Montmorency (95) - Vieux Château
Opération: fouille préventive
Dates d'intervention: 23 février - 23 avril 2010
Responsable: Isabelle CAILLOT
Aménageur: SAERP pour la Région Ile-de-France
Montmorency se situe dans le département du Val d'Oise à 17 km au nord de Paris. Installée à l'extrémité orientale d'une butte reposant sur les sables de Fontainebleau et bordée au nord par la forêt éponyme, la ville domine une large vallée. Le site fouillé se trouve en contrebas de la plateforme castrale attestée dans les textes depuis 886. Le castrum, détenu par les capétiens et participant d'un système de défense contre les incursions normandes, est brûlé en 978 lors du siège de Paris dont il verrouillait l'accès. En 996, cette place forte passe aux mains de Bouchard le Barbu, puis de Bouchard Ier de Montmorency qui reçoit l'ordre de la reconstruire.
Dès le XIIe siècle, le village connait une forte expansion dans et hors les murs. La collégiale Saint-Martin est construite au pied du château, à l'ouest de celui-ci. En 1205 le site est mentionné comme castellum, indiquant la présence d'un village fortifié. L'expansion de Montmorency est stoppée par les troubles de la guerre de Cent ans. En effet, en 1356, les troupes anglaises de Robert Knoles, en garnison à Creil, attaquent le château, se livrent à des pillages et incendient la ville. Puis en 1358, sous le commandement de Jacquin de Chennevière, les Jacques mettent la ville à sac et brûlent le château. Celui-ci ne sera jamais entièrement rebâti, les seigneurs de Montmorency résidant dès lors à Ecouen ou à Chantilly. Seul le donjon, à valeur symbolique (les vassaux venant y rendre hommage), sera conservé jusqu'au changement de propriétaire en 1786. La ville de Montmorency est de nouveau dévastée en 1381 par les Anglais, puis en 1411 par le Duc d'Orléans. Le XVIe siècle marque l'apogée de la famille Montmorency. Elle finance en 1520 la reconstruction de la collégiale afin d'y installer le tombeau familial et dès 1568, la nef abrite le mausolée d'Anne de Montmorency. Enfin au XVIIe siècle, Montmorency devient un lieu de villégiature et de résidence d'artistes (Charles Le Brun, entre autres) marquant le paysage de parcs, jardins et demeures au sud de l'ancien château. Sur les documents cartographiques (plan Condé) du XVIIIe siècle, ne figurent plus que des jardins à la française sur l'emplacement du site castral et en contrebas de celui-ci.
Circonstances de l'intervention
La parcelle est actuellement occupée par le lycée professionnel Turgot construit vers 1950. Un projet d'aménagement et d'extension des bâtiments a amené le Service régional de l'Archéologie (SRA) a émettre un arrêté de prescription de fouilles archéologiques. En effet, les fondations profondes des nouvelles installations présentaient une réelle menace pour les vestiges. La prescription du SRA est essentiellement motivée par la présence de la plateforme castrale et de quelques indices archéologiques connexes dans le périmètre des travaux.
Diagnostics, précédentes fouilles
Quatorze opérations de sondages et de diagnostics archéologiques ont été menées depuis 1990 sur Montmorency dont quatre sur l'emprise du lycée Turgot. Au XIXe siècle, lors de l'élargissement du chemin passant entre l'ancien château et la collégiale, les vestiges d'une tour sub-circulaire de 7 m de diamètre ont été mis au jour. En 1939, le recensement des cavités pouvant servir d'abri lors des bombardements a permis de découvrir dans un vieil immeuble proche de la collégiale, les fondations d'une maçonnerie circulaire. Ces deux informations constituent les seules données archéologiques concernant le château seigneurial. En 2003, 2004 et 2005, des diagnostics réalisés par l'Inrap, à l'emplacement du château et directement en contrebas (terrasse basse et médiane) mettent au jour quelques structures et maçonneries datées XIIIe siècle et XVe siècle. Les vestiges situés sur la terrasse basse sont alors interprétés comme des éléments de la basse-cour du château.
Déroulement de la fouille
La parcelle concernée par les fouilles archéologiques, 1500 m² environ, a nécessité la mise en place d'une rampe d'accès. A cette occasion, aucune structure n'a pu être observée. Néanmoins, plusieurs couches de remblais anthropiques ont été perforées permettant un relevé stratigraphique des niveaux ainsi traversés. Un mur de soutènement, daté du XIXe siècle a également été percé afin de permettre une évacuation importante des terres et des remblais de démolition (destruction d'une annexe du lycée de 1950). En effet, l'exiguïté de la parcelle ne permettait pas de stockage sur place. La fouille a mobilisé pendant deux mois du 23 février au 23 avril, une équipe de 8 personnes. Les études complémentaires (céramique, verre, métal, faune etc...) sont en cours. La surface ouverte est d'environ 1000 m² (restreinte à cause des multiples contraintes rencontrées: réseaux électrique et d'évacuation des eaux usées en activité, instabilité de la terrasse médiane et des murs de parcelle impliquant une marge de sécurité de 6 m). De plus la topographie accidentée marquant un fort dénivelé vers le sud, a rendu le décapage ardu, sans compter les marges imposées par les paliers de sécurité lors des sondages profonds et les effondrements dus à la nature du sous-sol (cavités, fontis). L'opération se déroulant dans un lycée en ville, une journée « portes ouvertes » a été organisée pour les élèves et les habitants.
