Servon (77) – Rue de Périgny, ZAC du Noyer aux Perdrix

Servon (77) – Rue de Périgny, ZAC du Noyer aux Perdrix

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

01 septembre - 21 novembre 2014

Fouille préventive

Moyen Âge

DATE : 01 septembre - 21 novembre 2014

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Moyen Âge

Présentation

Les vestiges mis au jour sur la fouille de la parcelle sud de la ZAC du Noyer aux Perdrix n’ont pu être datés très précisément pour certains. Or, ils témoignent tout de même d’une activité qui perdure de la seconde moitié du VIIe siècle à la fin du XIe siècle, voire le début du XIIe siècle. Quelques tessons de céramique protohistorique et antique ont été découverts dans certaines structures, mais résultent plutôt de dépôts secondaires liés à la présence de la villa de l’Arpent-Ferret à 200 m ainsi qu’aux quelques structures protohistoriques mises au jour à l’est du site lors du diagnostic archéologique réalisé en 2009 (Blanchard 2009).

La première occupation du haut Moyen Âge : des sépultures de la seconde moitié du VIIe-fin VIIIe siècle

Une vingtaine de sépultures liées à cette période ont été mises au jour : quatre sépultures d’adultes et seize d’immatures. Réparties en deux groupes, un 14C a été réalisé sur un individu de chaque groupe. Le premier ensemble est situé près de la bordure nord de l’emprise de fouille et comprend quatorze sépultures (onze immatures et trois adultes). Les fosses sont arasées et certaines structures ont été probablement abimées par le passage des engins agricoles et lors du décapage, bien que cette zone ait été traitée avec prudence. Le second ensemble regroupe des sépultures dont certaines recoupent un fossé protohistorique. Le groupe comprend cinq sépultures d’immatures et une sépulture d’adulte. Les fosses sont également arasées. Le site voisin de l’Arpent-Ferret, a livré peu de structures attribuables aux VIIe-VIIIe et IXe siècles, et celles-ci sont situées en limite d’emprise sud. Les populations mises en terre sur le site de la ZAC du Noyer aux perdrix sont peut être liées à cette hypothétique occupation au sud du site de l’Arpent-Ferret, sans que nous puissions toutefois la distinguer clairement. Il est également possible qu’elles correspondent à un habitat situé plus au nord, sous la ZAC actuelle.

Les IX e -X e siècles

Un hiatus pourrait exister entre l’abandon de la zone de sépultures et l’installation, aux IXe–début Xe siècles, d’une occupation rurale, avec un grand bâtiment, plusieurs enclos et des zones dédiées à des fonctions bien distinctes. L’UA 07, probablement un bâtiment d’habitation, est de taille relativement importante et est isolé d’autres constructions. Le bâtiment est encadré par un enclos, qui laisse à l’est un vaste espace qui ne montre pas d’aménagements internes en dehors d’une fosse et d’un trou de poteau non datés. Au-delà de ce bâtiment enclavé, vers l’ouest, se trouve un second enclos et entre ces deux derniers un grenier sur poteau (l’UA 06) ; la présence de silo à proximité pour la même période suggère un stockage différencié, l’un à long terme pour le silo, l’autre à court ou moyen terme pour le grenier. Le bâtiment subit une réfection ou est reconstruit dans la première moitié du Xe siècle. Le bâtiment 07 et les structures associées sont très certainement liées à ceux de la partie nord fouillés en 2015, reliés par le chemin nord-sud traversant le site. Dans le courant du Xe siècle, l’UA 07 et l’enclos qui l’accompagne sont abandonnés, mais il est vraisemblable que l’activité agropastorale perdure dans la zone de l’UA 06, avec une réfection du grenier sur poteaux. Deux bâtiments de taille importante (UA02) voire très importante (UA 12) sont construits au nord de la parcelle. Deux autres bâtiments de taille plus modeste, sans doute à vocation de stockage, sont mis au jour à l’est (UA 08) et au nord du site (UA 03). L’UA 05 au sud de l’UA 02 pourrait être de taille modeste ou bien plus importante si on lui associe des trous de poteau plus éloignés. Cette zone d’occupation se développe bien plus au nord encore, comme nous le verrons lors de la fouille de la parcelle nord.

