Saint-Vulbas (01) – En Pierre Blanche

Saint-Vulbas (01) – En Pierre Blanche

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

05 octobre - 13 novembre 2015

Fouille préventive

Antiquité

DATE : 05 octobre - 13 novembre 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Antiquité

Dans le cadre d’un projet d’aménagement dans le périmètre du Parc Industriel de la Plaine de l’Ain, au lieu dit En Pierre Blanche, une fouille d’archéologie préventive a été prescrite sur deux zones à la suite du diagnostic réalisé par C. Coquidé en 2015. L’aménagement affecte ainsi un peu plus de 2000 m2 dans la zone 1 au nord et 400 m2 dans la zone 2 au sud. Les deux parcelles de fouille se situent au nord de la commune de Saint-Vulbas (Ain) à quelques centaines de mètres de la bordure du Rhône. Toutes les structures mises en évidence sur les deux fenêtres apparaissent directement sous le niveau de terre végétale et sont encaissées dans la grave sableuse. Si des vestiges protohistoriques ont été mis en évidence, le site a avant tout livré des structures antiques, en particulier une partie d’un espace funéraire caractérisé par une occupation s’étalant sur une longue durée.

 

Un enclos funéraire du Bronze final/premier âge du Fer

Le seul vestige daté de l’époque protohistorique correspond à une partie d’un enclos circulaire à double fossé qui a depuis été également abordé lors d’une phase de diagnostic réalisé par M. Le Saint Allain et A.-C. Rémy sur la parcelle voisine. En l’absence d’élément chronologique dans le comblement des fossés, seul le plan restitué apporte matière à réflexion. En effet, les enclos circulaires à fossé simple ou double renvoient traditionnellement à un horizon chrono-culturel Bronze final/Hallstatt. Les usages funéraires renvoient traditionnellement à la pratique de la crémation, sous forme de sépultures centrales ou périphériques. Jusqu’à une période récente, ce type de vestige n’était pas très documenté dans la région. Depuis, la fouille récente de Quincieux (Rhône) a livré une série de petits enclos circulaires attribués au Bronze final. A Saint-Vulbas, il faut également signaler la découverte de trois enclos, suite aux diagnostics de 2016 ainsi que celle d’un quatrième retrouvé à l’occasion de la fouille du PIPA-LIMA, dont la datation est antérieure au Bronze final IIIB. Globalement, le site de Saint-Vulbas constitue désormais un des plus importants noyaux de ce type d’aménagements funéraires de la région.

 

Mise en place d’un réseau viaire probablement au moment du changement d’ère

La fouille des deux fenêtres a permis de mettre en évidence une série de structures linéaires doubles fossoyées, qui sont très certainement les vestiges de fossés bordiers de voie, dont la bande de roulement n’a pas été conservée en raison des labours et de l’érosion des sols. Les différentes opérations réalisées à la périphérie des parcelles de fouille et de manière générale dans ce secteur, permettent de suivre leur tracé et de reconstituer une partie du réseau viaire au nord de l’agglomération antique de Saint-Vulbas. Si aucun élément chronologique tangible n’a été récolté, il semble que l’origine de ces axes soit ancienne, du moins de l’époque augustéenne, date à laquelle l’espace funéraire mis au jour en zone 1 s’est constitué.

 

Aménagement de l’espace funéraire et son évolution durant le Haut-Empire

La zone 1 a livré un ensemble funéraire assez conséquent, bordé à l’est et à l’ouest par deux fossés. Celui à l’ouest est probablement lié à une voie. L’espace circonscrit, qui ne couvre pas toute l’étendue de la nécropole, est de plan trapézoïdal de 977 m2. Les premières structures funéraires se répartissent de part et d’autre et le long d’un espace de circulation détecté au nord ou s’organisent autour de plusieurs enclos fossoyés qui se développent sur le reste du site. Leurs dimensions sont modestes et ils sont extrêmement mal conservés en raison de leur arasement et des aménagements ultérieurs. Des cinq enclos mis en évidence, un seul est occupé au centre par une inhumation primaire. Au total, onze structures funéraires appartiennent à cette première phase d’occupation. Les inhumations primaires sont quasiment aussi nombreuses que les structures relatives à la pratique de la crémation, laquelle se manifeste au travers de dépôts secondaires en ossuaire ou en amas, associés le plus souvent à des dépôts de vases ou d’objets. Les inhumations primaires concernent des individus biologiquement adultes ou immatures et sont globalement orientées nord/sud. Les plus septentrionales recevaient des contenants funéraires rigides en matériau périssable. Un coffrage en tegulae est également employé pour un enfant décédé autour de la naissance. Une seule inhumation s’est faite à même le fond de la fosse avec un aménagement succinct. Les dépôts funéraires sont fréquents avec des récipients céramiques et des vestiges carnés de nature variée. Du mobilier d’accompagnement se trouvait dans les sépultures de sujets biologiquement immatureset des éléments métalliques ont été retrouvés en position portée dans les sépultures d’adultes (fibules et couteau de cuisine). La chronologie déterminée à partir du mobilier et de datations radiocarbones converge vers le changement d’ère et plus précisément vers les deux premières décennies du Ier s. ap. J.-C. La coexistence des deux pratiques pour une même période reste relativement rare pour la région. De même, les exemples d’inhumations aussi précoces restent discrets dans cette partie de la Gaule.

