Val d’or (972 – Martinique) – Sainte-Anne

Val d’or (972 – Martinique) – Sainte-Anne

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

12 mars - 13 avril 2012

Fouille préventive

Périodes moderne et contemporaine.

DATE : 12 mars - 13 avril 2012

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Périodes moderne et contemporaine.

Le site de Val d’Or est localisé dans la partie australe de l’île à un kilomètre à l’est de l’agglomération de Sainte-Anne. Contigüe à un chemin rural menant à l’Anse Trabaud depuis la RD n° 9, l’espace prescrit concerne essentiellement le bâtiment de la sucrerie ceint à l’ouest et au nord par des terrains vierges inondés et au sud et à l’est par des vestiges industriels de l’activité sucrière (puits, magasin, étuve et moulin). Cet édifice en ruine se situe à la base d’une pente entre 3 et 4 m Ngm, au pied du moulin qui le surplombe à 5 m Ngm.

En 2006, la Communauté d’Agglomération de l’Espace Sud Martinique – propriétaire d’une partie du site de Val d ‘Or – profite de l’appel à projets « pôle d’excellence rurale » lancé par le gouvernement pour présenter un projet de réhabilitation du moulin à étage et par extension de la sucrerie adjacente.

Dans ce cadre, la communauté enclenche des études archéologiques et historiques préalables qui aboutissent à un diagnostic réalisé par l’Inrap en mai 2010 puis à la prescription d’une fouille sur le bâtiment de la sucrerie en mars-avril 2012.

Les résultats de cette opération permettent d’établir une évolution de la sucrerie sur six phases successives.

La première phase correspond à un bâtiment rectangulaire de 13 m de long sur 7,80 m de large (hors galeries extérieures) et d’orientation sud-ouest – nord-est. Les murs, bien que complètement arasés après l’agrandissement de la sucrerie, voire ne possédant parfois plus que la semelle de fondation, ont tout de même permis de percevoir l’édifice. Le premier sol identifié dans l’espace interne se présente sous la forme d’une couche indurée de chaux très blanche impactée de nodules de charbons à 2,60 m Ngm. À l’extérieur, contre la façade est, se trouve une galerie ou un simple appentis pour couvrir un bassin de 1,90 m de côté. Ce dernier, pourrait servir de réservoir à eau de chaux ou de collecteur pour le vesou.

Selon les évolutions observées et notamment le recoupement de certains poteaux, il semble que cette première sucrerie n’a pas été entièrement construite en dur. Nous pensons notamment qu’à l’ouest, seul le massif des quatre chaudières est en place et que le mur-support du bâtiment correspond, pour partie, au mur-bahut du couloir de chauffe. Ce mur de 1,10 m de large, a été observé sur une longueur de 6,60 m et 0,60 m de haut. Il s’arrête brutalement au nord pour former un retour à l’équerre vers l’est, soit, approximativement, en face du mur pignon nord de cette première sucrerie. Entre ce mur et l’équipage de chaudières, sur une largeur de 2,20 m, un couloir dallé a été mis au jour. Il est visible dans la partie centrale sur une largeur de 1,20 m à une altitude de 2,36 m Ngm. Ses côtés se caractérisent par la présence de maçonneries de briques conservées sur 4 ou 6 assises décalées (en « escalier »). La dernière assise se trouvant au niveau de l’ouverture des fourneaux bouchés de l’équipage. En effet, les premières chaudières de cette sucrerie ont quasiment toutes disparu après les réfections et installations des équipages suivants. Toutefois, leurs quatre emplacements peuvent être identifiés lorsqu’elles ont été noyées dans la maçonnerie postérieure ou lorsqu’elles ont connu une longévité plus conséquente. Mais surtout on perçoit leur présence par les ouvertures bouchées de leurs foyers individuels, visibles à l’extérieur dans le couloir de chauffe.

Une autre structure participe à cette première phase de la sucrerie et pourrait être plus ancienne. Il s’agit d’une construction rectangulaire de 7,10 m de long sur 2,90 m de large. Elle est localisée à l’extérieur du bâtiment au nord-est mais son orientation diffère par rapport à la sucrerie. Elle se compose de murs épais d’une largeur supérieure à 0,70 m dotés de puissantes fondations. Le fait que cette structure ait perduré dans le temps a sans doute contribué à la perte de nombreuses informations permettant d’authentifier sa fonction originelle. Toutefois, on constate que la face interne des murs est enduite, par endroit, d’un mortier de type béton de tuileau (potentiellement étanche). Il s’agit du même enduit que nous retrouvons dans les deux « baignoires » qui lui sont accolées, à l’extérieur, dans son angle nord. Ce revêtement évoque une utilisation de ces différentes structures pour le stockage de liquide. Nous suggérons donc qu’il puisse s’agir de la cuve à vesou, à une époque où le moulin ne devait pas nécessairement se trouver là où il est aujourd’hui. Cette situation pourrait d’ailleurs peut-être expliquer l’installation des chaudières sur la façade opposée au moulin actuel.

