Meursault (21), En Maison-Dieu – Phase 2
Opération : Fouille préventive
Dates d'intervention : 18 juillet – 5 août 2011
Responsable : Isabelle PIGNOT
Aménageur : Commune de Meursault
L'intervention archéologique au lieu-dit « En Maison-Dieu » à l'hôpital de Meursault a été menée par la société Éveha du 18 juillet au 5 août 2011. Il s'agit d'une opération complémentaire faisant suite aux investigations de 2010 (fouille préventive Éveha, du 16 août au 8 octobre 2010, responsable d'opération Isabelle Pignot).
Contexte de l'intervention
Cette opération a été décidée par le Service Régional de l'Archéologie de Bourgogne lors du dépôt d'un projet de réhabilitation et de mise en valeur de la léproserie fondée au xiie siècle, projet souhaité par la commune de Meursault et réalisé par l'architecte Simon Buri. Il s'agit de restaurer les trois bâtiments conservés en élévation, disposés autour d'une cour centrale (église et porterie médiévales, salle des Malades moderne) et de construire un nouvel édifice en « L » qui viendra masquer en partie les élévations conservées. Suite à un changement du projet initial de l'architecte, une opération complémentaire est programmée en 2011. En effet, il est décidé de reprendre les fondations du mur gouttereau sud en sous-œuvre et de procéder à un décaissement sur 1,20 m de large et 1,35 m de profondeur. Or, le diagnostic mené par l'Inrap en 2002 par Dagmar Lukas a révélé la présence d'une sépulture contre le mur sud du chevet, à l'angle avec le contrefort oriental. Cette dernière n'a été ni fouillée, ni prélevée. Une nouvelle opération archéologique est dès lors décidée par le SRA Bourgogne afin de vérifier l'existence d'une zone sépulcrale contre le mur gouttereau sud, et d'étudier les éventuelles relations des sépultures découvertes avec les fondations mises au jour. Ces dernières doivent être par ailleurs documentées dans le cadre d'une étude de bâti. La campagne de 2011 a ainsi permis de préciser et confirmer les phasages établis lors des analyses de 2010, mais aussi de mettre au jour un nouvel espace d'inhumation - dense et stratifié – contre le mur gouttereau sud de la chapelle de la léproserie.
Fondations de murs et de contreforts
Les fondations du mur gouttereau sud et de trois contreforts ont été dégagées sur 1 m de hauteur environ, jusqu'à l'apparition du sol naturel. Il s'est avéré que les parties basses mises au jour comprennent en réalité un soubassement de 0,60 m de hauteur, vraisemblablement destiné à être vu, puis les assises de fondation à proprement parler. Ce soubassement se compose de cinq assises de moyen appareil régulier de calcaire bien taillé. L'assise supérieure est biseautée au niveau des deux travées de la nef et des contreforts. Au chevet, elle est dotée d'un arrondi. Du fait de la qualité de la mise en œuvre, nous pouvons envisager que ce soubassement était visible à l'époque médiévale. Le niveau de sol ancien était donc plus bas, à 222,407 m NGF au niveau de la nef et à 222,511 m NGF devant le chœur, ce qui est cohérent avec les niveaux envisagés à l'intérieur des bâtiments lors des sondages de 2010. Les fondations sont de pierres calcaires grossièrement équarries, dégagées sur trois ou quatre assises reposant directement sur le substrat. Nous avons pu constater que les fondations des deux contreforts de la nef ne sont pas liées aux fondations du mur gouttereau sud. L'étude de bâti menée en 2010 avait conclu à une datation légèrement postérieure de ces renforts : en effet, la nef édifiée dans le second tiers du xiiie siècle était tout d'abord prévue sans contreforts, mais les poussées de la voûte en berceau soulignée de doubleaux ont sans doute conduit à des fissures et des fragilités que les bâtisseurs ont dû rapidement compenser, sans doute dans la seconde moitié du xiiie siècle. Seules quelques rares boutisses viennent liaisonner les maçonneries. L'étude des fondations confirme donc cette hypothèse. Les contreforts du chevet sont par ailleurs contemporains du mur pignon et étroitement liés à lui. Leurs fondations sont clairement imbriquées. Les hypothèses avancées en 2010 sont alors pleinement confirmées, attestant bien d'une mise en œuvre de la chapelle en deux étapes.
