Ruvigny (10) - Le Pré aux Chevaux

Opération : fouille préventive
Dates d'intervention : 25 Janvier au 19 Février 2010
Responsable : Isabelle PIGNOT
Aménageur : Christelle Giambetta

Dans le cadre d'un projet de lotissements rue de la Barse à Ruvigny, une série de tranchées a été surveillée en 2006 par le SRA Champagne-Ardenne (sous la direction de Jan Vanmoerkerke) sur l'ensemble de la parcelle dite « Le Village » ou « Le Pré aux Chevaux ». Cette première investigation a permis de révéler quelques vestiges néolithiques et un ou plusieurs habitats médiévaux (fossés parcellaires, puits, mobilier). Cette parcelle, située à moins de 100 mètres de l'église, fait partie intégrante du village médiéval.

L'opération de fouilles préventives réalisée en 2010 sur la parcelle 705 (section OA du cadastre) avait pour objectif de préciser la nature de cet habitat, sa structuration et sa datation. Des systèmes de fossés sont perceptibles et correspondent soit à des limites parcellaires, soit à des fossés de drainage, ce qui paraît très plausible et indispensable face à l'humidité du terrain. Ils délimitent et assainissent la zone d'habitat. Celui-ci se caractérise par des fonds de cabane semi-enterrés, ce qui n'est pas inhabituel dans un cadre médiéval des XIIIe et XIVe siècles. Il s'agit de structures de faibles surfaces (entre 3 et 7 m2) avec des aménagements internes (trous de poteaux, possible fosse d'ancrage). L'une des fosses des plus grandes dimensions (5.30 m de diamètre et 0.50 m de profondeur conservée) pourrait être interprétée comme une structure de stockage nécessaire à ce type d'habitat rural (silo). Le fond et les parois présentaient de très nombreuses inclusions charbonneuses (probables restes d'un cuvelage). D'autres fosses et trous de poteaux sont délicats à interpréter du fait de leur isolement et de la faible présence de matériel archéologique. D'une manière générale, les éléments découverts sur le site (céramiques, carreaux de pavements parfois décorés, terres cuites, ossements...) proviennent d'une couche d'épandage sous l'humus et très perturbée par les labours.

Les aménagements modernes sont fréquents. Ils témoignent d'une persistance de l'occupation assez tardive. Les fossés de drainage sont nombreux le long de la rue de la Barse qui s'inscrit comme une des zones les plus humides du site. Deux bâtiments probables ont été mis au jour à l'extrémité sud du site. Ils disparaissent hors de l'emprise de la fouille et ne peuvent être appréhendés entièrement. Il s'agit de maçonneries mêlant pierres calcaires et craies, prises dans un épais mortier de chaux. Sept plots, constitués d'éclats calcaires et de terres cuites architecturales bornent ce bâtiment (possible grange).

Par ailleurs, l'époque moderne livre un trentaine de fosses dont l'interprétation est hasardeuse. Il s'agit sans doute de chablis pour la majorité d'entre elles. L'une d'elles présentait dans son comblement deux fragments d'une statue de calcaire fin peinte (pigments rouges). Il s'agit d'un personnage en pied, drapé dans un manteau. La tête, les pieds et les mains sont bûchés. D'après la simplicité du vêtement, il semblerait qu'il s'agisse d'un saint plus que d'un évêque ou un noble, peut-être un saint pèlerin du type saint Roch ou saint Jacques, largement représentés dans la région. Cette statue relève a priori de la première moitié du XVIe siècle, en lien avec l'école de sculpture de Troyes, très prolifique à la Renaissance.

L'enfouissement de statues n'est par ailleurs pas inhabituel dans un cadre religieux puisque l'Église refuse la destruction des représentations de saints. La restauration de cette statue permettra sans doute d'affiner l'interprétation, la datation et la nature des pigments. De même, les études de la céramique et de la faune devraient aider à préciser les chronologies et phasages du site. Ces premières interprétations sont ainsi susceptibles d'évoluer au cours de la post-fouille.

Isabelle PIGNOT, avril 2010.

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