En phase 2, l’organisation générale de la sucrerie reste la même mais le bâtiment subit des modifications importantes liées à son extension vers l’est. En effet, on voit apparaître un nouvel espace sur environ 70 m² qui présente un ensemble de onze murets arasés et parallèles entre eux (purgerie). Cet espace, comme le reste du bâtiment, connait de multiples modifications en fonction de l’évolution de la sucrerie. Dans un premier temps, il est organisé en deux salles distinctes avec un mur de séparation doté d’une ouverture dans sa partie accolée au mur est et on présuppose la présence d’une autre ouverture ouvrant sur l’extérieur du côté est. La première salle de 15 m² est dépourvue de structure tandis que l’autre pièce de 43 m² se compose de petits murets ou limandes d’une longueur de 3 m. Cette disposition réduit donc la surface possible d’entreposage des formes à sucre. Le reste de l’espace paraît avoir été laissé libre, sans doute pour faciliter le service et surtout permettre de recueillir les sirops qui devaient s’écouler des cônes (sucre raffiné et terré) ou des tonneaux (sucre brut) sur le sol de chaux lissé dont il nous reste quelques traces entre les limandes et par devant les murets. Avec cet agrandissement la sucrerie double de largeur et pourrait même laisser envisager un changement d’orientation de sa construction. Ce n’est apparemment pas le cas, mais il est certain que cette nouvelle configuration a dû entraîner une restructuration architecturale au moins de sa charpente et des combles.

Le sol intérieur de la sucrerie en elle-même est rehaussé par une épaisse couche de mortier de chaux compacte associée à des inclusions de pierres et en partie brûlée au contact du massif des chaudières. Elle pourrait correspondre à la destruction d’une partie du mur est pour permettre d’accéder à la purgerie. D’ailleurs, pour pallier la destruction d’une partie de ce mur, on observe la construction d’un mur épais de 0,70 m de large au nord du bassin. Cette configuration présente alors un petit corridor au nord permettant sans doute dans un premier temps de maintenir un lien entre les deux cuves. En outre, deux poteaux apparaissent au cours de cette phase pour prendre le relais du mur détruit et soutenir les combles.

Au cours de la phase 3, on assiste principalement à un bouleversement de la façade ouest du bâtiment avec l’extension vers le nord de l’équipage des chaudières qui passe à six œuvages et l’élévation d’un mur pourvu d’arcades. C’est ce mur qui présente encore aujourd’hui deux élévations bien préservées. Le niveau conservé le plus haut se situe à 6,40 m Ngm, soit 2,90 m au-dessus du massif des chaudières et à un peu plus de 4 m par rapport au premier sol de circulation du couloir de chauffe.

Ce mur s’installe directement sur le ou les massifs de chaudières. Il présente la singularité de posséder plusieurs arcs cintrés ou arcades en briques sur une longueur de 16,30 m. Les percements ont des dimensions assez proches avec 0,90 à 1 m de haut pour 1,15 à 1,20 m de long. Seules deux à trois arches sont encore intactes et présentent une série de 16 briques disposées de chant. Les autres arcades sont perceptibles mais souvent fragmentaires et les parties dégradées ont été remplacées par un bouchage de pierres et de mortier.

Même si ces arcades peuvent avoir fait office d’arc de décharge, il ne s’agit pas de leur fonction primaire. Elles correspondent avant tout à des ouvertures qui permettent une visibilité entre l’intérieur de la sucrerie et le couloir de chauffe tout en facilitant aussi l’évacuation des fumées.

Avec ce nouvel équipage, l’espace dédié à la purgerie s’agrandit également ou plutôt se modifie pour permettre d’élargir sa surface d’entreposage dans une seule et même pièce. La cloison est abattue et on installe de nouvelles limandes du même type que les précédentes mais quasiment deux fois plus longues. Par ailleurs, la cloison qui séparait la purgerie de la sucrerie est légèrement repoussée vers l’est via l’installation d’une nouvelle cloison plus large qui permet de libérer un peu plus d’amplitude. Enfin, on note l’apparition d’une nouvelle structure au nord-est qui présente une surface légèrement inférieure à 15 m² avec 9 m² d’espace interne. Le sol de cette structure est ondulé pour permettre l’écoulement du sirop et devait être en lien avec la récupération des sirops provenant de la purgerie adjacente.