Le XIe siècle

Le XIe siècle est à la fois le théâtre de remaniements, tout en gardant ce foisonnement de bâtiments se développant vers le nord de la parcelle. Des greniers sur poteaux, avec quelques réfections, restent en place dans la première moitié du XIe siècle, de nouveaux bâtiments en remplacent d’autres, comme l’UA 04 qui s’installe à l’emplacement de l’UA 02, d’autres sont créés, comme l’UA 01, à proximité des UA 09 et 10 qui, bien que non datées, ont une orientation similaire. Dans la seconde moitié-fin XIe siècle, plusieurs fonds de cabanes sont installés le long du chemin, dont l’un sur le fossé bordier 71. La partie sud de la parcelle va plutôt comporter des structures à vocation agropastorale : des greniers sur poteaux, comme l’UA 08 au début du XIe siècle, puis les silos et fosses qui l’entourent vers le milieu et la fin du XIe siècle. C’est dans la parcelle nord que les plus gros bâtiments de la période seront mis au jour. Il est possible que les axes de circulation soient toujours à peu près les mêmes, si l’on en juge par les multiples reprises des fossés bordiers au sud de la parcelle. Comme nous le verrons à la lumière de la fouille de la parcelle nord, il est fort possible que l’occupation ne soit pas circonscrite dans ces deux seules parcelles et s’étende bien plus au nord sous la ZAC actuelle.

Caractérisation de l’habitat

La faible quantité de mobilier recueilli en dépit d’une fouille exhaustive des structures a été un manque important pour nous aiguiller sur le type d’occupation auquel nous sommes confrontés. Néanmoins, ces études ont pu apporter quelques indices ou soulever des questions sur la nature de la population occupant le site. Si certaines études, comme l’étude anthropologique des squelettes exhumés lors de la fouille, soulèvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses, d’autres ont pu nous aiguiller sur l’interprétation des structures et la qualité de vie des occupants du site. L’étude de la céramique a permis, par l’observation de la répartition des tessons selon leurs caractéristiques dans les structures identifiées comme bâtiments, de formuler des hypothèses sur leur fonction. Cette méthode associée à l’observation de la morphologie des construction nous a permis d’affiner certaines interprétations. L’étude des restes fauniques a mis en évidence deux types d’élevage : une partie destinée à la consommation de viande, une autre destinée aux travaux agropastoraux. Cette répartition est courante pour les habitats ruraux de ces périodes. Toutefois il semble apparaître une forme de montée en qualité de la viande de bœuf consommée, ce qui semble correspondre à la fois aux habitudes alimentaires pour la période, comparativement à un grand nombre de sites, mais peut-être également à une certaine aisance, même relative, des occupants du site. Le mobilier métallique, lui, est également très représentatif des habitats ruraux du IXe siècle jusqu’au XIe siècle, et confirme les activités agropastorales du site. En revanche, rien n’indique par ce biais que l’occupation est plus ou moins importante qu’une autre en terme de statut. Il en est de même pour le mobilier lithique pouvant être associé à la période, qui met en évidence une certaine abondance (en rapport au nombre d’objets lithiques à vocation autre) d’aiguisoirs. Le mobilier mis au jour est donc très caractéristique des sites ruraux du haut Moyen Âge et du Moyen Âge central. Quelques indices permettent de dire approximativement que la qualité de vie des occupants de ce site n’est pas mauvaise, toutefois ces éléments devront être confirmés avec l’étude des données issues de la fouille de la parcelle nord.

Bilan et perspectives

Nous ne pouvons à ce stade établir un bilan définitif avant d’avoir exposé les données de la fouille de la zone sud de l’occupation. Néanmoins, il est déjà possible de dire, bien que nous ne soyons pas sur une occupation aussi importante en surface que le site des Ruelles à Serris (Gentili 1997), que les vestiges, en particulier ceux des Xe et XIe siècles, sont assez comparables. Ainsi, comme nous le verrons dans le rapport de la zone nord, certains bâtiments, sans égaler en surface ceux mis au jour sur le site des Ruelles, sont fort semblables dans leur conception, l’occupation étant implantée suivant des axes de circulations marqués par des fossés, mais probablement conservés bien après l’abandon des fossés, qui eux-mêmes ont repris un tracé plus ancien. Les vestiges de type bâtiments, silos, trous de poteau et fosses au sud de l’emprise sont moins nombreux et laissent place à des zones d’enclos et de fossés qui s’étendent au-delà de l’emprise de fouille. Il est tout à fait possible que le chemin nord-sud qui traverse le site en son centre bifurque un peu plus loin vers l’est et l’occupation médiévale de l’Arpent-Ferret (Blanchard, Gentili 2015). De même, le fossé 674 au sud bifurque vers l’ouest, il est donc également envisageable qu’il puisse d’agir d’un fossé bordant un chemin menant vers d’autres occupations ou rejoignant des voies plus importantes.


Marie Deschamp, août 2018.