Salles-d’Angles (16) – Le Pont-Neuf

Salles-d’Angles (16) – Le Pont-Neuf

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

9 mars – 5 mai 2015

Fouille préventive

Néolithique, second âge du Fer, Antiquité, Seconde Guerre mondiale.

DATE : 9 mars – 5 mai 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique, second âge du Fer, Antiquité, Seconde Guerre mondiale.

Dans le cadre du projet d’aménagement d’un site industriel par la société JAS Hennessy au lieu-dit Le Pont-Neuf sur la commune de Salles-d’Angles, un diagnostic archéologique de grande ampleur a été réalisé sur une superficie de 32 ha durant l’été 2014. Cette opération a permis la localisation d’un enclos antique dont la fonction n’a pu être déterminée, et d’un ensemble de petits bâtiments protohistoriques montés sur poteaux. Seule la partie nord-ouest de la parcelle, rassemblant l’essentiel des vestiges protohistoriques, a fait l’objet d’une prescription de fouille archéologique. Cette dernière a été mise en œuvre entre le 9 mars et le 5 mai 2015 sur une superficie de 6,2 ha.

La fouille a permis la localisation d’une trentaine de petits bâtiments montés sur quatre poteaux et qui s’apparentent à des greniers ou à des annexes de stockage. Quatre autres bâtiments présentent des dimensions plus importantes et pourraient avoir été dotés de parois rejetées, même si l’arasement des sols n’a pas permis d’observer la persistance de tels aménagements. On remarquera l’extrême rareté du mobilier céramique, l’absence quasi-complète de restes fauniques et d’aires de combustion associés à ces bâtiments. Cette aridité en vestiges archéologiques donne l’image d’une occupation présentant une faible présence humaine, sans doute ponctuelle et périodique. Le site peut être assimilé à une unité de production agropastorale et de stockage des récoltes, mais ne s’apparente pas à un véritable site d’habitat. Les rares tessons céramiques et les datations radiocarbone nous orientent vers la première moitié du second âge du Fer (La Tène A à C).

L’aire d’occupation est ouverte. Elle n’est ceinturée par aucun fossé et aucune palissade n’a pu être mise en évidence. Les segments de fossés rectilignes mis au jour au sud de la concentration en bâtiments s’apparentent davantage à des aménagements destinés à réguler l’humidité des sols, voire à récupérer de l’eau. En effet, l’approvisionnement en eau semble avoir été une préoccupation sur le site. Un puits circulaire d’une profondeur de 6,50 m a été mis au jour dans l’angle nord-est de la parcelle fouillée. Il apparaît isolé, à plusieurs dizaines de mètres des premiers bâtiments. En grande partie détruit lors du diagnostic, pour des raisons qui n’ont pas été clairement établies, ce puits est la structure archéologique contenant le mobilier le mieux conservé et le plus diversifié du site. Son fond a livré des vases attribuables aux IVe -IIIe siècles av . J.-C, des fragments de meules, des outils lithiques ainsi que de très nombreux restes osseux. Parmi ceux-ci, on note la présence d’un crâne de bovidé complet, des ossements de chien présentant des traces de découpe et les restes d’un jeune enfant âgé d’environ deux ans. Une analyse radiocarbone réalisée sur le crâne de bovidé a dévoilé une attribution chronologique comprise entre 390 et 205 av. J.-C, qui s’accorde parfaitement avec la datation du mobilier céramique et la pratique de la cynophagie chez certaines populations gauloises. Dans cette mesure, le puits apparaît comme l’une des structures les plus anciennes du site et a très certainement été fossoyé en préalable à l’implantation de l’unité d’exploitation agricole. Malheureusement, l’inconséquence de certaines décisions prises lors du diagnostic nous empêche d’en connaître davantage sur l’histoire de ce puits et d’en estimer sa durée de fonctionnement.

Dans l’angle sud-est de l’emprise de fouille, une modeste fosse, étroite et arasée, a livré le squelette d’un homme inhumé sur le ventre, face contre terre, pieds et mains croisés dans le dos, vraisemblablement ligotés. Le traitement expéditif du défunt évoque davantage la dissimulation sommaire d’un cadavre qu’une inhumation relevant de la mise en œuvre de véritables pratiques funéraires. Une analyse radiocarbone a livré une datation comprise entre 540 et 395 av. J.-C., donc bien antérieure à l’implantation de l’unité d’exploitation agricole.

La période antique est très peu représentée sur la parcelle, en dépit de la présence de nombreux indices de sites dans les environs. On notera la présence d’un équidé (petit cheval ou mule) inhumé dans une fosse étroite et attribué aux années 130-320 par une analyse radiocarbone.

Le site ne semble pas avoir été fréquenté durant le Moyen Âge. Plusieurs fossés, sans doute à fonction parcellaire, ont été fossoyés à l’Époque moderne et ont livré de rares tessons attribuables au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, la parcelle apparaît dévolue à la culture de la vigne. Près de 2000 fosses de plantations organisées en rangs réguliers ont été enregistrées. Ce vignoble a vraisemblablement été décimé lors de l’épidémie de phylloxera dans les années 1870.

Enfin, entre 1938 et 1942, la construction de la base aérienne BA 709 à proximité immédiate du site a occasionné la réalisation de plusieurs aménagements : piste cimentée, collecteur d’eau, implantations de poteaux ou pylônes. L’aérodrome a été bombardé en 1944 et trois importants cratères de bombes ont été occasionnés dans la partie nord du site. Ces vastes dépressions ont secondairement servi de dépotoirs militaires et civils durant les années 1945-1960.


Guillaume Seguin, juin 2015.