À l’intérieur de l’atelier, l’installation de la cloison entraîne le démantèlement de l’ancienne cloison et de la cuve. Le sol est donc de nouveau rehaussé d’éléments de démolition extrêmement compacts formant une bande ou couloir entre la purgerie et l’atelier de la sucrerie. Ces couches se distinguent de celles localisées le long des massifs des chaudières où nous trouvons une alternance de fines couches d’occupation cendro-charbonneuses associées à des fragments de pots à mélasse et formes à sucre.

En phase 4, on assiste à une extension majeure de la sucrerie au nord-est avec la construction de deux équipages de cinq chaudières et un équipage à sirop de deux chaudières. Avec cette extension, le bâtiment présente une longueur de 27,30 m et une largeur de 16,25 m. Les anciens équipages sont rehaussés et les arcades du mur ouest sont en partie bouchées pour mettre en place les évents nécessaires au fonctionnement des nouvelles chaudières. Ces évents sont disposés à l’intérieur des arches au centre ou contre les piliers dans un blocage de pierres et de mortiers qui obstrue une bonne partie des ouvertures. Pour autant, ces dernières ne sont pas totalement refermées et présentent encore un passage sur la partie supérieure.

Le fonctionnement diffère par rapport aux équipages antérieurs où chaque marmite était chauffée par un foyer individuel. On adopte ici le système dit à l’anglaise qui consiste à n’avoir plus qu’un seul foyer à une extrémité et une cheminée à l’autre. Il n’y a donc plus de séparation entre les chaudières mais un couloir ou tunnel qui relie chaque œuvage permettant de chauffer la totalité de l’équipage.

La chaufferie est également allongée sous la forme d’un couloir de 3,30 m et des annexes se développent à l’est du bâtiment. Nous n’avons pas pu dégager précisément ce dernier espace du fait des travaux sur le moulin et de sa localisation en dehors de l’emprise. Toutefois, le sondage qui a pu y être réalisé permet d’observer un ensemble de murs qui pourrait délimiter une pièce rectangulaire de 16 m². Celle-ci dispose d’une construction soignée en briques qui présente une rigole de 0,30 m de large pour une profondeur de 0,45 m accompagnée d’un petit conduit d’évacuation passant sous le mur nord de la sucrerie.

Une fouille plus étendue et un nettoyage plus fin de cette zone pourrait sans doute permettre de démêler les différentes maçonneries présentes. Par ailleurs, il est probable que les vestiges puissent s’étendre au nord-est étant donné les éléments topographiés sur ce site en 1972 et ceux perçus lors du diagnostic. Il en va de même au sud-ouest où un autre mur perpendiculaire à la sucrerie a pu être distingué. Nous pouvons donc seulement imaginer pour le moment une zone consacrée à recueillir le vesou provenant du moulin (l’ouverture liée au passage du vesou se trouvant juste en face) et/ou l’emplacement éventuel de différentes machines.

Lors de cette phase, l’extension du mur de façade est d’une longueur de 12 m présente trois embrasures correspondant à des fenêtres. La singularité de ces ouvertures est de posséder des barreaux dont on perçoit clairement les ancrages carrés ou losangiques. À partir de l’agencement des empreintes et des recoupements visibles, nous avons pu établir deux à trois réfections de ces barreaux. Cette nouvelle façade présente également une porte localisée en plein centre qui se caractérise par un seuil d’une largeur de 1,45 m.

À l’intérieur du bâtiment, l’occupation antérieure est recouverte par un sol de mortier de chaux puis par un apport de remblais. Étonnamment, il semble qu’une partie des murs de la sucrerie antérieure soit maintenue.

Plusieurs nouvelles structures voient également le jour lors de cette phase. Tout d’abord, on constate l’adjonction d’un grand bassin en briques dans l’angle nord-est du bâtiment de la sucrerie, à la perpendiculaire du mur pignon nord. Il s’agit d’une grande cuve rectangulaire de 5,23 m de long pour 4 m de large et des parois de 0,38 m d’épaisseur conservées sur environ 0,90 m de haut. Plusieurs encoches sont disposées à l’extérieur à intervalles réguliers dans le mur de la sucrerie. Elles correspondent à des supports de claies qui devaient être disposées au-dessus du bassin. Par conséquent, il s’agit probablement d’une citerne avec des limandes pour supporter et purger les barriques de sucre brut.