Un nouvel espace funéraire
L'opération de 2011 a surtout été l'occasion de découvrir une nouvelle zone d'inhumation qui n'était jusqu'alors que pressentie du fait de la découverte d'une sépulture lors d'un sondage Inrap contre le mur sud du chevet. Lors du décapage, il s'est avéré que cette sépulture n'était pas isolée. Le mur gouttereau sud s'inscrit comme un espace privilégié d'inhumations puisque 28 sépultures ont été mises au jour. Onze d'entre elles sont situées devant le chœur. Huit sont collées contre les fondations du mur gouttereau. Elles sont installées dans une grande fosse creusée dans le substrat qui – après dégagement complet – s'est avérée être une succession de plusieurs fosses rectangulaires qui se sont rejointes. Les individus sont disposés dans cette grande tranchée sur quatre niveaux. Deux réductions sont identifiées, attestant d'un espace attractif utilisé sur une longue période.
La large « colonisation » de cette fondation s'explique sans doute par une volonté de s'approcher au plus près de l'édifice de culte, et ainsi de bénéficier de son aura, mais aussi de se placer sous le ruissellement des eaux de pluie tombées du toit de la chapelle, et ainsi « bénites ». Une fois cet espace entièrement occupé, les inhumations sont repoussées vers le sud, à 1,50 environ du mur gouttereau, et constituent ainsi une seconde rangée. Trois sépultures sont découvertes, se recoupant les unes les autres. La disposition des tombes est quelque peu différente le long du mur gouttereau de la nef. Les fondations sont toujours très prisées : 6 sépultures sont identifiées au niveau de la première travée, sept au niveau de la seconde. Elles ne sont pas installées dans une fosse longitudinale comme observé devant le chevet. Les recoupements sont très fréquents, mais aucune réduction n'est découverte.
Elles sont disposées sur 4 à 5 niveaux. Une seconde rangée plus au sud est observée, à 1,20 m du mur de la première travée de la nef, et à 2 m (soit hors prescription) du mur de la seconde travée. Les quatre sépultures repérées sont ici bien disposées, sans perturbations ou recoupements, comme si l'organisation se faisait plus nette en s'éloignant du pôle attractif des fondations. Les individus sont orientés ouest-est (sauf pour une sépulture est-ouest), en position de décubitus dorsal. Les modes d'inhumation sont modestes : en pleine terre, en linceul lâche ou en cercueil, comme nous l'avions observé lors de l'étude du cimetière situé à l'est du chevet (investigation menée en 2010 sur douze individus). Il s'agit d'hommes, de femmes, d'enfants, d'adolescents.
Cette diversité évoque une population naturelle. La léproserie était un lieu d'accueil largement ouvert aux malades mais aussi aux simples voyageurs et pèlerins, d'où l'hétérogénéité des individus découverts. L'étude paléopathologique à venir permettra peut-être de distinguer s'il s'agit ici d'une population atteinte de la lèpre ou d'individus sains qui pourraient correspondre aux « familiers » chargés d'encadrer les malades et pauvres recueillis dans l'enceinte de la léproserie.
Éléments de conclusion et perspectives de recherches
Cette second intervention a ainsi permis de mieux cerner les étapes successives de construction de la chapelle de la léproserie, mais aussi de découvrir un nouvel espace d'inhumation qui vient s'ajouter aux différentes zones sépulcrales mises au jour en 2002 et 2010. Un cimetière est situé à l'est du chevet de la chapelle (douze individus étudiés, dont un atteint de la lèpre). Une sépulture est présente dans la nef, une dans la porterie, correspondant peut-être à des individus privilégiés (clercs, donateurs, bienfaiteurs). 28 inhumations sont découvertes contre le mur gouttereau sud de la chapelle. Ce phénomène ne se retrouve pas au nord, ce qui peut s'expliquer par une zone plutôt dévolue à la vie communautaire avec présence du bâtiment d'accueil des malades. Le mur gouttereau s'inscrit comme un espace particulièrement attractif avec des inhumations superposées sur 4 ou 5 niveaux. Un dernier espace d'inhumation est découvert lors du diagnostic Inrap au sud de la chapelle, non loin de la clôture du site, à 40 m environ du mur gouttereau. Cinq inhumations sont mises au jour dans les limites du sondage réalisé. Nous ne pouvons déterminer s'il s'agit d'un seul et même espace funéraire, un grand cimetière prenant place au sud du bâtiment et cité dans les textes dès le xve siècle. Une fouille exhaustive de la cour sud serait nécessaire. De même, nous ne pouvons à l'heure actuelle comprendre comment s'articulait l'espace funéraire à l'est du chevet et l'espace funéraire sud : correspondent-ils à deux phases différentes ? Ou à deux types de population, familiers et malades, clercs et laïcs ? L'étude anthropologique ainsi que l'analyse du mobilier découvert dans les tombes devraient permettre de préciser quelque peu la datation et la fonction de l'espace d'inhumation mis au jour lors de cette campagne.
Isabelle Pignot, août 2011.