Saulx (70) − Déviation RN57

Saulx (70) − Déviation RN57

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

15 février - 18 mars 2016

Fouille préventive

Néolithique final, Protohistoire, Antiquité, haut Moyen Âge, Époque moderne.

DATE : 15 février - 18 mars 2016

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique final, Protohistoire, Antiquité, haut Moyen Âge, Époque moderne.

Le projet d’aménagement du contournement routier de la RN 57, par le Conseil général de la Haute- Saône, sur la commune de Saulx, a donné lieu à un premier diagnostic (Card 201 5). La fouille préventive, effectuée entre le 1 5 février et le 1 8 mars 201 6, fut prescrite sur les parcelles (parcelles ZO, 54, 84 et 95 partie) ayant livré des vestiges d’occupations et d’activités métallurgiques attribués à la période médiévale, sur une surface de l’ordre de 7 500 m2.

La commune de Saulx se situe au nord-est du département de la Haute-Saône, dans une zone de transition entre les plateaux de Haute-Saône au sud et les collines sous-vosgiennes au nord. Le substratum de la parcelle est composé de calcaire marneux localement à bélemnites du Pleinsbachien inférieur, comme en témoignent les milliers de rostres de bélemnites retrouvés sur le site. Les vestiges anthropiques se situent au sein d’un talweg orienté sud-est – nord-ouest, appartenant au maillage hydrologique dense résultant de la résurgence des eaux d’infiltration dans la zone de contact entre les roches perméables du Toartien, qui constituent le point haut de la commune, et les sédiments marneux faiblement perméables sous-jacents.

Des indices d’occupations pré- et protohistoriques ont été identifiés grâce à une série de datations 1 4 C effectuée sur des charbons de bois prélevés au sein des unités sédimentaires. Une structure fossoyée composée de nombreux creusements et surcreusements ainsi que de plusieurs grandes ramifications date au moins du Néolithique final. Cette structure fossoyée, observée sur plus de 1 00 m de longueur, piégée en bas de pente et non perçue au diagnostic, ne constitue probablement pas un fait isolé. L’absence de mobilier ne permet pas de la rattacher à un éventuel groupe culturel. Les résultats de plusieurs datations 1 4 C ainsi que l’analyse de l’échantillon sédimentaire prélevé pour une expertise palynologique ont contribué à mettre en évidence un horizon chronologique s’échelonnant entre la fin de l’âge du Bronze et la fin du deuxième âge du Fer. D’après le phasage des structures archéologiques concernées et le positionnement de l’unité sédimentaire au sein de la coupe géomorphologique, ces échantillons sont en position résiduelle. La similitude chronologique entre ces indices de datation et le mobilier protohistorique identifié lors du diagnostic conforte l’idée qu’il puisse y avoir une ou plusieurs occupations dans les parcelles environnantes ou jouxtant l’emprise de fouille. La question vaut également pour le Haut-Empire, avec la présence de mobilier céramique en position résiduelle.

L’occupation principale est datée du haut Moyen Âge. Pour la région, dans l’état actuel des connaissances des faciès de la vaisselle carolingienne, une occupation entre le premier tiers du VIII e et le milieu du IX e siècle est à envisager ; la série de datations 1 4 C abonde dans ce sens. Les témoignages de structuration de l’espace sont ici caractérisés par la présence d’un chemin, d’un réseau fossoyé, d’aménagements de plans d’eau et de constructions en matériaux périssables. Ici, le chemin a certainement servi de point d’appui pour mettre en place un réseau d’acheminement et de régulation de l’eau. L’analyse stratigraphique du terrain a permis de considérer que la dépression soumise aux accumulations sédimentaires a rapidement connu un atterrissement. Pour combler cette déficience et disposer de plans d’eau stagnante semi-permanents, des dépressions artificielles ont été aménagées, alimentées et régulées par le réseau fossoyé. Cette infrastructure a permis de mettre en place et de développer une zone d’aménagements sur poteaux, dont la fonction réelle demeure indéterminée. L’activité métallurgique semble privilégiée compte tenu du contexte et des quelques scories recueillies sur le terrain. Notre raisonnement est cependant limité puisque l’occupation se développe principalement dans la parcelle adjacente. Les travaux de Jean-Pierre Chambon sur les zones d’implantation publique au haut Moyen Âge précoce dans le nord de la cité de Besançon ont permis d’émettre l’hypothèse selon laquelle Saulx désignait un centre d’exploitation du saltus public antérieurement à la période carolingienne (Chambon 2004). Au niveau régional, ces résultats viennent se greffer à la liste de sites du haut Moyen Âge ayant livré des indices d’activités métallurgiques.

La dernière occupation identifiée est datée entre la seconde moitié du XVII e et la première partie du XIX e siècle. Elle correspond au dernier état du chemin qui descendait du village de Saulx en direction de La Villeneuve-Bellenoye-et-la-Maize. Il permettait probablement d’accéder à des terres à vocation agricole situées entre ces deux communes, avant d’être définitivement abandonné dans le courant du XIX e siècle.

Cette fouille aura permis de mettre en évidence diverses occupations, parfois inédites pour le secteur. L’absence ou l’indigence du mobilier datant limite toutefois l’impact de ces découvertes. La position stratégique de ce promontoire naturel, sur lequel siège la forme actuelle du village de Saulx, est plus que jamais au centre des réflexions. Les périodes décelées au cours des travaux de la déviation RN 57 alimentent l’hypothèse selon laquelle des occupations anciennes sont à envisager au sommet ou sur les versants du promontoire.


Florian Bonvalot, février 2017.