Trois poteaux supplémentaires sont également implantés dans l’alignement des deux précédents formant une rangée au centre de la salle de travail des chaudières (l’atelier). Deux autres poteaux plus légers sont eux présents en face de l’ouverture de la porte est sous la forme de deux bases de maçonneries rectangulaires.

Enfin, on observe la mise en place d’une petite forge ou atelier de tonnelier dans un espace cloisonné de 34 m². Elle se caractérise par la présence de deux petites constructions en brique (cuve et foyer) mais surtout par une épaisse couche très noire de 30 cm composée de résidus de type mâchefer associés à des fragments de charbons et des objets métalliques en fer ou en plomb. On notera par ailleurs la présence d’un bloc équarri qui pourrait avoir supporté un poteau ou un billot d’enclume.

Avec la phase 5, on assiste à une réduction de la purgerie et des deux équipages qui passent à quatre chaudières. Les arcades du mur ouest sont totalement obturées (hormis les évents en fonction) et un enduit de chaux est de nouveau appliqué sur le reste du mur à l’intérieur de la sucrerie.

L’intérieur du bâtiment voit un rehaussement général de sa surface, notamment par un apport massif de déchets de démolition liés à la destruction des murs de l’ancienne sucrerie.

Une autre structuration de l’espace apparaît avec la mise en place d’une deuxième rangée de poteaux pour soutenir les combles.

La purgerie forme une pièce de 35 m² (6,70 m de long sur 5,80 m de large). Il s’agit sans doute de la salle appelée petite purgerie dans l’inventaire de succession de 1841. Elle devait essentiellement servir à entreposer les gros sirops provenant des deux petites chaudières localisées en face. Pour le reste du travail de transformation du sirop en sucre, il devait se faire à cette période à un autre endroit, peut-être dans le grand bâtiment de type longère localisé devant l’entrée principale de la sucrerie au sud-ouest.

À la perpendiculaire du mur nord apparaît une nouvelle structure. Il s’agit d’un ensemble de trois petits murs parallèles de 1,30 m de long et un cuvier en métal. Leur configuration pourrait suggérer une fonction de support pour une cuve (à eau de chaux ou à vesou), installée en hauteur pour permettre l’écoulement de son contenu vers la première marmite de l’équipage. La position du cuvier pourrait servir à la récupération du produit, peut-être comme simple purge.

La dernière occupation qui correspond à l’arrivée des machines est très difficile à cerner du fait des dégradations anthropiques et des effets du temps, après l’abandon du site. Ainsi, il est malaisé d’établir si les deux équipages sont maintenus. Il semble que ce soit le cas, au moins dans un premier temps.

Pour autant, au cours de cette phase 6 toute l’attention de l’activité semble se concentrer autour de l’équipage central qui est entièrement remanié. On constate notamment que le cœur du massif a été décaissé (peut-être pour y installer une machine) et que deux canalisations convergent vers lui. Par ailleurs, on note que l’équipage est recouvert au nord-est par l’installation d’une petite « pièce ».

Celle-ci forme un espace rectangulaire d’environ 6 m² munie d’une petite « cuve » de type évier implantée dans son angle sud. D’après sa taille et sa forme elle pourrait s’apparenter aux cuviers pour récupérer les écumes qui se trouvent parfois associés aux équipages. Une autre excavation maçonnée en briques s’installe dans cet espace. Elle s’insère dans un petit massif rectangulaire accolé au mur et qui mesure un peu plus de 1 m de large et 1,40 m de long. Il présente une surface lissée à son sommet et un petit conduit aménagé dans le mur.

Une hypothèse est qu’il pourrait s’agir d’un petit foyer destiné à chauffer une cuve disposant d’une robinetterie traversant le mur, à l’image de l’une des deux canalisations. D’après l’étude des restes fauniques, de nombreux fragments de faune invertébrée présentant des traces de feu pourraient être en lien avec cette structure.

La chaux à un rôle important dans la confection du sucre et comme le précise le père Labat (Labat 1724, V.1 : 180) elle était élaborée à partir de coquilles. Ainsi, l’absence de four sur le site suggère un approvisionnement en chaux sous forme de poudre dans des sacs. La difficulté relatée par Labat pour réduire ces coquillages en poudre devait engendrer la présence d’éléments non réduits. Par conséquent, cette structure pourrait correspondre à l’emplacement d’une chaudière pour la confection de l’eau de chaux (Louis-Joseph 1981 : 306) ou la chaudière à déféquer. Les éléments grossiers contenus dans les sacs devaient être rejetés au sol pour ne garder que la chaux en poudre.

