Moncetz-Longevas (51) – Giratoire RN 44

Opération : fouille préventive
Dates d'intervention : du 15 Mars au 2 Avril 2010
Responsable : Régis ISSENMANN
Aménageur : DREAL Champagne-Ardenne

Suite au projet d'aménagement d'un giratoire, mené par la direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement sur la commune de Moncetz-Longevas (51), une équipe de l'Inrap, dirigée par A. Burgevin, a réalisé un diagnostic archéologique courant mai 2009 sur une superficie de 4,5 hectares. Celui-ci a révélé la présence de vestiges allant du Hallstatt final à l'ère industrielle. La découverte d'une occupation protohistorique, signalée par la présence d'une sépulture ceinte d'un fossé circulaire, a motivé la prescription d'une fouille archéologique. Le bureau d'études Éveha est ainsi intervenu du 15 mars au 9 avril 2010. Cette notice en présente les résultats préliminaires, les études de post-fouille étant actuellement en cours.

Une sépulture à coffrage

Située au milieu de l'emprise de fouille qui s'étend sur 1 000 m2, la sépulture découverte lors du diagnostic est approximativement au centre d'un enclos circulaire. Elle est orientée nord-ouest – sud-est et présente une forme quasi rectangulaire, voire légèrement trapézoïdale. Elle mesure environ 3 m de long pour 1,50 m et 1,70 m de large. La profondeur de la sépulture sous le niveau de décapage est de 0,60 m. Les bords de la structure sont droits et son fond est relativement plat. À chaque angle, et sur toute la profondeur, des protubérances en forme de « L » ont été creusées afin d'y encastrer, des troncs ou branches d'arbres bruts ou des madriers servant à monter un coffrage en bois. Une rigole interne, creusée sur la périphérie au fond de la tombe, dans l'axe des protubérances, a permis d'ancrer les bois dans le sol. Cette technique de construction, apparentée à celle dite du « blockbau », n'est aujourd'hui connue en Europe occidentale qu'en contexte d'habitat. Toutefois, la tombe princière de Hochdorf (Allemagne), d'un tout autre statut, présente le même système architectural en bien plus monumental et des pratiques architecturales du même type sont parfois observées dans des tombes scythes.

L'enclos circulaire

L'enclos est situé au milieu de l'emprise. Celle-ci en coupe néanmoins une petite partie à l'est. Il apparait donc sous une forme incomplète mais a priori circulaire. Son diamètre est d'environ 13 m. Très arasé, il disparait sur le tracé d'une tranchée de diagnostic sur son côté nord. Aucune ouverture particulière n'a été décelée dans la partie de l'enclos visible dans l'emprise de fouille. La largeur du fossé varie entre 0,20 m et 0,70 m et sa profondeur entre 0,10 m et 0,20 m en dessous du niveau de décapage, selon le niveau d'apparition. Le profil de son creusement est en « V », assez irrégulier, observation qui semble conforter l'hypothèse d'une activité non spécialisée, effectuée par la famille par exemple, contrairement à la tombe qui est manifestement creusée et agencée par des personnes qualifiées. L'étude géomorphologique menée actuellement a pour but de détecter la présence ou non du tertre funéraire qui couvrait la sépulture.

Le défunt

Des restes osseux humains ont été retrouvés dispersés dans la partie nord-est de la structure et ne représentent qu'une faible partie du squelette. Ils présentent une très forte altération et une très grande fragmentation. Seuls deux os étaient en connexion. Il s’agit de fragments d'un tibia et d'une fibula gauches. Leur position suggère qu’ils sont les seuls restes en position anatomique. Ces deux os sont à plat et reposent sur leur face dorsale au fond de la structure, à la même altitude que les dépôts faunique, céramique et métallique. Le défunt a probablement été allongé sur le dos, tête vers le nord-ouest et pieds au sud-est.

Le mobilier

Même si quelques fragments de céramique ont été découverts dans le fossé d'enclos, la majorité du mobilier provient de la sépulture. Une faible part est dispersée dans les couches supérieures et l'essentiel est en position primaire au fond avec le défunt.

Le mobilier d'accompagnement présente de nombreuses similitudes avec le mobilier régulièrement découvert dans les tombes de la culture Aisne-Marne.

Concernant les dépôts de type métallique, trois fers de lances en place ont été mis au jour dans le coin nord-est de la sépulture, à gauche de l'emplacement présumé du crâne. Un ensemble de fragments en métal, essentiellement en fer, brisés et perturbés, a été observé au centre de la sépulture. Il s'agirait entre autres de fragments d'une épée et d'un bouclier qui auraient été recueillis lors d'une réouverture de la tombe, et d'éléments de parure. Un couteau en fer associé à des restes fauniques (un quartier de porc) se situe sur le côté droit du défunt. Enfin, quelques fragments de fer et de petites tiges en bronze ont été découverts de façon éparse au sein du comblement.

