La Rochelle (17) - 14-16 rue Delayant

Opération : Fouille préventive
Date d'intervention : 15 juillet – 28 août 2009
Responsable : Guillaume DEMEURE
Aménageur :SCI Les jardins du fort

L'intervention archéologique réalisée rue Delayant à La Rochelle a été motivée par le projet de construction d'un immeuble collectif sur un espace occupé jusqu'alors par l'école Saint-Joseph. La parcelle concernée couvre une superficie d'environ 1280 m2. Elle est toute proche de l'angle nord-ouest de l'enceinte urbaine médiévale du xiiie siècle, intra-muros. Plus proche de nous, de la fin du XVIIe siècle au XIXe siècle plusieurs plans montrent le secteur occupé par des jardins. On peut également noter la proximité immédiate de deux établissements religieux : les Capucins, au nord et à l'ouest à partir du milieu du XVIIe siècle, et les Clarisses au sud. L'opération s'est déroulée du 15 juillet au 28 août 2009 avec une équipe de six personnes. La post-fouille n'étant pas terminée au moment de la rédaction de cette notice, nous nous limiterons à quelques remarques d'ordre général.

Les occupations médiévales

Les vestiges observés les plus anciens sont de profondes excavations dans les calcaires marneux qui forment le substrat à cet endroit. Elles occupent la partie ouest du chantier et correspondent à des carrières d'exploitation des bancs calcaires. Les creusements entaillent profondément le substrat (2,50 m au minimum) et le fond n'a malheureusement pas pu être atteint pour des raisons de sécurité. Ces carrières sont associées à un ensemble de dix murs au sein duquel plusieurs états se dessinent. Tous ces murs sont montés en moellons calcaires liés à l'argile. Ils sont organisés selon deux orientations perpendiculaires : nord-est/sud-ouest et nord-ouest/sud-est. Leur fonction reste à déterminer mais certains paraissent destinés à maintenir les rebuts d'extraction stockés en périphérie des creusements. Les niveaux de remblais et de circulations contemporains de ces aménagements ont livré du mobilier céramique se rattachant à la période XIIIe-XVe siècles.

L'abandon des carrières

Les murs sont ensuite arasés et les carrières comblées par des remblais de calcaire et de marne jaune quasi stérile alternant avec de petites couches dépotoirs et des niveaux riches en matériaux de construction. Ce comblement n'intervient pas avant le XVIe siècle. L'ensemble du terrain est également nivelé par des apports de terre indiquant clairement un changement de destination de cet espace situé en périphérie des quartiers densément occupés de La Rochelle médiévale. Ces gros travaux de remblaiement seront à mettre en relation avec les importants remaniements du système défensif de la ville engagés dans la seconde moitié du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. À ce titre, il faut notamment mentionner la construction du bastion de l'Évangile au nord de la zone de fouille.

La fin de l'Époque moderne

Un vaste creusement occupe toute la partie nord-est du site et recoupe ces remblais. Sa limite sud a été reconnue ainsi que son retour vers le nord ; dans les autres directions, il se poursuit probablement hors emprise. Il a été exploré jusqu'à moins cinq mètres par rapport au sol actuel sans que le substrat ait été atteint pour autant. Les parties basses sont comblées par des apports de rebuts de carrière formés de calcaire et de marne. Ces derniers servent de niveaux de pose à plusieurs murs de parcelles conservés sur quatre mètres d'élévation au maximum. Certains d'entre eux apparaissent sur plusieurs plans des XVIIIe et XIXe siècles. Ils servent d'appui à d'imposants remblais de même nature que les précédents. En partie haute, de fins niveaux damés, très denses en éclats calcaire, forment des sols plus ou moins éphémères entre deux rehaussements. Le mobilier recueilli couvre essentiellement les XVIIe et XVIIIe siècles même si des éléments plus anciens ont également été retrouvés. Après ces remblaiements, le site est occupé par des jardins jusqu'à la fin du XIXe siècle marqué par l'implantation de l'école Saint-Joseph sur la parcelle. Certains des murs de l'école prennent pour fondation les anciens murs de parcelle.

Le site ne semble pas avoir accueilli d'habitat au Moyen Âge mais des activités d'extraction de matériaux. Il s'agira de déterminer le rôle de la proximité des enceintes médiévale et moderne ainsi que l'impact des guerres de Religions sur l'évolution du site. L'influence des établissements religieux voisins ne sera pas non plus à négliger. L'étude du mobilier, les recherches documentaires et la reprise des données de terrain devraient permettre d'affiner les tendances esquissées ici.

Guillaume DEMEURE, Juin 2010.

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