Pujo-le-Plan (40) – A Jouandet

Opération : Fouille préventive
Date d'intervention : 14 Septembre 2009 – 23 Octobre 2009
Responsable : Magalie DARTUS
Aménageur : Eiffage

Le site archéologique de Pujo-le-Plan se situe sur le tracé de la future autoroute A65 qui relie Pau (64) à Langon (33). Il est localisé à la bordure de deux régions dominées à l'Ouest par la forêt des Landes et à l'Est par les plateaux agricoles de l'Armagnac. Cette zone de transition est drainée par une série de petits vallons qui incise les plateaux sableux d'âge miocène, et se déversent dans le cours du Ludon, rivière qui rejoint Mont-de-Marsan à une vingtaine de kilomètres au Nord-Ouest.

Le site mis au jour, localisé dans un thalweg, correspond à une aire de fouille d'une cinquantaine de mètres dans le sens du vallon, et d'une vingtaine de mètres de largeur sur versant. Ce vallon se déverse dans une zone marécageuse connectée au Ludon.

Le diagnostic avait mis en évidence la présence de vestiges antiques et médiévaux, essentiellement représentés par du mobilier céramique et quelques aménagements en bois, suggérant une occupation anthropique en relation avec la présence d'une zone humide. La fouille avait pour objectif de caractériser la nature de ces aménagements, leur durée, et leur possible relation avec la dynamique alluviale de ce ruisseau. En outre, cette fouille permet d'étayer une connaissance encore trop lacunaire de l'anthropisation des Landes sur les périodes antiques et médiévales.

La fouille s'est donc articulée sur une double investigation, d'abord sédimentologique à partir d'une série de plusieurs transects perpendiculaires au vallon pour établir un séquençage du comblement colluvial et alluvial du thalweg, et par une excavation horizontale des aménagements en bois bordant le cours d'eau. Les premiers résultats de cette fouille préventive se révèlent être assez inattendus au vu des hypothèses émises lors du diagnostic et compte-tenu de la faible emprise spatiale du site.

Les corrélations stratigraphiques établies à l'échelle du site ont permis tout d'abord de mettre en évidence un séquençage du comblement du vallon selon deux phases hydro-sédimentaires majeures. La première phase correspond à une dynamique alluviale de type tresses, composée essentiellement de sables moyens à grossiers issus du démantèlement du substrat miocène, pour laquelle des datations radiocarbones ont permis de proposer une période de fonctionnement de plusieurs millénaires (entre quatre et huit), fossilisant une paléo-surface érosive, et fossilisée par une occupation gallo-romaine du premier siècle ap. J.-C. La deuxième phase, qui débute à la fin de l'Antiquité, est marquée par une sédimentation de plus en plus limono-organique, et par le développement d'une zone marécageuse stable qui perdure jusqu'à aujourd'hui.

Le deuxième point fondamental est la présence d'un niveau qui scelle la première phase alluviale, marquée par une grande quantité de tessons gallo-romains et de divers végétaux (graines, feuilles, écorces, branchages, branches, troncs, bois travaillés) pris dans une matrice sableuse sur une dizaine de centimètres d'épaisseur. D'après la géométrie de dépôt de ces éléments et de leur répartition en surface (épandus essentiellement sur les rives du paléo-méandre), cette séquence pourrait correspondre à un niveau de crue antique, à l'origine de l'épandage de mobilier et de matériau de construction ayant hypothétiquement appartenu à un ponton ou à un gué aménagé, et dont ne subsistent que quelques piquets retrouvés en position sub-verticale.

Enfin, la présence d'une tourbière est attestée dans la partie la plus avale du site, en connexion avec la plus vaste zone marécageuse qui se développe dans la plaine alluviale du Ludon. Les résultats de l'analyse palynologique montrent que cette tourbière constitue un référentiel paléo-environnemental inédit dans cette région des Landes, et permettrait de fournir une reconstitution environnementale pour la quasi-totalité de l'Holocène. En corrélation avec les éléments de datations, le site de fouille pourrait donc correspondre à une zone de contournement (gué) d'une vaste zone marécageuse, dont la période de fonctionnement semble s'établir au moins depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. Cette hypothèse est en outre appuyée par la présence de nombreux drains localisés dans le thalweg, dont le tracé correspond également à la limite entre les parcelles 569 et 571 de la commune de Pujo-le-Plan.

Cette fouille a permis de proposer un schéma d'évolution paléo-environnementale d'un site situé la bordure orientale du massif landais, à partir d'une séquence sédimentaire préservée dans le fond d'un thalweg. Les résultats obtenus d'un point de vue archéologique sont relativement limités : la présence de mobilier antique à moderne atteste d'une occupation pérenne ou d'un lieu de passage à proximité immédiate du site, et les rares structures témoignent de reliquats d'aménagements limités dans leur ampleur et dans leur robustesse. Cependant, les résultats obtenus par les études paléo-environnementales, corrélés aux différentes phases d'occupation du site, montre que d'une part le site de Pujo-le-Plan est soumis à une occupation quasi-continue depuis l'Antiquité en relation avec la présence d'une zone humide, et d'autres parts, apportent un éclairage inattendu sur une région dont les modes d'occupation et l'évolution du couvert végétal demeurent à ce jour peu documentés.

Jérôme BRENOT, Magalie DARTUS, Juin 2010.

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