L'occupation médiévale
Nous n'avons pas retrouvé de traces de la basse-cour du château mais plutôt celles d'unités d'habitation organisées parallèlement aux deux rues bordant la parcelle. Trois bâtiments fortement arasés et très récupérés, ont néanmoins pu être distingués.
Au sud, le premier bâtiment se compose d'un mur orienté nord-sud, de plus d'un mètre d'épaisseur et d'un départ d'angle. Le mur est-ouest a été entièrement récupéré mais on conserve son tracé en négatif. Des latrines viennent se greffer sur le mur pignon oriental. Celles-ci ont fourni un lot très important de céramique et de verre issu d'une couche scellant les niveaux antérieurs moins riches en vaisselle mais généreux en restes fauniques. Ce lot homogène est daté de la première moitié du XIVe siècle. Quatre clefs ont également été mises au jour dans cet épais niveau. Le contexte historique des années 1356 et 1358 (attaques anglaises puis raids des Jacques sur Montmorency) pourrait expliquer ce rejet important d'objets afin d'éviter les pillages précédant directement l'abandon et la démolition du bâtiment. A l'arrière et au nord de cette unité, on trouve une cour occupée par des fosses et un puits qui sont probablement contemporains.
Le second bâtiment, avec cave et murs porteurs implantés à l'aplomb de celle-ci, est localisé au sud-est. Fortement arasé, il conserve les vestiges d'une cheminée dont il ne reste que le foyer mural. La cave est creusée dans des niveaux datés des XIV-XVe siècles impliquant une mise en œuvre plus tardive probablement au cours du XVIe siècle. A cette période, les sources textuelles montrent un regain d'occupation notamment avec la reconstruction de la collégiale et la rénovation du donjon par Anne de Montmorency.
Au nord de la parcelle, les vestiges d'un troisième bâtiment ont pu être appréhendés. Celui-ci est composé de deux murs chainés dont un présente un contrefort externe. Il prend une orientation différente des deux autres constructions s'alignant parallèlement à la rue Saint-Martin. Les murs, peu épais, ne sont conservés que sur quelques assises et des constructions plus récentes s'implantent au-dessus. Les niveaux d'abandon ont fourni un matériel datant des XIVe-XVe siècles.
L'occupation moderne
Au XVIIIe siècle, après l'acquisition du site castral et de la terrasse médiane par les Le Laboureur (riche famille terrienne), les phases d'occupation médiévale et moderne sont totalement occultées par des jardins d'agrément impliquant sur notre parcelle en fort pendage une mise en terrasse avec la construction d'imposants murs de soutènement, adjoints à de forts terrassements.
Ces murs suivent les limites parcellaires ancrées dans le paysage et sont de plus contraints par les fondations profondes de certaines structures médiévales. Le père Cotte, supérieur à l'oratoire de Montmorency en 1780 et célèbre pour sa découverte des bienfaits des eaux sulfureuses du lac d'Enghien, a vécu dans une maison localisée à l'extrémité occidentale du site. De cette occupation, figurée sur le cadastre, peu de vestiges nous sont parvenus: une zone de pavage, une citerne, et quelques murs peu fondés et fortement arasés.
L'occupation contemporaine
Une épaisse couche de démolition a été retrouvée sur l'ensemble de la parcelle. Ce niveau composé essentiellement de fragments de plâtre (cloison, moulure etc) et de morceaux de tuiles et tomettes, semble avoir été étendu afin de niveler le site suite à la destruction d'un bâtiment. Cette construction est visible en élévation sur des cartes postales du début du XXe siècle, et correspond vraisemblablement à une orangerie située au-dessus de la cave en « anse de panier » retrouvée au nord en bordure de la rue Saint-Martin. La destruction intervient directement avant la construction du lycée Rousseau (actuel Turgot) au milieu du XXe. Un puits a été mis au jour au sud. Il perfore une partie des latrines XIVe siècle et se trouve à moins de 100 m de la fontaine Saint-Valéry, seul point d'eau connu du Montmorency médiéval. Une plaque de casque Prussien issu d'un modèle de 1895, a été retrouvée dans son comblement.
Indéterminé
Il est à noter qu'une portion de fossé orienté est-ouest a été mise au jour. Ce tronçon montre des recreusements mais il n'a fourni que peu de matériel, et sa datation n'est pas encore connue. Une occupation antérieure à celle des XIIIe-XIVe siècles a été perçue grâce à la découverte d'une sole et de niveaux de cendriers coupés par le bâtiment à latrines. L'étude de la céramique issue du comblement de ce cendrier devrait nous éclairer sur la datation de cette occupation.