Tremblay-en-France (93) – ZAC Sud Charles de Gaulle, secteur 3

Tremblay-en-France (93) – ZAC Sud Charles de Gaulle, secteur 3

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

3 mars - 18 avrl 2014

Fouille préventive

Second âge du Fer, La Tène ancienne, La Tène moyenne et finale.

DATE : 3 mars - 18 avrl 2014

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Second âge du Fer, La Tène ancienne, La Tène moyenne et finale.

Un projet d’aménagement porté par l’AFTRP dans la ZAC Sud Charles de Gaulle, sur la commune de Tremblay-en-France (93) a donné lieu à une campagne de diagnostic menée par P. Broutin (Inrap) du 2 octobre 2012 au 8 février 2013. La surface initiale diagnostiquée de 640 000 m², a été complétée par une dizaine d’hectares supplémentaires au printemps 2013.

Cette campagne, menée dans un secteur de la Plaine-de-France au fort potentiel archéologique souligné depuis des années par de nombreuses opérations de prospections, de diagnostic et de fouille, a révélé la présence de plusieurs indices de sites. Parmi ceux-ci, l’identification d’un enclos fossoyé de la fin de La Tène a entraîné la prescription d’une fouille archéologique sur une surface de 17 000 m².

L’opération de fouille du Secteur 3 a été menée du 03 mars au 18 avril 2014. Elle a permis la mise en évidence d’une occupation protohistorique se développant en trois phases distinctes, de La Tène ancienne à La Tène finale.

La phase 1 : une occupation ouverte de La Tène ancienne

La première phase d’occupation n’est représentée qu’au travers de deux structures formellement datées : un trou de poteau (st. 307), et surtout une fosse (st.244) ayant livré un mobilier céramique et faunique très abondant. Ce mobilier est daté à La Tène B1-B2. Mêlé à de nombreux rejets cendreux, il possède un caractère détritique d’origine domestique évident et suggère la proximité immédiate d’une unité d’habitation. Représentée par seulement deux structures, cette première phase est très discrète. La quantité et la qualité du mobilier recueilli signale cependant une réelle occupation, qu’il faut peut-être chercher dans les nombreuses structures non datées situées dans cette partie du site.

La nature de l’assemblage rejeté au sein de la fosse fournit un aperçu de l’économie végétale et pastorale du site : les données carpologiques traduisent une activité maraichère où la culture du pois au moins est bien représentée. L’étude des restes fauniques souligne quant à elle l’élevage sur place de la triade domestique bœuf/porc/caprinés, au sein de laquelle la présence du porc domine largement.

La phase 2 : un enclos fossoyé quadrangulaire de La Tène moyenne

L’analyse céramologique du mobilier suggère l’existence d’un possible hiatus dans l’occupation pour le tout début de La Tène moyenne. Au plus tard à la fin de La Tène C1 en tout cas, l’occupation se dote d’un enclos aux fossés peu puissants, de forme quadrangulaire et d’une surface de 2500m² (enclos A). On retrouve là la configuration fossoyée qui cractérise les enclos de la seconde partie de La Tène moyenne (Marion 2004). Au centre de l’enclos, un vaste bâtiment sur poteaux est érigé (UA 8) ainsi que deux greniers (UA 3 et 6). L’occupation s’étend vraisemblablement hors de l’enclos A : on relève à 20m au nord-ouest la présence d’une grande fosse, sans doute dédiée à l’extraction de matière première (st.201) et surtout d’une amorce d’enclos secondaire d’orientation similaire à l’enclos A, en limite d’emprise au nord. Le mobilier étant peu abondant pour cette seconde phase d’occupation et celle-ci étant probablement incomplètement circonscrite par le décapage, les indices manquent pour la caractériser outre mesure. Les données archéozoologiques mettent en évidence un changement notable dans les espèces consommées et élevées : les tendances s’inversent et le bœuf domine très nettement les assemblages.

La phase 3 : une vaste occupation structurée à La Tène finale

A la fin de La Tène C2, l’occupation est largement remaniée. L’UA 8 reste en activité, le nouvel enclos couvre une surface de 6500 m². Ses fossés en V doublés d’un talus interne sont significativement plus puissants que ceux de la période précédente. L’enclos B possède une morphologie en revanche atypique, vraisemblablement adaptée aux activités qu’il abrite. Deux espaces distincts sont séparés par un fossé de partitionnement :

Au nord-est, l’espace résidentiel s’individualise par la présence de l’UA 8 et d’un nouveau bâtiment, l’UA 10, probablement à « parois rejetées ».