Au niveau de la céramique, l'essentiel du mobilier, situé à droite du corps, près des pieds – non conservés –, en position primaire, se compose d'un vase cratériforme et d'un autre caréné. Chacun des vases est associé à une assiette faisant office de couvercle destiné à protéger les probables boissons fermentées qu'ils contenaient . À l'intérieur du vase caréné, un gobelet apode, ayant servi à puiser la boisson contenue, a été recueilli. Un vase piriforme dont la forme est héritée des traditions hallstattiennes et un gobelet à profil caréné complètent l'ensemble. Il s'agit de céramiques fines, dont certaines présentent un décor peint et des formes rappelant la céramique issue d'ateliers de production locale qui existaient durant la période Aisne-Marne II. Quelques tessons appartenant aux récipients décrits et à d'autres ont été recueillis de façon éparse dans les limons de comblement de la fosse.

Une tombe réouverte tardivement

Si ces déplacements de mobilier sont vraisemblablement dus à l'action d'animaux fouisseurs, la distance parcourue par certains d'entre eux évoque plutôt une perturbation causée par la réouverture de la tombe, qui a d'ailleurs causé l'étêtage du vase piriforme (presque la moitié de la partie supérieure du récipient n'a pas été retrouvée).

Par ailleurs, sur les quelques restes humains, des cassures anciennes sont visibles sur les os longs et une unique connexion anatomique a pu être observée. L’individu devait être à l’état d’os secs lorsque le remaniement a eu lieu. Quelques tessons, n'appartenant pas aux vases décrits précédemment, et attribuables à la période gallo-romaine, ont également été mis au jour dans le comblement, ce qui pourrait nous donner une indication sur la date de la profanation. Celle-ci semble avoir eu pour but la récupération d'une épée et d'un bouclier en partie décomposés – comme en témoigne l'étude des fragments métalliques retrouvés en fond de fosse – et d'une grande majorité des ossements, voire des éventuels éléments de parure (en bronze notamment) associés à l'individu.

Aucune trace de ce pillage n'a pu être décelée dans la stratigraphie de la tombe.

Le contexte archéologique

La recherche documentaire s'est concentrée sur les fouilles de treize sites funéraires datant de la période Aisne-Marne II (transition Hallstatt final - La Tène ancienne, Ve et IVe siècle av. J.-C). Ils sont localisés sur les communes périphériques de Moncetz-Longevas : Breuvery-sur-Coole, Cernon, Chepy, Écury-sur-Coole, Épine, Mairy-sur-Marne, Omey, Pogny et Saint-Memmie. Les fouilles datent pour la plupart de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle ; la plus récente date de 2002. Ce sont des nécropoles comprenant parfois des enclos circulaires dont le mobilier céramique est accompagné d'armes, de parures et de divers objets. La céramique est bien connue et permet d'obtenir une datation précise. Il s'agit d'une production locale, l'atelier étant probablement situé près de la Chaussée-sur-Marne. Cependant, les dimensions de la tombe et les dépôts associés à la sépulture de Moncetz témoignent d'un statut particulier du défunt. Son niveau social se situe probablement entre celui des notables inhumés dans une tombe à char et celui des personnes plus modestes accompagnées d'un mobilier plus ténu.

La sépulture de Moncetz est située dans une nécropole. Elle est en effet liée à au moins deux enclos circulaires repérés en photographies aériennes. Elle n'a cependant pas pu faire l'objet d'une approche comparative locale, au contraire des autres nécropoles étudiées, en raison de la taille modeste de l'emprise fouillée.

Perspectives d'études

Des études concernant le mobilier céramique, le mobilier métallique, la faune et les restes anthropologiques sont en cours. Parallèlement, des prélèvements sédimentaires ont été effectués dans les vases afin d'identifier, par l'étude des empreintes phytolithiques, la nature des végétaux qui ont pu y être déposés. Les résultats de ces études nous permettront d'obtenir plus d'informations sur la datation précise du site, sur le type de structure mis en place, sur le statut social de l'individu et sur les pratiques liées aux dépôts funéraires. Enfin, il sera important de replacer ce site dans un contexte plus large et de s'interroger sur les particularités et les similitudes de cet ensemble par rapport aux sites funéraires déjà renseignés pour cette culture.

Régis ISSENMANN, Laurence LE CLÉZIO, mai 2010.

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