Stutzheim-Offenheim (67) – Am Bannscheid

Stutzheim-Offenheim (67) – Am Bannscheid

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

18 février - 05 avril 2019

Fouilles préventives

Néolithique récent (Michelsberg), Bronze moyen, Antiquité, période contemporaine.

DATE : 18 février - 05 avril 2019

TYPE D'OPÉRATION : Fouilles préventives

CHRONOLOGIE : Néolithique récent (Michelsberg), Bronze moyen, Antiquité, période contemporaine.

Les fouilles menées sur le site du COS 3-2, Am Bannscheid à Stutzheim-Offenheim (Bas-Rhin) ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Cédric Lepère. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement de l’A-355-Contournement ouest de Strasbourg mené par SOCOS-VINCI. Les occupations s’installent sur un versant orienté vers le sud-est, en rive gauche du Musaubach, à la limite entre le plateau collinaire et la vallée du ruisseau. Le terrain est marqué par une forte dépression allongée, située au nord de la parcelle. Orientée est-ouest, d’environ 25 m à 30 m de large, observée sur toute la largeur de la zone prescrite, elle montre le développement d’un paléosol dont la datation n’a pas encore pu être précisée. Cette morphologie du terrain a probablement conditionné les installations humaines ou tout au moins leur conservation. En effet, on observe une concentration plus importante de structures dans les parties hautes du terrain ; par ailleurs, la zone couverte par le paléosol n’a pas livré de structure anthropique.

 

Au moins cinq phases chronologiques ont été identifiées sur le terrain.

 

Avant le Michelsberg

Les occupations les plus anciennes sont représentées par deux fentes longues d’environ 1,5 m, larges de 0,4 m et profondes de 1 m à 1,5 m, situées au nord de l’emprise. L’une est clairement coupée par une fosse à rejets cendreux du Néolithique récent (période dite de Michelsberg). L’autre contenait, vers sa base, un squelette en connexion de jeune suidé.

 

Le Michelsberg moyen-récent

L’occupation la plus dense peut être datée, d’après les premières observations sur le mobilier archéologique, du Michelsberg moyen-récent (étapes III-IV). L’évolution chronologique de l’occupation devra toutefois être précisée lors de la post-fouille. Trois grands types de structures composent cette occupation. Les plus nombreuses – une quarantaine – sont des fosses et des silos à comblement plus ou moins complexe, relativement pauvres en mobilier. L’un de ces silos a été utilisé comme sépulture. Plus d’une dizaine de structures sont caractérisées par plusieurs phases de rejets cendreux particulièrement riches en mobilier varié (esquilles de faune brûlées, faune non brûlée, industries osseuses, céramique, macro-outillage, etc.) que l’on peut interpréter comme des rejets domestiques. Cette occupation est complétée par cinq fosses peu profondes en grande partie comblées par des plaques et des blocs de torchis de grande dimension portant des négatifs d’armatures en matière périssable de différents types.

La présence de ces deux derniers types de structures évoque clairement l’existence d’habitations à proximité du site. Pourtant, peu de trous de poteau ont été identifiés et les rares recensés ne semblent pas présenter d’organisation. Une première hypothèse consisterait à penser que ces structures ont été érodées, mais ce postulat apparaît fragile puisque les trous de poteau conservés sur le terrain sont préservés, dans la partie centrale de la parcelle, sur plus de 40 cm de profondeur. On pourrait donc privilégier une seconde hypothèse selon laquelle les habitations se situeraient hors de la zone prescrite.

Le mobilier récolté est considérable, probablement l’une des plus grosses séries alsaciennes pour cette étape chronologique : environ 300 kg de torchis, au moins 150 à 200 individus céramiques, plusieurs dizaines de kg de faune en bon état de conservation, au moins une trentaine d’industries (poinçon, gaine de hache, percuteur, lissoir, etc.), une dizaine d’éléments de parure (dents de carnivore, perle en roche verte tenace, etc.), une centaine de fragments de macro-outillages (meules, percuteurs, polissoirs, probable outils de potiers), une quarantaine de fragments de coquillages (malacofaune) et une soixantaine de prélèvements anthracologiques et carpologiques. Parmi les pièces les plus remarquables et exposables, citons la découverte d’une figurine féminine en céramique. Outre de précieux référentiels concernant l’artisanat (céramique, osseux), l’habitat (les modes de construction à travers l’étude des torchis), l’analyse typo-technologique de ce mobilier présente un potentiel important non seulement pour la définition des systèmes socio-économiques des groupes du Néolithique récent alsaciens (agriculture, gestion de l’élevage, réseaux d’échanges et in fine de la gestion des territoires) mais aussi pour la définition des paléo-environnements (études carpologique, anthracologique et malacologique).

 

L’âge du Bronze moyen

L’âge du Bronze moyen est représenté par quatre structures. Hormis deux petites fosses, on compte une grande structure circulaire contenant en son centre de gros fragments de torchis, parfois pourvus de traces de clayonnage. Des « scories » ont également été trouvées dans le comblement de cette structure (traitement artisanal du métal ? du verre ?). Un silo aux parois irrégulièrement rubéfiées, réutilisé comme dépotoir (riche en mobilier) a également été trouvé.

 

L’Antiquité
Les vestiges antiques – au nombre de neuf – sont localisés au sud-ouest et au nord de la parcelle. Au sud, ils sont représentés par quatre fossés étroits interrompus appartenant à des aménagements d’une voie antique qui se développe sous la route départementale actuelle. Dans la partie nord de la parcelle, ils sont représentés par un aqueduc, un chemin d’entretien (ou à son assise) pavé de grès des Vosges et à son fossé drainant. La fouille du fossé d’installation de l’aqueduc a montré l’absence de tuyau en place et des variations des dynamiques de comblement ce qui suggèrent que ceux-ci ont été récupérés. Le dernier fossé peu profond, conservé sur moins de 10 cm de profondeur, semble en lien avec l’aqueduc car il vient prolonger son fossé d’installation. Il pourrait être interprété comme un chemin.

 

La période contemporaine
Ce fossé antique est coupé par plusieurs structures oblongues, peu profondes à fond irrégulier, souvent marquées par une forte bioturbation. Elles pourraient correspondre à des fosses de plantation. A proximité de ces structures, quelques tessons vernissés ont été découverts ; leur datation reste toutefois à préciser.

 

Enfin, quelques structures n’ont pas pu être datées en première analyse. Citons notamment la structure 5030 qui est un petit creusement comportant un crâne humain dont l’occipital était placé sur la mandibule. Ce crâne était associé à des ossements de bovidé qui semblaient avoir été posés sur le fond de la fosse.

 

Les études du mobilier ainsi que des données récoltées se poursuivent actuellement en laboratoire et permettront d’affiner nos connaissances de ce site et de son occupation.


Cédric Lepère, avril 2019.