Vert-Saint-Denis (77) – ZAE Jean Monnet, lot 2

Vert-Saint-Denis (77) – ZAE Jean Monnet, lot 2

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

06 - 31 janvier 2014

Fouille préventive

Protohistoire, âge du Bronze final, Moyen Âge, Époque moderne.

DATE : 06 - 31 janvier 2014

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Protohistoire, âge du Bronze final, Moyen Âge, Époque moderne.

Le projet d’extension de la ZAE Jean Monnet sur la commune de Vert-Saint-Denis (77) a donné lieu en 2005 à un diagnostic réalisé par J. Legriel (Inrap). Le diagnostic, d’une surface totale de 22,8 ha et sondé à 8 %, a permis d’identifier plusieurs occupations humaines depuis l’âge du Bronze jusqu’à la période moderne. Plus particulièrement, les tranchées 1 à 4 ont mis en évidence une occupation médiévale dès le IXe jusqu’au début du XIIe siècles. Le bureau d’études Éveha est alors intervenu sur cette parcelle (surface : 4 834 m²) entre le 6 et le 31 janvier 2014, sous la direction de G. André.

Le site a ainsi livré une occupation diachronique depuis la Protohistoire jusqu’à la période contemporaine (fig. 1). Les occupations se succèdent néanmoins de façon décousue, ne présentant pas de lien entre elles ni de continuité mais, au contraire, d’importants hiatus chronologiques.

La période protohistorique

La période protohistorique est représentée par un faible ensemble de trois structures.

La fosse ST 120 est la structure la plus ancienne observée sur l’emprise. Elle est datée de l’âge du Bronze Final IIIb. Si elle est isolée sur notre site, elle est à rapprocher de l’occupation de la même période mise en évidence lors de la fouille de la parcelle adjacente (site du Mâchefer, Durand 2001). Son utilisation comme fosse dépotoir est attestée mais probablement dans un second temps seulement, son exploitation première étant vraisemblablement à mettre en parallèle avec les fosses de stockage et silos découverts par J.-C. Durand. Le secteur semble ainsi dédié à cette fonction de conservation des récoltes comme la présence de plusieurs structures similaires tend à le confirmer. La fosse ST 120 marque la limite sud de cette zone d’ensilage-stockage, aucun autre élément de cette période n’ayant été constaté plus au sud, sur notre site.

Les deux autres structures identifiées protohistoriques sont plus problématiques (ST 153 et ST 194). La datation de La Tène reste hypothétique dans les deux cas. En effet, pour la fosse 153, si la datation protohistorique ne fait pas de doute, une datation plus précise, sans fragment de bord, est délicate. Pour la structure 194, qui pourrait s’apparenter à un reliquat de trou de poteau, le creusement est très arasé et n’a livré qu’un seul tesson, ce qui est donc assez mince comme matériel datant. Les deux structures sont isolées, séparées l’une de l’autre par plus de 17 m. S’il est vraisemblable qu’elles intègrent une occupation plus dense, celle-ci n’est pas ou plus visible sur notre emprise. Il est également possible de rapprocher ces structures des différentes occupations de l’âge de Fer identifiées aux alentours et particulièrement de la ferme découverte au lieu-dit les Fourneaux, datée de La Tène finale et située à 500 m seulement au nord-est de notre emprise (Daveau, Goustard 1995).

Le Moyen Âge

L’occupation ne reprend ensuite qu’à la période médiévale et celle-ci est la plus significative sur le site. Elle s’étend du VIIe au XIIe siècle, ce qui confirme les données du diagnostic. L’organisation du site est assez difficile à appréhender pour de multiples raisons, la première étant que de nombreux éléments (silos, fonds de cabane, etc.) se localisent le long des bermes.

Une première phase d’occupation est représentée par l’implantation de trois sépultures qui forment une petite unité cohérente datée des VIIe – VIIIe siècles. La proximité du bord de berme ne permet pas d’infirmer que les sépultures sont plus nombreuses au sein de l’ensemble. L’hypothèse d’un ensemble plus conséquent est soutenue par la découverte d’ossements humains dans une fosse à proximité des inhumations et en bordure immédiate de la berme. Ceux-ci sont cependant plus tardifs (VIIIe -IXe siècles) et peuvent relever soit d’une pérennité de ce lieu d’inhumations, soit d’un second groupe plus récent mais non perçu.

La majorité des vestiges médiévaux ont une datation comprise entre la période carolingienne et le début du XIIe siècle. Aucune trace d’habitat n’a été mise au jour. Si un four domestique a bien été identifié, il n’est pas daté et est très isolé. Un seul petit bâtiment est suspecté mais reste discutable. Il semble, en fait, que le site s’installe en périphérie d’un habitat et se compose pour l’essentiel de zones destinées au stockage ainsi que d’une zone d’artisanat. Celle-ci se compose de deux cabanes excavées à deux poteaux faîtiers dont les aménagements intérieurs suggèrent la présence dans chacune d’un métier à tisser vertical. Cette zone est également installée en limite d’emprise et il est difficile d’apprécier si l’ensemble pourrait être plus complexe, s’il s’étend de façon probante sous l’avenue qui encadre la parcelle et si, éventuellement, ce secteur d’artisanat est particulièrement spécialisé.

