Sainte-Catherine-de-Fierbois (37) – Pré de la Fosse, Les Clavaux

Sainte-Catherine-de-Fierbois (37) – Pré de la Fosse, Les Clavaux

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

08 avril - 02 juillet 2013

Fouille préventive

Préhistoire, Âge du Fer, Antiquité gallo-romaine, haut Moyen Âge, Moyen Âge classique.

DATE : 08 avril - 02 juillet 2013

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Préhistoire, Âge du Fer, Antiquité gallo-romaine, haut Moyen Âge, Moyen Âge classique.

La fouille du site « Pré de la Fosse/Les Clavaux » à Sainte-Catherine-de-Fierbois (37), portant sur près de 3 hectares, a eu lieu du 8 avril au 2 juillet 2013, avec une équipe de 18 à 27 personnes.

Le site est localisé sur un versant exposé sud – sud-est. Un petit cours d’eau (ruisseau « des Coudrais ») est présent en bordure d’emprise, au sud. Les fortes pluies, couplées au caractère argileux du substrat, ont amené de fréquentes élévations du niveau du ruisseau, ainsi que le débordement de celui-ci dans la partie basse du site. Une cuvette, probablement en partie naturelle, au milieu de l’emprise, était aussi régulièrement submergée. De fréquents lessivages du terrain ont également porté préjudice aux structures archéologiques. Ces conditions géologiques et climatiques ont grandement compliqué la fouille.

Plus de 900 structures archéologiques ont été observées, dont 110 sépultures (toutes fouillées exhaustivement), une quarantaine de fossés ou tronçons de fossés, deux bâtiments fondés en pierre et près de 600 trous de poteau.

Les plus anciens témoignages d’une présence humaine sont une vingtaine de pièces préhistoriques en silex retrouvées éparses sur la frange ouest de l’emprise fouillée, parfois redéposées dans des structures antiques.

Quelques structures très arasées remontent à la fin de La Tène, dans la deuxième moitié du Ier s. avant J.-C. Il s’agit essentiellement, au nord-ouest du site, de fossés très arasés et au comblement relativement stérile (hormis deux petites accumulations de cendres, témoignant de vidanges de foyer). Quatre trous de poteau, au sud de l’emprise, pourraient également appartenir à la fin de La Tène.

À l’époque gallo-romaine (au Haut-Empire, entre la première moitié du Ier et la fin du IIIe ou le IVe siècle après J.-C.), le terroir était à nouveau exploité et habité. Plusieurs systèmes de fossés parcellaires se succédèrent. Certains constituent des enclos dans lesquels étaient construits des bâtiments sur poteaux de bois, ainsi que deux bâtiments en pierre. L’un de ces bâtiments comporte des éléments attestant d’un chauffage par le sol et les murs (par hypocauste) et un balnéaire, signes d’un certain confort et du statut privilégié du propriétaire. Il est entouré par un fossé courbe destiné à drainer les eaux de ruissèlement. L’autre bâtiment avec fondation en pierre serait une construction à vocation agricole (probablement une grange). Au IIe ou IIIe siècle, cet établissement se dotera d’un enclos palissadé ouvrant à l’est sur une tour-porche en matériaux périssables. Cet aménagement clôturant un espace de plus de 3800 m2 est peu fréquent dans le monde gallo-romain. La présence d’un bâtiment résidentiel avec éléments de confort et l’existence d’un système parcellaire rigoureux invite à envisager cet établissement agricole comme une petite villa.

Le Bas-Empire n’est que très peu représenté sur le site. Mais un enclos fossoyé reprenant plus ou moins l’emprise de l’enclos palissadé est creusé après 265/266 (comme l’atteste une monnaie retrouvée dans l’un des fossés qu’il recoupe). De plus, les niveaux de démolition-récupération du bâtiment résidentiel maçonné comportent du mobilier céramique du IVe s. La récupération de matériaux et/ou la réoccupation des ruines se poursuivra pendant le haut Moyen Âge.

Au haut Moyen Âge, le site sera à nouveau habité, avec la construction d’autres bâtiments sur poteaux, le creusement ou le re-creusement de quelques fossés et des inhumations. La création de l’habitat et les premières inhumations ont lieu dans le courant du VIIe s.

Un édifice est particulièrement remarquable. Partiellement inscrit dans l’emprise du bâtiment agricole antique sur fondations en pierre, ses vestiges consistent en 12 trous cylindriques de grandes dimensions (1 m à 1,30 m de diamètre pour des profondeurs entre 1 m et 1,40 m) dans lesquels étaient fichés des poteaux d’une quarantaine de centimètres de côté. Dans leurs comblements ont été retrouvés quelques tessons de céramique datant de la fin de la période mérovingienne ou de l’époque carolingienne. Trois mesures radiocarbone confirment cette datation (fin VIIe-IXe s.). La présence de tombes (d’adultes et d’enfants) aux abords de cette construction, sa taille (16 m par 7,65 m), la puissance de ses fondations, ainsi que son plan (un grand rectangle associé à un plus petit rectangle à l’est), laissent penser qu’il s’agit d’un édifice religieux (une église ou une chapelle).

Deux vastes structures excavées, dont une probable mare, succèdent à des bâtiments sur poteaux, au VIIIe ou au IXe s.

L’emprise de fouille circonscrit probablement l’intégralité de la nécropole (même s’il est aussi possible d’envisager un développement au sud du cours d’eau). Elle concerne une population naturelle, comme l’attestent le fort ratio d’enfants et l’absence de recrutement spécifique. Aucune tombe ne comporte de dépôt de mobilier (mais l’une d’entre elles pourrait avoir subi un pillage). Seuls quelques tessons de céramique résiduelle (protohistorique, antique ou alto-médiévale) ont été prélevés dans les comblements de fosses. D’après les datations radiocarbone, certaines sépultures pourraient être antérieures à l’édifice religieux, d’autres seraient contemporaines, d’autres sont postérieures (Xe-XIIe ou début XIIIe s.). Les ossements humains sont généralement très mal conservés. Certaines tombes sont de type rupestre à banquettes (avec des fonds de creusement anthropomorphes présentant un élargissement au niveau des épaules et un aménagement céphalique). Des vestiges de bois attestent l’existence de planches recouvrant certains défunts et de quelques contenants.

Le site ne fut plus investi après le début du XIIIe siècle au plus tard, le terrain étant définitivement dévolu aux cultures jusqu’au projet de construction de la ligne LGV. Il faut noter l’existence de drains agricoles récents (tuyaux en plastique plus ou moins enfoncés dans la terre végétale ou le substrat) qui ont endommagé des structures archéologiques et gêné la lecture générale du site.


Cyrille Ben Kaddour, mai 2015.