Vinneuf (89) − Le Châtelot – Les Aulnes

Vinneuf (89) − Le Châtelot – Les Aulnes

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

13 mai - 17 juillet 2014

Fouille préventive

Préhistoire, Mésolithique, Néolithique moyen, Néolithique récent, Protohistoire, âge du Bronze moyen, âge du Bronze final, premier âge du Fer, Époque moderne.

DATE : 13 mai - 17 juillet 2014

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Préhistoire, Mésolithique, Néolithique moyen, Néolithique récent, Protohistoire, âge du Bronze moyen, âge du Bronze final, premier âge du Fer, Époque moderne.

La fouille de 3,6 hectares entreprise sur la commune de Vinneuf aux lieux-dits Le Châtelot – Les Aulnes intervient dans le cadre de l’extension d’une carrière exploitée par Lafarge Granulats. La réalisation d’un diagnostic de 8 hectares mené par S. Lenda et C. Tristan en 2013 a motivé cette prescription dans un secteur où plus de 6 hectares avaient déjà pu être observés en 2012. L’intervention de fouille s’est déroulée du 13 mai au 17 juillet 2014 dans la plaine alluviale de l’Yonne. Située à une cinquantaine de mètres du cours actuel de la rivière, l’emprise est parcourue de traces alluviales peu marquées délimitant une zone haute préférentiellement occupée. Les phases d’occupations principales concernent la Préhistoire et la Protohistoire et se poursuivent à travers quelques indices de l’Époque moderne.

La plus ancienne phase d’occupation remonte au Mésolithique avec la découverte de deux tombes que les datations radiocarbone situent aux alentours de 7600 av. J.-C. Situées à peu de distance l’une de l’autre, la première renferme un inhumé adulte en position accroupie et la seconde deux individus inhumés en position assise ou accroupie dont un immature. Les individus sont placés dans des fosses courtes, sans dépôts associés et la tombe est close par l’installation d’un feu en surface.

Ces découvertes viennent s’ajouter à celle déjà réalisée en 2012 (Issenmann, 2016) où des restes humains, situés à un peu moins de 100 mètres des tombes mises au jour ici, avaient pu également être rattachés au Mésolithique. La présence de 4 individus inhumés dans ce secteur atteste la fréquentation du lieu par ces populations nomades comme le confirment de rares éléments lithiques.

L’étude des individus enterrés nous apporte de nouvelles données sur les pratiques funéraires des populations mésolithiques et s’intègre dans le corpus des tombes isolées du Bassin parisien où la multiplicité des modes d’inhumation a déjà été pointée.

Les indices d’occupation suivants se rattachent au Néolithique et sont constitués de fosses et de tombes d’immatures sans cohérence spatiale. Deux phases se distinguent alors par le mobilier bien que l’indigence des restes ne permette pas de statuer sur le caractère permanent ou non de l’occupation. La phase la plus ancienne date du Néolithique moyen II et est représentée par le mobilier le plus abondant. La seconde phase, bien plus discrète, intègre le Néolithique final. Bien que mal caractérisées sur le plan spatial, ces occupations révèlent un mobilier céramique à caractère domestique, une industrie lithique issue d’une collecte de matériaux locaux et tournée vers une production de nécessité, touchant a minima au travail des végétaux et peut-être à la pêche. Les restes consommés indiquent une pratique de l’élevage centrée sur la triade domestique avec une nette dominance du bœuf. L’économie végétale reste méconnue et aucune activité artisanale n’a été identifiée. Ainsi, l’occupation qui se dessine ici est celle d’un secteur exploité pour des activités de subsistance et d’unités domestiques clairsemées probablement situées en dehors de la zone étudiée.

La présence de trois sépultures d’immatures des mêmes périodes pourrait indiquer un traitement particulier des jeunes individus qui ne sont pas inhumés au même endroit que les adultes.

Deux autres inhumations témoignent d’occupations à la phase ancienne et moyenne de l’âge du Bronze. Implantées de manière lâche dans la partie nord de la zone décapée, elles peuvent représenter l’utilisation ponctuelle de cet espace pour l’inhumation de quelques individus ou dessiner la limite d’une nécropole située au nord.

L’occupation suivante couvre les phases moyennes et finales du Bronze final avec une occupation domestique peu dense. Une partie des structures largement attribuées aux périodes pré – et protohistoriques peuvent parfaitement s’intégrer à cet ensemble. De petites unités domestiques composées de bâtiments et des fosses annexes dédiées au stockage ou à l’extraction constituent les vestiges de l’occupation. Ces unités sont de faible emprise et la fonction des bâtiments ne peut pas toujours être appréhendée. Leur taille et leur orientation varient ainsi que la quantité de fosses associées ; le seul élément récurrent tient à leur implantation sur la montille sableuse.

Les fosses de cette période livrent un mobilier peu abondant à usage domestique, caractéristique des occupations connues dans la Bassée. La mise en culture des terres est attestée par la découverte de grains d’orge vêtue et de blé amidonnier. L’élevage constitue également une part de l’alimentation et la triade domestique est bien présente avec une légère prédominance du bœuf, puis des porcs et des caprinés. Les structures de stockage sont peu nombreuses et de petites dimensions laissant transparaître une exploitation des terres par une petite communauté vivant d’activités agro-pastorales comme cela avait déjà pu être observé lors des fouilles de 2012.

Un long hiatus s’ensuit où les rares témoins de fréquentation concernent du mobilier rare et épars pour la période hallstattienne et antique.

Enfin, des vestiges modernes sont mis au jour au centre de la fouille venant tronquer les occupations antérieures. Il s’agit de fosses d’extractions de matériaux, d’un puits et de possibles drains. Le mobilier récolté permet de rapprocher ces éléments d’un corps de ferme découvert au sud, en bordure de l’Yonne.

La réalisation de la fouille a permis de porter à environ 10 hectares la surface entièrement sondée dans ce méandre de rivière. L’intérêt scientifique tient alors aux découvertes propres au site mais également à la confrontation des données entre les différentes phases de fouille afin de cerner l’évolution humaine sur un territoire pendant près de 9000 ans.


Sandy Poirier, 2016.