Saint-Étienne-au-Temple (51) - Chanteraine

Opération : fouille préventive
Dates d’intervention : 8 février au 23 avril 2010
Responsable : Benjamin TIXIER
Aménageur : Delta Aménagement

Contexte de l'intervention

Le site de Chanteraine se trouve sur la commune de Saint-Étienne-au-Temple, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Châlons-en-Champagne, dans le département de la Marne (51). Suite à un projet de réalisation d'un nouveau lotissement par la société Delta Aménagement, deux diagnostics archéologiques ont été réalisés successivement en 2002 et 2008, sous la responsabilité de M.-C. Truc puis de C. Moreau (INRAP). Les sondages effectués ont permis de mettre en évidence une occupation datée pour l'essentiel de la Protohistoire, de l'Antiquité et/ou du haut Moyen Age ainsi que des vestiges de l'Époque moderne.

La fouille archéologique s'est déroulée du 8 février au 23 avril 2010 avec une équipe composée en moyenne de dix personnes. L'emprise de la fouille présente une forme allongée, s'étendant selon un axe nord-ouest / sud-est, entre la RD208 et un petit cours d'eau, la Vesle, sur une longueur totale de 370 m, une largeur moyenne d'environ 50 m pour une superficie totale de 1,86 ha. La zone fouillée présente un relief légèrement en pente, depuis la RD208 en direction du cours d 'eau. Le territoire de cette petite commune est relativement riche en découvertes archéologiques. À proximité du site, une nécropole du Hallstatt final a fait l'objet d'un sauvetage urgent alors que plusieurs découvertes d'inhumations datées de La Tène sont signalées dans la seconde moitié du XIXe siècle. Enfin, lors de la réalisation d'un premier lotissement limitrophe au projet actuel, un diagnostic suivi d'une fouille ont permis la découverte d'une nécropole à incinérations de l'Âge du Bronze final et de divers vestiges s'étendant du Hallstatt final à l'Époque moderne. Durant la fouille, plusieurs phases ont été identifiées sans toutefois qu'apparaisse pour l'instant de continuité. La répartition topographique des différents ensembles fouillés, leur typologie ainsi que le matériel découvert semble en effet indiquer plusieurs occupations distinctes les unes des autres. Ces différents ensembles sont présentées ici de façon chronologique.

La nécropole de l'Âge du Bronze

Les vestiges les plus anciens sont constitués de deux enclos circulaires et de plusieurs incinérations, localisés dans l'angle sud-ouest du site. Les restes des deux grands enclos sont formés de deux fossés circulaires. Les diamètres sont respectivement de 19 m et de 15 m. La partie conservée du creusement est profonde d'environ 1 m. Aucune trace d'inhumation n'a été mise au jour à l'intérieur de ces enclos, ni de traces d'aménagement pouvant signaler une entrée. Une série de trous de poteau installée sur le bord intérieur du fossé du grand enclos forme probablement une palissade ou clôture. À proximité de ces deux enclos, une douzaine d'incinérations au total a été fouillée. Plusieurs de ces fosses renfermaient une urne en céramique. Les incinérations semblent s'organiser autour du plus petit des deux enclos et leurs dispositions laissent à penser que d'autres se trouvent encore dans les parcelles voisines, hors de l'emprise de fouille. Les céramiques utilisées comme urnes funéraires permettent une datation préliminaire de ces incinérations de l'Âge du Bronze final. L'étude de laboratoire permettra de confirmer et préciser cette datation.

L'habitat de l'Âge du Fer

La partie du site occupée par la nécropole est l'objet d'une nouvelle occupation durant l'Âge du Fer. En effet, les traces d'une petite établissement recoupant en particulier les restes du petit enclos ont été mises au jour. Les structures fouillées se composent notamment des restes de deux petits bâtiments matérialisés au sol par les traces de sablières basses creusées dans le substrat, de silos ainsi que de trous de poteaux dont plusieurs ensembles permettent de restituer le plan de petits bâtiments. Sur la base du matériel céramique recueilli, il est possible de proposer une datation préliminaire de cet habitat de la période de la Tène ancienne. Comme pour les incinérations, cette datation sera à confirmer et à préciser lors de l'étude du matériel.

Un établissement de la période gallo-romaine

Les restes d'un habitat gallo-romain ont été mis au jour dans la partie centrale de la parcelle fouillée. Ces restes se caractérisent notamment par la présence de structures en creux: fosses, trous de poteaux, ainsi que par un ou plusieurs puits et silos (l'attribution à la période gallo-romaine de ces structures est préliminaire et doit être confirmée par l'étude du matériel). De nombreux trous de poteaux contenant des fragments de tuiles utilisés comme calage ou tout simplement présents dans le comblement, ont été fouillés. Ils signalent ainsi au sol la présence de plusieurs petits bâtiments, bien qu'il soit difficile de proposer un plan de ceux-ci. Plusieurs fosses peuvent être interprétées comme de (petites) caves. Il est à noter que ces vestiges datant de l'Antiquité, comme cela avait été vu lors du diagnostic de 2002, continuent hors de l'emprise de la fouille en direction du cours d'eau, vers la partie basse du versant, où ils devraient être mieux conservés.

Une ferme de l'Époque moderne

Dans la partie nord de la parcelle, les restes d'un établissement agricole qui semble être présent à partir de la fin du Moyen Âge ont été identifiés. Une partie de cet établissement continuait sur la parcelle voisine fouillée en 2002. Les restes de maçonneries et de tranchées de récupération sont arasés. Ces tranchées sont conservées sur une profondeur d'à peine plus de 10 cm. Un premier grand bâtiment se signale par la présence de restes de préparation de sol ainsi que d'un petit foyer maçonné, constitué de tuiles posées de chant, associé à un second foyer séparé du premier par une petite cloison. Il n'est pas possible en l'état de disposer d'un plan global de cet établissement. On peut noter également la présence d'une structure maçonnée particulièrement intéressante car de construction soignée et très bien conservée : il s'agit probablement d'une structure de stockage (dont la fonction précise n'est pas déterminée pour l'instant) réalisée avec des moellons de craie, profonde d'environ 2 m., de forme conique s'élargissant vers le fond.

Des vestiges de la Première Guerre mondiale

Enfin, vestiges les plus récents (si l'on ne tient pas compte des traces d'engins agricoles mécaniques qui ont par endroit marqué le substrat), plusieurs aménagements liés à la Première Guerre mondiale ont été repérés lors du décapage. Il s'agit de plusieurs fosses, de formes et de dimensions variables, comblées avec du remblai constitué de terre et divers matériaux. Un casque ayant appartenu à un grenadier de l'infanterie a été récupéré. Les traces de petits fossés liés à la présence d'une ligne de chemin de fer de la même époque, parfaitement identifiables sur le Canevas de tir de Châlons-sur-Marne (tirage de 1918, copie fournie par le SRA de Champagne-Ardenne), ont également été mis en évidence.

Benjamin TIXIER, Peggy POULAIN, mai 2010.

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