La deuxième canalisation arrive au niveau de l’angle nord de la petite purgerie. Il est donc fort probable qu’un lien puisse exister entre le travail réalisé au sein de cette petite purgerie et la machine qui a dû prendre place dans l’ancien équipage (machine à déféquer ou à recuire les sirops ?).

Le sol de la sucrerie, est à nouveau rehaussé par un apport d’argile verdâtre et neutre semblable au niveau géologique.

Pour finir, l’intégralité du site semble avoir été couverte entre 3,80 m et 3,90 m Ngm d’un sédiment granuleux brun foncé contenant une très forte concentration de tuiles. Ces dernières forment un niveau plan interprété comme un sol au vu du mobilier mis au jour sur sa partie supérieure (céramique et objets en fer), à l’interface avec la terre végétale. On le retrouve également dans le couloir de chauffe où il recouvre le mur-bahut.

En ce qui concerne le matériel archéologique recueilli sur le site, nous pouvons dire qu’il est en adéquation avec ce type de bâtiment industriel. En effet, il est plutôt très pauvre en mobilier domestique et vestimentaire et bien plus riche en artefacts liés à l’activité du sucre. Ainsi on dénombre plus de 2 000 fragments de formes à sucre et/ou pots à mélasse pour la céramique et 600 objets en métal. Pour ces derniers, beaucoup d’entre eux se rapportent à des éléments de la construction (visseries, clous, barres de renfort, pentures, gonds, tuyauterie…) mais également à l’activité avec 170 fragments de plaques provenant de la fracturation des cuves ou marmites en fonte ainsi qu’une plaque en cuivre ajourée appartenant sans doute à un écumoire. S’y ajoutent quelques outils et déchets liés au travail du métal.

En revanche, tout comme les éléments fauniques présents, la majorité de ces découvertes provient de dépôts secondaires liés au remblaiement des espaces et/ou au comblement des structures excavées voire du décapage à l’interface entre le niveau d’apparition des vestiges et la terre végétale. Par ailleurs, d’un point de vue chronologique, les datations de ces objets sont comprises entre le XVIIIe et le XIXe siècle, ce qui ne permet pas de nous donner une vision plus précise de l’évolution du découpage chronologique des différentes phases de construction et/ou de modification de la sucrerie. En revanche, elles permettent de confirmer d’une part, l’absence d’une occupation de ce bâtiment au xviie siècle et d’autre part la fin de son utilisation au XIXe siècle.

En définitive, l’étude du mobilier a permis d’extraire certaines données importantes. Pour la céramique, la présence de formes à sucre au sein des couches les plus anciennes précise une activité de terrage dès l’origine de la sucrerie avant sa partition avec d’autres sucres (brut et sirops). De plus la grande majorité voire l’intégralité des éléments mis au jour présentent un faciès lié à une production locale, provenant vraisemblablement du site de la Petite Poterie au Marin. Deux tailles de formes ont pu être identifiées mais aucune marque. À l’inverse, plusieurs empreintes sont présentes sur les différents éléments de terres cuites architecturales découverts. Par exemple, des briques formant les œuvages conservés du dernier équipage de quatre chaudières comportent les noms des fabricants Gazan-Honore et Carbonel Jph.

Pour tenter d’éclaircir l’évolution chronologique de ce site, nous nous sommes en partie appuyés sur les travaux de Vincent Huyghues-Belrose (Huyghues-Belrose 2007) avec la généalogie des propriétaires et les inventaires de succession tout en tenant compte des événements historiques et climatiques de l’île.

Sans rentrer dans le détail de cette réflexion, les résultats nous amènent à faire correspondre la phase 6 avec la période de 1840 à 1870 (propriétaires et exploitants Charles Blondel La Rougery, Laguigneraie, Richaume-Lacourt), la phase 5 entre 1810 et 1840 et la phase 4 entre 1790 et 1810 (Sébastien Blondel La Rougery et sa femme Marie Anne Catherine Désirée Décasse dite Veuve Blondel). La phase 3 pourrait se situer entre 1765-1770 et 1790 (Famille Monnel-Bardoulet), et les phases 1 et 2 entre 1725 et 1765-1770 (Louis Monnel-Maucroix et sa femme Marie-Anne Duval des Fleuriottes dite veuve Monnel).


Bruno Zélie, mars 2016.