Trets (13) – 3 bis à 9 rue Paul Bert

Trets (13) – 3 bis à 9 rue Paul Bert

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

21 juillet - 08 aout 14

Fouille préventive

Époque médiévale, Temps modernes.

DATE : 21 juillet - 08 aout 14

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Époque médiévale, Temps modernes.

La maison dite « synagogue » de Trets a fait l’objet d’une étude de bâti menée par une équipe d’Éveha du 21 juillet au 8 août 2014. Cette opération fait suite à un diagnostic réalisé l’hiver 2009-2010 ayant consisté en des sondages ponctuels et une analyse de certaines maçonneries, les plus accessibles. Cette première investigation a permis de caractériser cette maison comme un édifice polyvalent, avec un rez-de- chaussée dévolu à des espaces utilitaires, différents niveaux de cave, un premier étage noble ouvrant sur la rue par de belles baies géminées, et enfin un second étage plus tardif. Cet édifice composite semble avoir subi de fréquents remaniements au fil des siècles. Vraisemblablement bâti à la fin du XIII e siècle, une importante phase de modifications intervient au XV e siècle, avec notamment une modification de la hauteur des étages, l’adjonction d’un niveau supplémentaire, et la partition des espaces en de plus petites pièces. Cette phase coïncide par ailleurs avec la mise en vente de la synagogue suite au déclin de la présence juive à Trets.

Toutefois, le diagnostic n’a pas permis la découverte d’éléments archéologiques en lien avec l’existence de cette communauté juive, et les textes alors dépouillés ne permettant pas de localiser exactement la synagogue. Seule la tradition locale permet de la supposer à cet emplacement. Aucun graffiti n’est mis au jour, ni aucune trace du miqvé et de la bima .

L’étude de bâti de l’été 2014 avait donc pour but de reprendre ces investigations, à la fois par de nouvelles recherches en archives, ainsi que par de nouvelles observations de bâti. La mise en place de deux échafaudages avait été prévue au niveau du mur de refend nord de la maison, ce qui a permis l’accès à de petites pièces au nord du site, jamais observées jusqu’à présent puisque uniquement accessibles par ce système d’échafaudage.

L’étude documentaire témoigne des difficultés à localiser clairement la synagogue de Trets, du fait notamment du déficit des sources écrites. Les fonds notariés sont ainsi les sources principales, mais se révèlent particulièrement délicats et longs à étudier. Si cette étude historique n’a pu localiser avec précision l’emplacement de la synagogue, elle révèle néanmoins que l’association de la rue Paul Bert avec la rue de la Juiverie, admise depuis un siècle, est erronée. La rue de la Juiverie pourrait être plus au sud du centre historique. La maison médiévale rue Paul Bert ne serait ainsi pas une synagogue, mais plutôt une demeure bourgeoise.

Les résultats de l’étude de bâti apparaissent plutôt contrastés. En effet, comme lors du diagnostic, aucune trace de la présence juive n’a pu être détectée puisque les écroutages d’enduits successifs n’ont pas révélé de graffitis. Par contre, cette nouvelle étude a permis de préciser les phasages établis lors du diagnostic.

Quatre phases principales sont ainsi dégagées depuis la construction de la maison polyvalente à la fin du XIII e siècle jusqu’à nos jours. Dans son premier état de mise en œuvre, la maison se développe sur un niveau de caves, un rez-de-chaussée et un seul étage. Le rez-de-chaussée se compose d’un vaisseau rectangulaire, séparé par un mur d’un second vaisseau se développant au nord, ouvert au nord-ouest par un arc diaphragme permettant l’accès à un possible espace de cour. Ce vaisseau est calé entre deux pignons, celui à l’ouest n’étant pas connu puisque détruit lors des réaménagements et agrandissements du XV e siècle. Ce niveau est ouvert sur la rue par une belle porte charretière et une porte piétonne. On accède à l’étage noble par une tour d’escalier située à l’est. Cette cage d’escalier en vis est conservée dans son premier état dans le niveau de cave, tandis que le rez-de-chaussée et l’étage ont été remaniés au XV e siècle. Ainsi, cette première étape de mise en œuvre concerne les murs structurants de la maison : le mur gouttereau nord, le mur sud donnant sur la rue, le mur de partition séparant la demeure en deux vaisseaux rectangulaires, orienté est-ouest, et enfin les deux pignons et la cage d’escalier. Deux murs de refend nord- sud semblent également appartenir à cette phase : l’un permet de scinder en deux la zone de cour dans la partie nord-ouest de la maison, l’autre vient créer une partition dans le vaisseau rectangulaire principal, en rez-de-chaussée.

Aux XV e et XVI e siècles, de profonds réaménagements sont visibles. Un étage supplémentaire est ajouté, permis par la diminution de hauteurs des étages. Il induit donc le changement de tous les niveaux de planchers. La cage d’escalier est modifiée et un étage supplémentaire lui est également ajouté. Une seconde cage d’escalier est créée au cœur du bâtiment. Le pignon occidental est détruit afin d’intégrer de nouveaux espaces dans le bâtiment et d’agrandir ainsi la surface. Une nouvelle porte est ainsi percée dans la façade côté rue. Toujours en façade, les baies géminées sont remplacées par des fenêtres à meneaux. De nouveaux murs de refend sont mis en œuvre afin de partitionner de grands espaces sans doute devenus inutiles. L’arc diaphragme est ainsi englobé dans une maçonnerie et devient peu visible. Ces nouveaux murs créent de petites pièces en enfilade, pour lesquelles on perce des portes dotées de stucs permettant une bonne circulation d’une zone à l’autre. Des niches et placards sont également aménagés. Ces transformations semblent correspondre à un changement de statut de la maison qui devient essentiellement résidentiel. Cette modification pourrait correspondre à la date de mise en vente de la synagogue et au départ des juifs de Trets. Toutefois, cette seule coïncidence ne peut suffire à en déduire qu’il s’agit bien ici de cette ancienne synagogue, et les résultats de l’étude documentaire nous incitent d’ailleurs à la plus grande prudence sur ce point.

Dans un troisième temps, l’époque moderne voit les fenêtres à meneaux remplacées par des fenêtres sans remplage. L’escalier en vis desservant la partie médiane de la maison est détruit et remplacé par un nouvel escalier, actuellement conservé. De nouvelles caves sont installées, disposant de cuves à vin tapissées de carreaux vernissés.

Enfin, la période contemporaine connaît également sa part de modifications : certaines pièces servant encore d’habitation jusque dans les années 2000 sont réutilisées en cuisine. Des enduits et papiers peints récents sont posés, tandis que des cloisons en briques sont également parfois rajoutées pour scinder de nouveau les espaces.

Ainsi, cette maison sise rue Paul Bert à Trets est complexe, ayant subi de multiples évolutions au fil du temps et des différents propriétaires. Il est donc parfois délicat aujourd’hui de parvenir à imaginer son aspect d’origine tant les maçonneries sont marquées par les modifications incessantes. Les données historiques récoltées permettent de douter de son identification comme synagogue, puisque même la rue Paul Bert n’est peut-être pas l’ancienne rue de la Juiverie. Cette nouvelle opération a néanmoins permis de préciser les phasages et de mieux percevoir la chronologie de ces réaménagements, apportant ainsi une meilleure connaissance de cette maison polyvalente médiévale de la cité de Trets.


Isabelle Pignot, aout 2014.