Sainte-Maure-de-Touraine (37) – Les Bates, Les Douettes

Sainte-Maure-de-Touraine (37) – Les Bates, Les Douettes

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

13 mai - 14 juin 2013

Fouille préventive

Premier Moyen Âge (Xe-XIIe s.).

DATE : 13 mai - 14 juin 2013

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Premier Moyen Âge (Xe-XIIe s.).

L’opération archéologique préventive, implantée sur le tracé de la Ligne Grande Vitesse Sud-Europe Atlantique, est située à un peu plus de 5 km au nord-est du bourg de Sainte-Maure-de-Touraine et concerne une partie des parcelles dénommées Les Bates et Les Douettes. Celles-ci sont localisées à 500 m au nord-est de la ferme de La Boisselière. L’opération a été menée du 13 mai au 14 juin 2013 par une équipe de six à neuf archéologues.

La fouille, dont l’emprise a couvert une surface de plus d’un hectare, a mis au jour 254 Faits archéologiques relatifs à un habitat rural médiéval de la fin du haut Moyen Âge et, dans une moindre mesure, à l’impact de vestiges naturels anciens d’une part et aux fossés parcellaires de l’Époque moderne d’autre part.

Des chablis anciens

Ces anomalies naturelles sont caractérisées par un comblement de couleur blanchâtre dont le faciès indique l’ancienneté du dépôt. Deux d’entre elles sont datées par radiocarbone de l’âge du Bronze ancien/moyen et de La Tène B/C. La forme et la dynamique de remplissage de deux autres évoquent trait pour trait le modèle de formation des chablis. Par extrapolation, on argumente que ces vestiges témoignent de la présence ancienne d’arbres sinon de forêts. En revanche, le cas d’un défrichement préalable à l’établissement rural dans le courant du xe s. n’est pas envisagé.

Une occupation médiévale de courte durée

L’établissement médiéval serait une création ex nihilo, dans le courant du Xe s., et de courte durée, jusqu’au milieu du XIe s. Cet habitat est caractérisé dans l’emprise de fouilles par deux unités distantes de 200 m environ et de fonction différente.

Située au centre de l’emprise, l’unité d’exploitation s’étend sur 1 200 m² environ. L’absence de recoupements et, en conséquence, la bonne lecture de son organisation, constitue un modèle intéressant de ferme ou de manse. Cette unité est structurée par un fossé palissadé qui la scinde en deux espaces fonctionnels distincts, l’un résidentiel et l’autre économique. En effet, au sud est implanté un bâtiment de 61 m² que l’on suppose être une habitation d’après ses grandes dimensions relatives et son ossature, d’après le fait qu’il abrite deux silos et un hypothétique aménagement de confort (foyer ?) et d’après le caractère domestique des rejets qu’il contenait. Au nord se déploient deux greniers avérés et un troisième potentiel. La circulation entre les deux espaces est assurée par une large ouverture sur le fossé palissadé.

L’unité spécialisée, au sud-est de la fenêtre de fouilles, n’est repérée que sur 430 m² et se développe sans conteste hors-emprise. Ce pôle comprend un espace bâti au nord représenté par deux bâtiments successifs et une aire d’activité spécialisée au centre et au sud structurée par une série d’aménagements sur poteaux que l’on ne sait traduire (palissades, paravents, garde-feux, appentis ?). Plusieurs fosses et une partie des fossés qui composent l’unité présentent dès la surface un même dépôt spécifique associant de nombreux charbons et des nodules de terre rubéfiée, et ce durant quatre états chrono-stratigraphiques. Ainsi plusieurs prélèvements de sédiments ont été le sujet d’analyses micromorphologique, anthracologique et dendro-anthracologique afin d’argumenter la présence sur place d’une activité liée à un art du feu. En définitive, la concentration spatiale des rejets dans l’unité, la densité des fosses-cendriers et la conformation particulière de l’une d’elles, leurs comblements charbonneux stratifiés, parfois la diversité taxonomique des charbons et les conclusions de l’analyse micromorphologique d’une part, et l’absence de déchets artisanaux ou de restes de céréales d’autre part, permettent de restituer des fours domestiques à usage culinaire dans le giron de l’unité. Plus avant, on les restitue dans l’emprise de fouilles, à quelques décimètres au-dessus de la surface de décapage.

En somme, l’unité spécialisée du site de Les Douettes, Les Bates relève de la mise en commun des fours à vocation culinaire par une communauté nécessairement plus vaste que celle reconnue dans l’emprise des fouilles. À l’unité d’exploitation doivent alors s’ajouter d’autres fermes, formant alors un habitat à plan lâche.

L’emprise de fouille, étroite, ne permet pas de juger de l’abandon strict du site au XIe s. Un déplacement du site de quelques dizaines de mètres suffirait pour qu’il échappe à nos observations. Ainsi, si la période d’occupation évoque le concept de l’incastellamento, rien ne permet d’illustrer le phénomène, d’autant plus que la vocation agricole du site suggère, au contraire, un maintien des exploitations dans le proche territoire de l’agglomération : le site est situé sur l’axe reliant le bourg de Sainte-Maure, constitué autour du château construit sous Foulques Nerra et d’une église mentionnée très tôt, et le prieuré du Louroux, fondé au Xe s.

Vestiges du parcellaire moderne

L’étude de l’ensemble fossoyé au nord de l’emprise permet de restituer le parcellaire depuis le XVIIe s., d’après la découverte de deux productions de grès dans le comblement des fossés et d’après la mise en évidence de deux états de parcellaire, antérieurs au levé cadastral de 1827. Ce parcellaire ne semble pas hérité de l’établissement médiéval. En revanche, il est repris, très à la marge, pour le découpage fiscal actuel des parcelles des lieux-dits Les Bates et Les Douettes.


Étienne Jaffrot, mai 2015.