Soissons (02) – 3 rue Leroux

Soissons (02) – 3 rue Leroux

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

21 août - 21 décembre 2017

Fouille préventive

Antiquité, Moyen Âge, période moderne et contemporaine

DATE : 21 août - 21 décembre 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Antiquité, Moyen Âge, période moderne et contemporaine

Le projet de construction de logements à Soissons, à l’angle des rues Leroux et Porte de Crouy, par l’OPAL de l’Aisne avait entrainé la réalisation par l’Inrap d’un diagnostic en mars 2013. Ce dernier avait mis en évidence la présence de vestiges funéraires de l’Antiquité tardive, de structures domestiques médiévales ainsi que d’éléments d’époque moderne. Les fouilles réalisées d’août à décembre 2017 par le bureau d’études et de valorisations archéologiques Eveha, sous la direction d’A. Rouibi (responsable d’opération) et de J. Lyautey (responsable adjoint, anthropologue) ont confirmé ces premiers résultats. Les études du mobilier ainsi que des données récoltées se poursuivent actuellement et permettront d’affiner nos connaissances de ce site et de son occupation.

 

L’opération archéologique a porté sur une surface d’environ 1600 m², sur des parcelles localisées le long de la rive droite de l’Aisne canalisée, à l’extérieur du coeur historique de la ville et à proximité de l’abbaye royale mérovingienne de Saint-Médard, fondée autour du tombeau du saint entre 557 et 560.

 

L’occupation tardo-antique se caractérise par la découverte d’une fraction de vaste nécropole à inhumation du Bas Empire (IV-Ve s.), se développant sur l’intégralité de la surface soumise à prescription. Pas moins de 192 sépultures y ont ainsi été mises au jour.

Les inhumations, organisées en rangées, sont individuelles, mais deux cas de sépultures doubles contenant des individus immatures ont toutefois été observés. Les individus sont majoritairement disposés en décubitus dorsal, orientés selon deux axes principaux N-S et E-O. L’individu issu de la sépulture 51 est le seul à reposer sur le ventre. L’architecture funéraire, bien que classique pour la période, demeure néanmoins variée dans son ensemble. Les coffrages ou les cercueils cloués sont majoritaires, mais un coffrage en tegulae, un sarcophage en pierre partiellement conservé et une stèle funéraire portant une épitaphe latine ont été découverts. (insérer photos). Le dépôt de mobilier au sein des sépultures est rare. Il est composé de vaisselle à boire et à manger en céramique et/ou en verre, d’armes et d’objets de parures. Ces vestiges sont à mettre en relation avec la zone funéraire identifiée depuis 2009 sur cette rive de l’Aisne, à l’extérieur du pomerium de la Civitas Suessionium.

 

Peu de structures du premier Moyen-âge ont été identifiées. Le site a bien livré ça et là du mobilier céramique en position résiduelle au sein de structures plus récentes, mais il semble que le coeur de l’occupation alto-médiévale échappe à l’emprise de la fouille. Toutefois, il a été possible de dégager en limite septentrionale une structure excavée évoquant fortement un « fond-de-cabane » à deux poteaux axiaux, vraisemblablement d’époque mérovingienne.

 

Le plein et le bas Moyen Âge se caractérisent quant à eux par des réseaux de fossés d’orientations divergentes. Deux larges fossés viennent barrer le sud selon un axe nord-sud et peuvent avoir joué le rôle de fossés drainant au sein d’un environnement très humide (la rivière Aisne coule à moins de 100 m à vol d’oiseau à l’ouest du site et les résurgences de nappes très fréquentes au sein des structures les plus profondes ). D’autres réseaux fossoyés, de dimensions plus modestes, s’alignent selon des axes est-ouest et pourraient correspondre à des délimitations parcellaires. L’état d’avancement des travaux de post-fouille ne permet toutefois guère d’en discuter le phasage. A cela, viennent s’ajouter des séries de fosses polylobées, fortement intriquées, localisées en limite de fouille nord. Leur fonction reste cependant indéterminée.

 

Les occupations subséquentes, bien que moins vivaces, ne demeurent pas en reste puisque de nombreux vestiges de l’époque moderne ont également pu être dégagés sur l’ensemble du site. Notons à ce titre la présence de deux fours à chaux bien conservés et de nombreuses latrines maçonnées de plan circulaire ou quadrangulaire, ainsi que d’ne vaste cave maçonnée en front de la rue Leroux.

 

Les premiers résultats de cette fouille s’annoncent donc prometteurs, notamment sur le plan anthropologique, et ne manqueront pas d’accroitre nos connaissances sur ce faubourg de Soissons jusqu’alors peu documenté par l’archéologie.