Au sud-ouest, un vaste espace est dédié aux activités économiques. Très structuré, il s’organise autour d’une vaste cour centrale, occupée par un nouveau bâtiment à « parois rejetées », l’UA 7. Les côtés de l’enclos sont dédiés aux activités de stockage et d’artisanat et au panel d’activités liés à la spécialisation agro-pastorale de l’occupation.

Au nord, un second enclos, l’enclos C, est ouvert sur l’enclos B. Il abritait probablement une part de l’activité agro-pastorale du site : stockage, peut-être aussi maraichage et/ou pâture.

L’occupation à La Tène finale semble très largement tournée vers l’agriculture et l’élevage. La première est attestée par un panel assez complet de structures de stockages (greniers aériens, silos et celliers) et surtout par deux imposants rejets de grains brûlés au fond du silo 123 et du fossé 101. Ceux-ci éclairent de façon très opportune l’économie végétale du site et permettent d’entrevoir une occupation spécialisée précocement dans la monoculture céréalière. Parallèlement, les nombreux restes fauniques rejetés dans le fossé d’enclos attestent d’un élevage rationalisés au sein duquel les bovidés dominent largement.

On relève parallèlement de nombreux témoignages d’artisanat et en particulier une activité métallurgique de courte durée mais intense ; les témoignages qui nous en sont parvenus consistent en fragments de tôles rivetées,artisanat très spécialisé probablement l’œuvre d’un artisan dinandier. Les nombreux rejets liés à cette activité (scories et chutes de travail) suggèrent que l’atelier de forge était localisé en bordure du fossé d’enclos 101.

Fin de l’occupation

Dans les derniers temps de l’occupation, la façade de l’enclos B fait l’objet d’un profond remaniement : elle est décalée de 6m vers le sud-ouest, ce qui reste des fossés d’enclos alors déjà partiellement comblés est prolongé d’autant. La nouvelle interruption, très large, ouvre quasiment l’enclos. Cet espace semble aménagé pour y faire déboucher une voie dont seuls témoignent les fossés bordiers. Les raisons de ce ré-aménagement de l’entrée de l’enclos nous demeurent inconnues.

L’abandon de l’occupation intervient à la fin de La Tène D1b : l’espace semble avoir été préalablement nettoyée, les fossés d’enclos sont remblayés avec les déchets et matériaux qui subsistent.

Dynamique d’évolution de l’occupation

Le site présente l’intérêt d’offrir un aperçu du développement d’une occupation rurale sur la plus grande partie de la période laténienne, à une époque de profondes mutations à la fois économiques et sociales.

La représentativité de chacune des trois grandes phases semble très inégale, mais ce biais apparent tient précisément à l’évolution de la nature des occupations sur la période considérée. On assiste à la transformation de l’occupation, à son passage d’un modèle ouvert qui est largement connu par ailleurs pour les périodes précédent La Tène moyenne (Nouvel et al. 2009), à un modèle enclos en un temps relativement court et selon des modalités difficiles à évaluer. Ce mouvement, traduisant certainement une révolution dans le mode d’occupation et d’exploitation des sols, s’accompagne comme on pourrait s’y attendre de changements dans l’économie agro-pastorale : on assiste à Temblay à une inversion des tendances dans la consommation carnée et l’élevage, avec le passage du bœuf (à l’élevage plus exigeant) au premier plan. La dynamique lancée à La Tène moyenne s’accentue à La Tène finale avec l’impressionnant accroissement des dimensions de l’enclos,et pour autant qu’on puisse en juger, de l’intensité des activités qui y étaient menées. Ce mouvement n’est pas propre à Tremblay, loin s’en faut : il a pu être mis en évidence partout où des occupations structurées se sont développées au cours de La Tène, et là où l’ampleur des diagnostics et des fouilles a pu mettre en évidence l’évolution des occupation et leur emprise sur leurs terroirs (comme dans la plaine de Caen − Jahier et Vauterin 2010 − ou à Brebières « Les Béliers » dans le Pas-de-Calais). Il s’accompagne à Tremblay − voire sans doute découle − de changements novateurs dans l’exploitation des sols avec la mise en place d’une agriculture intensive, mono-spécifique, très vraisemblablement tournée vers les échanges.


Nicolas PIMPAUD, novembre 2015.