 

L’espace funéraire continue d’être utilisé durant tout le Ier s. Un enclos supplémentaire est construit au sud du site, contre un fossé plus ancien. Les structures liées à la pratique de la crémation sont bien représentées sous forme de dépôts secondaires en ossuaire et de fosses de rejets. Les inhumations primaires de sujets biologiquement adultes sont installées dans les fossés internes d’enclos préexistants. Elles reçoivent des aménagements succincts sans fond. Les inhumations primaires de sujets biologiquement immatures se répartissent le long de l’espace de circulation au nord du site. Le siècle suivant est représenté par une série de structures liées à la crémation avec la présence de dépôts relativement importants. Désormais, cette pratique ne concerne que des sujets de taille adulte. Proportionnellement, les inhumations primaires de sujets biologiquement adultes sont sous-représentées. Elles continuent d’être installées dans les fossés d’enclos dans des fosses recevant un aménagement funéraire succinct et sans fond. En revanche, le IIe s. est surtout marqué par la présence de nombreuses sépultures de sujets décédés en période périnatale. Ils sont installés dans des coffrages constitués de deux imbrices. Ces sépultures se répartissent à la périphérie ou dans les fossés d’enclos. Un groupe de quatre sépultures se démarque par leur disposition en étoile autour de l’unique exemple d’inhumation en amphore. Cette dernière a en outre livré une tablette de defixio qui avait probablement une valeur prophylactique. Ces caractéristiques rejoignent les observations généralement faites pour les ensembles funéraires contemporains, qui évoquent l’existence de secteurs réservés aux enfants décédés autour de la naissance. Au cours du IIIe siècle, l’espace interne de l’espace funéraire n’est pas davantage occupé. La crémation n’est désormais plus pratiquée sur le site. Une vingtaine d’inhumations primaires s’installent dans ou le long du fossé bordier ouest de l’espace funéraire. Cette occupation respecte scrupuleusement la limite occidentale de la nécropole et borde très probablement la voie attestée dans ce secteur. D’orientation nord-sud, il s’agit uniquement de sépultures de sujets de taille adulte. Elles reçoivent parfois un contenant funéraire en matériau périssable ou un aménagement succinct sans fond. Une seule sépulture a livré un dépôt funéraire constitué de deux récipients en céramique et de deux monnaies déposées sur les paupières du défunt.

 

L’occupation funéraire tardo-antique

L’occupation la plus importante se rapporte à l’Antiquité tardive avec un groupe de cent inhumations. Trente trois d’entre elles ont fait l’objet de spoliations tardives, qui affectent deux secteurs circonscrits de la nécropole. D’après l’organisation spatiale, les orientations et la typologie des sépultures, au cours du IVe et de la première moitié du Ve siècle, l’occupation s’effectue globalement d’ouest en est. Les sépultures, qui sont désormais orientées est/ouest, se répartissent majoritairement en rangées parallèles aux fossés bordiers de l’ensemble funéraire. L’implantation des tombes tente d’éviter celles du Ier et du IIe s. Elles investissent notamment les espaces laissés vides au cours des siècles précédents et la succession de sépultures d’une rangée s’interrompt parfois afin de préserver des aménagements. En contre partie, les tombes du IIIe siècle sont fréquemment recoupées. Ceci génère la mise en réduction des squelettes perturbés. Dans la partie occidentale du site, se développe une autre logique d’organisation autour d’une tombe privilégiée. Cette dernière comportait un coffrage en matériau périssable entourant un contenant funéraire en plomb et renfermait un sujet masculin biologiquement adulte. Une assiette en céramique et une bouteille en verre reposaient sur le couvercle. Cette sépulture est isolée des autres sépultures qui l’encadrent. Le recrutement de la population témoigne de la sous représentation de sujets décédés en période périnatale. Les sujets biologiquement immatures sont présents mais exclus du quart nord-ouest de la nécropole. Les contenants funéraires utilisés sont de natures variées : coffrages en matériau périssable calés à l’aide de pierre, coffrages en matériaux mixtes, contenants en matériau périssable de type monoxyles, contenants rigides en matériau périssable de nature indéterminée. Un seul cercueil a pu être détecté. Un pourcentage relativement faible de tombes a livré des dépôts funéraires, constitués en l’occurrence de récipients en céramique ou en verre qui relèvent majoritairement du service à liquide. Ils sont souvent placés du côté de la tête des défunts et sont parfois associés à des vestiges de dépôts carnés (uniquement de la poule). Cette période atteste également de quelques dépôts de monnaie. Les éléments métalliques retrouvés en position portée sont très rares.

 

En définitive, les vestiges antiques mis au jour sur le site En Pierre Blanche confirment le fort potentiel archéologique du site de Saint-Vulbas situé dans cette partie de la vallée du Rhône, à la charnière entre les deux provinces gauloises de Narbonnaise au sud et de Lyonnaise au nord. Le site offre la particularité de présenter un espace funéraire occupé sur une longue période, en relation avec l’agglomération antique située plus au sud. À l’heure actuelle, seul le site funéraire des Pierres Plantées à Briord (Ain) présente une configuration similaire. En dépit de leur caractère parfois lacunaire, les données recueillies sur l’aménagement des tombes, les modes d’inhumation et le mobilier funéraire, croisées avec l’étude biologique des squelettes, ont permis de mieux comprendre les pratiques funéraires, le recrutement de la population et l’évolution de l’organisation spatiale au cours des siècles. Les spécificités de chaque période ont pu être précisées, ce qui permettra d’élargir la recherche au regard d’autres sites régionaux contemporains. Certaines hypothèses, concernant le recrutement spécifique aux cours du IIIe siècle, ou l’organisation des espaces de circulation au cours des siècles, demandent à être vérifiées. Une vision plus complète de la nécropole apportera des réponses. Les différentes campagnes de sondages réalisées autour du site permettent d’ores et déjà d’entrevoir l’organisation générale du terroir dans cette partie de la vallée du Rhône et de connaître l’extension théorique de l’aire sépulcrale.


Tony Silvino, mars 2018.