cela semble relativement modeste, compte tenu de la taille des bâtiments, il semble très vraisemblable que le niveau de sol de l’époque devait se situer à peu près au niveau de l’actuel, expliquant ainsi l’absence totale de niveau d’occupation associé et un arasement conséquent des vestiges. Ce constat implique que les plus légers d’entre eux n’ont certainement pas laissé de traces, et il faut ainsi considérer que seule l’ossature principale des constructions nous est parvenue. On ne possède donc aucun élément pour décrire le détail de l’habillage de ces édifices. On soulignera par ailleurs la rareté du mobilier et des charbons de bois dans le comblement des trous de poteau. En l’absence de fosse dépotoir, le mobilier récolté et exploitable se résume ainsi à une seule panse décorée qui permet d’évoquer le Campaniforme. Deux rares charbons de bois provenant d’un même bâtiment (n°4) ont pu faire l’objet d’une datation par radiocarbone : 3810 ± 35 BP (Ly-12704 (GrA)), 2450 – 2138 cal BC, ce qui renvoie à la fin du Chalcolithique ou au tout début de l’âge du Bronze ancien, et 3500 ± 35 BP (Ly-12706 (GrA)), 1919 – 1700 cal BC, qui correspond davantage à la seconde moitié du Bronze ancien.

Une nécropole de l’âge du Bronze final

Après un hiatus chronologique conséquent, les lieux sont occupés par une nécropole dont les monuments s’alignent sur un axe nord-sud parallèle au cours du Rhône et couvrent une distance de 350 m. Ces trois enclos quadrangulaires à angles arrondis sont attribués à la fin du Bronze moyen ou au début du Bronze final I. Leur forme atypique reste inédite à ce jour pour une phase chronologique ou les données sont peu nombreuses. Si la sépulture associée à ces enclos devait se trouver plus haut en stratigraphie et n’a pas été retrouvée, des dépôts de crémation gravitent autour de deux d’entre eux, mais ils ne leur sont pas contemporains. Le premier est en effet attribué au Bronze final IIa et le second au Bronze final IIb. Leur implantation en position de satellite, visiblement volontaire, autour des enclos funéraires plus anciens indique que la nécropole qui se met en place à la fin du Bronze moyen perdure et est toujours utilisée pendant tout le Bronze final II et que ses monuments marquent encore le paysage. Ils semble même qu’ils soient toujours visibles au début de l’Antiquité car le parcellaire qui se met en place à cette époque reprend très précisément l’emplacement et l’orientation des fossés de deux de ces enclos.

Parcellaire et occupation rurale antique

L’occupation antique du site s’inscrit en effet dans un réseau de fossés dessinant un parcellaire qui apparaît dans toutes les zones décapées. Elle comprend en outre des alignements de plantations ainsi que quelques bâtiments sur poteaux, associés à des indices mobiliers d’artisanats divers. L’ensemble ébauche une partie du paysage rural dans les environs immédiats de l’agglomération de Saint-Vulbas, distante de moins d’un kilomètre et précocement installé dans le premier tiers du Ier siècle ap. J.-C. et qui ne perdure guère au-delà du milieu du IIe siècle ap. J.-C.

Ce parcellaire dessine notamment deux grands enclos sur lesquels viennent se greffer un certain nombre d’autres éléments linéaires plus ou moins étendus. Au nord, un premier se divise en deux parties principales séparées par un fossé. L’aire septentrionale présente un plan trapézoïdal et couvre une surface d’environ 2720 m². La partie sud de forme quadrangulaire n’a pas pu être ouverte dans son intégralité mais ne devait pas dépasser 1200 m². Cet espace accueille des structures d’habitat sur poteaux, un puits maçonné, une latrine et toute une série de structures dont l’interprétation s’avère plus délicate.

Au sud, la surface totale enclose avoisine 5250 m² et présente également une partition en deux parties inégales au sein d’un parallélépipède. Les structures y sont beaucoup plus rares et arasées, mais on y a néanmoins repéré un puits maçonné en dallettes calcaires ainsi qu’une structure maçonnée en galets qui a livré un assemblage mobilier évoquant très fortement une activité de traitement des peaux de bovins. D’autres activités artisanales sont attestées sur le site, et notamment le tissage, avec un échantillon de huit pesons en céramique dont certains marqués. Plusieurs groupes organisés de fosses de plantation évoquent en outre des carrés de vignes. Une fosse maçonnée en galets, de format tronconique et interprétée comme fosse de latrines, a permis la conservation exceptionnelle de nombreux pépins de raisins qui viennent confirmer la présence de cette culture.

Parmi les autres fossés suivis, le plus méridional, particulièrement profond, correspond de toute évidence à la bordure d’un chemin provenant du village de Saint-Vulbas et partant en direction de Chazey-sur-Ain où une zone de hauts fonds permet le franchissement de la rivière à gué.

Enfin, deux structures situées en périphérie des deux enclos sont liées aux pratiques funéraires et correspondent à des dépôts de résidus de crémation et une tombe en tuile de péri-natal est également attestée en bordure d’un fossé.


Thierry Argant, juin 2017.