Trois zones de stockage ont été identifiées sur la parcelle, deux au nord-ouest du chantier, la dernière en limite d’emprise à l’est. Celle-ci se compose d’un espace qui semble être délimité par des trous de poteau (possible clôture) et où ont été creusés quatre fosses/silos (les structures sont assez arasées). Dans l’angle nord-ouest, trois silos et une large fosse ont été mises au jour. Les gabarits des silos sont similaires et leur implantation régulière, ce qui s’inscrit dans une installation raisonnée type batterie. Plus au sud, la troisième zone de stockage est plus diffuse mais y ont été identifiées sept larges fosses aux profils cependant divers. Deux de ces zones à vocation de stockage sont abandonnées dans le courant de la période carolingienne ; seule celle située dans l’angle nord-ouest est plus tardive, son abandon n’intervenant que vers les XIe – début du XIIe siècles. Le centre et le quart sud-est de l’emprise sont également très densément occupés (fig. 2). Une fonction de stockage y est envisageable ; la découverte de plusieurs silos et de fosses probablement vouées à cette fonction l’atteste. Néanmoins, aucune véritable organisation ni fonction n’ont pu être déterminées, ce qui s’explique par une probable superposition de plusieurs fonctions et/ou activités, possiblement sur une durée assez courte.

Aucune trace d’occupation du site à l’époque médiévale n’a été identifiée après le début du XIIe siècle.

L’occupation médiévale ainsi mise au jour se développe depuis le nord et l’ouest, c’est-à-dire depuis l’important site d’habitat du haut Moyen Âge des Hautes-Billes (Cabboï 2001) pour lequel le rapport de fouille n’est pour l’instant pas disponible. Ce site est, par ailleurs, en lien très probable avec celui des Fourneaux (fouille de I. Daveau et V. Goustard en 1994, se localisant à environ 300 m au nord-est de notre emprise) dans une organisation de type polynucléaire qui n’est pas rare pour la période. L’occupation médiévale ici mise au jour se révèle d’ailleurs n’être qu’une toute petite partie, en marge qui plus est, de cette importante installation humaine.

Chronologiquement, la période carolingienne est la plus dense sur la parcelle ; des structures dont les abandons sont datés de la fin de cette période se retrouvent sur toute l’emprise. En revanche, la plupart des structures qui ont été identifiées d’une période plus tardive (abandon XIe – début XIIe siècles) sont essentiellement localisées au nord et à l’ouest de la parcelle. Ces éléments indiquent un resserrement spatial de l’installation humaine vers le nord-ouest, c’est-à-dire vers le centre de l’occupation au cours des derniers siècles d’occupation au Moyen Âge.

La période des IXe – Xe siècles semble ainsi être la période d’expansion maximale de l’habitat des Hautes-Billes et de ses zones d’activités annexes tandis que la fin de la période d’occupation médiévale est marquée par un resserrement vers le nord et l’ouest, c’est-à-dire vers l’habitat. Cela se traduit sur notre parcelle par de nombreux abandons de structures à la fin de la période carolingienne. En définitive, il faut mettre ce phénomène en parallèle avec le site des Fourneaux où le IXe siècle est la période de plus grande activité métallurgique qui correspond aussi à la plus forte expansion de son habitat qui s’inscrit alors sur les 3 ha de la fouille sans avoir été totalement cerné (Daveau, Goustard 2000: 80).

Une analyse plus poussée est cependant difficile à mener du fait que le rapport de fouille du site des Hautes-Billes, dont le site de la ZAE Jean Monnet, lot 2 n’est qu’une toute petite partie, n’ait pas encore été rendu.

L’Époque moderne

L’occupation de la parcelle reprend à la période moderne et s’ordonne autour de nombreuses fosses d’extraction de grès. La datation moderne (XVIe – XVIIIe siècles) de ces structures est admise. Cette activité, dont l’objectif est d’obtenir des pavés pour l’entretien des routes, est bien connue sur le plateau de Sénart et en particulier sur la commune de Vert-Saint-Denis (Broutin 2010). En effet, de telles carrières ont été mises au jour sur la plupart des opérations archéologiques qui ont eu lieu sur son territoire. La fouille de ces structures a permis de mettre en évidence plusieurs phénomènes. D’une part, les fosses d’extraction sont en partie comblées par les déchets de débitage mais ceux-ci ne se répartissent pas uniformément à l’intérieur. Il est ainsi possible d’y voir l’espace qui a été privilégié pour dégrossir le bloc extrait. D’autre part, la fouille de certaines fosses a démontré que le bloc de grès qui avait été choisi n’avait pas été exploité entièrement. Ce comportement indique soit un besoin moindre de matière première soit une mauvaise qualité du grès rencontré.


Gaëlle André, août 2015.