Loisy-sur-Marne (51) – ZAC de la Haute-Voie (zone B)

Opération : fouille préventive
Dates d'intervention : 1er décembre 2009 – 05 février 2010
Responsable : Régis ISSENMANN
Aménageur : Communauté de Communes de Vitry-le-François (51)

Suite au projet d'aménagement de la Zone d'Activité Concertée de la Haute-Voie, mené par la Communauté de Communes de Vitry-le-François sur la commune de Loisy-sur-Marne (51), une équipe de l'Inrap dirigée par Geert Verbrugghe a réalisé un diagnostic archéologique au début de l'année 2008 sur une superficie de près de 40 ha. Celui-ci a révélé, dans la zone B, la présence de sépultures à inhumation attribuées à l'Antiquité, installées le long d'un possible chemin dont le tracé orienté nord-sud pouvait être en relation avec les fossés bordiers d'une autre voie orientée nord-est – sud-ouest qui s'interrompaient dans son éventuel prolongement. Dans un autre secteur, l'attention s'est portée sur des structures d'ensilage protohistoriques dont une a livré des restes osseux humains.

Ces découvertes ont motivé la prescription d'une fouille archéologique par le préfet de région dans un but de conservation du patrimoine et avec l'objectif d'accroître nos connaissances des périodes protohistorique et romaine dans ce secteur du département. Le bureau d'études Éveha est ainsi intervenu du 1er décembre 2009 au 5 février 2010 afin de mener à bien l'opération de fouille, dont voici les principaux résultats.

Un alignement de fosses du Mésolithique

Dans la partie centrale de l'emprise, un ensemble de quatre structures interprétées comme des trous de poteau ou des petits silos quasi cylindriques s'alignent selon un axe est-ouest. Ils n'ont pas livré d'artefact ; seuls quelques charbons épars dans leur comblement témoignaient du caractère anthropique de l'ensemble. Aussi, afin de le replacer dans un contexte d'occupation, des datations par le radiocarbone ont été effectuées sur ces charbons. Les résultats indiquent, de façon cohérente, une datation de l'ensemble au Mésolithique moyen (env. - 7300). Un résultat similaire a été obtenu pour une structure au profil et au comblement identiques mais aux dimensions plus importantes, et située légèrement hors de l'alignement, près de la limite occidentale de l'emprise. Même si ces fosses pauvres en mobilier nous apportent peu d'informations, elles témoignent néanmoins d'une occupation du secteur au Mésolithique.

Des structures protohistoriques

À l'extrémité nord-occidentale de l'emprise, une fosse typologiquement dite « en W » a livré, dans la partie supérieure de son comblement, un squelette qu'une analyse radiocarbone a permis de situer chronologiquement au Chalcolithique (env. -2170). La position de l'individu, sur le ventre, la tête vers le bas et les membres supérieurs désorganisés, ainsi que sa localisation dans la fosse sont autant d'indices qui évoquent un dépôt, voire un rejet, opportuniste et non un creusement approprié, d'autant plus que les études menées sur ce type de structures envisagent une fonction liée à la chasse.

Dans le secteur sud-oriental, trois structures d'ensilage regroupées ont été fouillées. L'une d'entre elles a livré peu d'artefacts et les deux autres ont livré des ensembles intéressants. Ainsi, le fond du silo 580 a fait l'objet du rejet secondaire de fragments de céramiques, de bronze et d'esquilles osseuses appartenant à une ou plusieurs tombes à incinération du Bronze final probablement situées alentour. La présence de ces fragments ici est donc issue d'un curage. Par-dessus, les ossements épars de deux individus (un adulte et un immature), attribués à La Tène B (env. -350) par l'analyse radiocarbone, ont également été rejetés. Si ces deux ensembles ne proviennent pas de la même tombe, ils participent d'un même geste, vraisemblablement synchrone. À quelques mètres, au fond du silo 630, quatre individus adultes, masculins et âgés d'environ 30 ans ont été déposés simultanément. L'analyse radiocarbone les place à La Tène C ou au début de La Tène D (env. - 170).

L'état sec des ossements lors de leur rejet dans le silo 580 permet de reconnaitre un geste postérieur à La Tène B, se situant peut-être autour de La Tène C ou D. Ainsi, il est tentant de rattacher les silos à la fin de La Tène moyenne, et de leur reconnaître, outre une fonction primaire de stockage, une utilisation secondaire liée aux pratiques rituelles domestiques largement attestées dès la fin du premier âge du Fer en France septentrionale.

Des tombes romaines installées le long d'un chemin

Un groupe de six sépultures à inhumation attribuées à l'époque romaine a été découvert au milieu de l'emprise. Parfaitement alignées selon un axe nord-ouest – sud-est, elles s'organisent le long d'un chemin identifié par le biais de traces d'ornières partiellement conservées et dans lesquelles ont été recueillis quelques tessons de facture antique. Chacun des six individus a été enseveli selon des pratiques légèrement différentes : sur le dos, sur le ventre, avec ou sans linceul, dans un cercueil ou à même la terre. Deux individus ont été ensevelis autour de 150 ; les quatre autres l'ont été au IIIe siècle, dont trois autour de 260. Il pourrait s'agir des occupants de l'établissement agro-pastoral situé à 300 m à l'est et fouillé en 2009.

Au nord de l'emprise, le chemin à ornières semble croiser le tracé d'une voie bordée de fossés, reconnue lors de cette même fouille précédente, et identifiée comme un chemin reliant le réseau « public » à l'établissement rural. Ce dernier s'interrompt au niveau de sa rencontre avec le premier, dont les ornières ne sont, en cet endroit, pas conservées.

Éléments de l'évolution topographique du secteur

Des tranchées réalisées dans une large dépression située dans la zone méridionale de l'emprise, en grande partie comblée à l'Antiquité, ont permis de mettre en évidence la présence ancienne d'une zone humide associée à un couvert végétal de type bosquet. Le comblement de cette dépression est marqué par un épisode violent matérialisé par la fossilisation d'un niveau de sol par le dépôt d'un contexte fortement chargé en charbons et livrant, ça et là, quelques tessons de céramique protohistorique et restes de faune. Il pourrait s'agir d'une volonté humaine d'assainir ou de niveler la parcelle en un défrichement massif, que l'analyse des charbons au radiocarbone a permis d'attribuer au Hallstatt D (env. -580).

Mise en contexte

Les données et la documentation archéologiques actuellement disponibles pour la période romaine sont assez imprécises car elles proviennent principalement de la prospection aérienne ou de fouilles réalisées au cours du XIXe siècle. La recherche documentaire effectuée en amont de la fouille a révélé la présence de quelques sites d’époque antique sur les communes de Loisy-sur-Marne et de Couvrot, au nord, et de Blacy et Vitry-le-François, au sud. On y trouve deux types de sites principaux : d'une part des établissements structurés, probablement enclos, repérés grâce aux prospections aériennes et, d'autre part, des sites funéraires mis au jour lors de fouilles anciennes.

La fouille archéologique de la zone B de la ZAC de la Haute-Voie à Loisy-sur-Marne a démontré l'intérêt de ce type d'opération pour améliorer notre connaissance de l'occupation humaine sur ce territoire géographique qui, désormais, se dévoile peu à peu. L'extension de la ZAC de Loisy-sur-Marne et l'essor de nouveaux projets d'aménagement dans le Vitryat permettront d'en savoir davantage sur cette occupation, non seulement à l'époque antique mais aussi, on peut l'espérer, sur son évolution depuis la Préhistoire.

Régis ISSENMANN, juin 2010.

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