Vannes (56) – 6-8 rue de la Tannerie

Vannes (56) – 6-8 rue de la Tannerie

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

04 janvier – 28 avril 2017

Fouille préventive

Antiquité

DATE : 04 janvier – 28 avril 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Antiquité

L’agglomération de Darioritum, chef-lieu de la Cité des Vénètes est un des sites majeurs du département du Morbihan. Les connaissances acquises lors de nombreuses campagnes de fouilles placent l’origine de son implantation sur la colline de Boismoreau dès la fin du Ier siècle avant notre ère. En contrebas de cette dernière était établi le port antique de la ville. La structuration de la trame urbaine avec la mise en place du système de voirie n’est opérée, selon les données acquises, qu’au deuxième quart du Ier siècle apr. J.-C.Par la suite, l’architecture de la ville est enrichie par la construction d’ensembles monumentaux dès la seconde moitié du Ier siècle apr. J.-C. On note notamment l’édification d’un forum et de sa basilique, d’un complexe thermal, d’un probable théâtre, de quartiers résidentiels avec l’installation d’habitats de type domus et d’autres secteurs bâtis probablement associés à des espaces à vocation artisanale.
C’est dans ce cadre archéologique très riche qu’un projet d’aménagement comprenant la création de de 35 nouveaux logements collectifs et individuels aux 6 et 8 rue de la Tannerie a été entrepris par la société CEFIM. En amont de ce projet, une opération de diagnostic archéologique a été réalisée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Celle-ci s’est effectuée sous la direction de Karine Le Prêtre. Les résultats de cette opération ont motivé le préfet de région (DRAC-SRA) à prescrire une fouille exhaustive sur une superficie de 2250 m².

Le site de la Tannerie s’inscrit dans un environnement archéologique immédiat extrêmement riche puisque trois fouilles anciennes touchent des parcelles jouxtant le projet d’aménagement. À l’ouest du site, les fouilles entreprises par P. André et A. Triste en 1981-82, rue du Four, ont permis de mettre au jour 4 ensembles bâtis distincts dont l’orientation suit sensiblement celle de l’actuelle rue du Four. Les vestiges mis au jour lors de cette campagne de fouille étaient composés d’éléments évoquant un habitat de type domus. Ainsi, les fouilles réalisées sur l’actuel site de la Tannerie viennent compléter la connaissance de cet ensemble. Les structures archéologiques mises en évidence sont constituées de niveaux de circulation en place et de tranchées de récupération de matériaux de construction marquant l’emprise d’anciens murs. Elles sont orientées selon un axe sud-ouest/nord-est avec le dégagement d’un espace extérieur aménagé, témoignant peut-être de la présence d’une cour privative attenante à la domus. Le mobilier associé est riche et permet de définir une fourchette chronologique comprise entre le Ier siècle et la fin du IIe/début du IIIe siècle ap. J.-C.
La grande majorité des vestiges, situés plus à l’est, se développe selon une orientation divergente, dans un axe orthonormé nord-ouest/sud-est, similaire à la rue de la Tannerie. Cette dernière correspond au tracé de l’ancienne voie antique observée lors des fouilles des ruelles Sainte-Catherine et du Recteur, menées respectivement en 1988 par A. Triste et en 1992 par M. Baillieu. Il s’agirait du decumanus maximus de la ville. Nous notons cependant que les premières traces d’occupation mises en évidence sur le site dévient de cet axe, laissant soupçonner qu’elles interviennent avant la mise en place de la trame urbaine, située à la fin de la période augustéenne.
L’ensemble n’en demeure pas moins cohérent et est caractérisé par une batterie de fours dont les chambres de chauffe, surélevées, ne sont pas conservées, par quelques fosses, ainsi qu’un fossé dans le prolongement duquel ont été observées deux potentielles traces de sablières basses.
Les vestiges de la période suivante respectent quant à eux la trame urbaine. Ils sont révélateurs d’un quartier artisanal densément occupé. Ainsi, le long de la voie, un bâtiment d’environ 7 m et large et observé sur une longueur de 21 m, est caractérisé par des pièces de même module. Les nombreux foyers, creusets et rejets de travail permettent d’identifier un atelier de bronzier. En arrière de ce bâtiment, une forge installée en bordure d’un espace de circulation empierré a été découverte. Enfin, un bâtiment sur solins d’environ 15 m sur 10 m est situé en arrière de l’îlot. Son plan est marqué par plusieurs espaces de tailles variables, comprenant des soles de fours et des sols indurés, caractéristiques d’une activité artisanale qui reste à définir, mais qui semble être associée là encore au travail du métal.
La période flavienne et le IIe siècle constituent une étape importante de la ville antique au cours de laquelle sont engagés les travaux de monumentalisation du centre urbain. C’est dans ce contexte que le quartier se voit totalement remanié. Les aménagements en lien avec les activités artisanales sont démantelés pour laisser la place au chantier de construction d’un ensemble cultuel monumental. C’est à cette phase de construction que semble devoir être rattaché un imposant four à chaux, situé en partie est de la fouille. Bien que les niveaux de sol associés à l’ensemble cultuel ne soient pas conservés et qu’une majorité des murs ait fait l’objet d’une récupération intégrale, un plan exhaustif a pu être établi, complété par les informations recueillies lors des fouilles des parcelles attenantes du 10 rue de la Tannerie (dirigée par G. Le Cloirec) et du 41 rue du Maréchal Leclerc (A. Triste et S. Daré). La cella se situe en partie sommitale du terrain, au nord-ouest, et est associée à une galerie périphérique. Ce temple fait face à une cour dotée de quatre portiques périphériques, occupant un espace de 42,50 m sur 63 m environ. Les fondations d’un monument, probablement de type autel ou ensemble sculpté, ont été mises en évidence face au temple, en partie centrale de la cour.
Les élévations et les fondations de murs conservés témoignent d’une construction imposante et soignée. Les parements se composent de moellons de granite en petit appareil, liés de mortier jaune présentant ponctuellement des traces de joints tirés au fer. Des enduits peints ont par ailleurs été découverts en position de rejet en partie sud-ouest du temple. Il appartiendra à l’étude post-fouille d’établir s’ils proviennent de l’ensemble monumental ou de la domus de la rue du Four.
La phase de démantèlement a fortement marqué le site. Les murs et sols ont en effet fait l’objet d’un démontage soigné et souvent systématique. Malgré le manque d’éléments datant de l’Antiquité tardive sur le site de la Tannerie, il n’est pas à exclure qu’une récupération de matériaux de construction ait été opérée au profit de la création du castrum sur colline du Méné à partir du IIIe siècle apr. J.-C. Le secteur a ensuite servi de carrière au moins jusqu’au Moyen Âge classique.
Les fouilles opérées aux 6 – 8 rue de la Tannerie présentent un intérêt scientifique majeur et viennent compléter les découvertes archéologiques effectuées depuis plusieurs décennies sur la ville antique de Vannes. Véritable trait d’union entre les fouilles de la rue du Four, du 10 rue de la Tannerie et de la rue du Maréchal Leclerc, elles permettent de reconstituer l’évolution d’un secteur au cœur de la ville antique sur près de 4000 m². Le site constitue une source de premier ordre pour ce qui est des activités artisanales, et plus précisément du travail des métaux. Enfin, la découverte de cet ensemble cultuel, face au forum, est un apport majeur à la reconstitution du centre monumental urbain.


AnnaÏg Le Martret, mai 2017.