Vanves (92) - 20 rue de la République
Opération : Fouille préventive
Dates d'intervention : 26 juillet - 14 octobre 2010
Responsable : Antoine NADEAU
Aménageur : OGIC SA
Localisée dans le cœur historique de Vanves (92), au sud de la place de la République et à moins de 25 m de l'église Saint-Rémy, la parcelle cadastrée L 51 occupe une surface de 478 m². Les opérations archéologiques effectuées aux alentours depuis 1997 révèlent, sur un secteur restreint, l'existence d'une agglomération antique comprenant notamment un vaste bâtiment thermal, une zone d'habitat et un probable quartier artisanal à partir du iiie siècle. Elles mettent également en évidence la continuité des occupations durant l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge. Celles-ci se caractérisent par la présence de fours de potier, de constructions en bois et par de nombreuses structures en creux. Quelques vestiges du bas Moyen Âge ont également été découverts, ainsi que des habitations de l'Époque moderne. Un projet immobilier développé par la SCI Vanves 20 République a motivé la réalisation d'un diagnostic archéologique effectué du 10 au 19 août 2009 sous la direction de Xavier Peixoto (Inrap). Cette opération a confirmé la présence de vestiges antiques (maçonneries, enduits peints, etc.), du haut Moyen Âge (structures en creux) et modernes (murs d'habitation). Ces résultats ont conduit le service régional de l'Archéologie d'Île-de-France à prescrire une fouille préventive de la parcelle. Confiée au bureau d'études Éveha, celle-ci a eu lieu du 26 juillet au 14 octobre 2010. Elle a permis de définir sept périodes d'occupation s'étendant du iie siècle de notre ère jusqu'à l'époque contemporaine.
L'extrémité sud-est d'un édifice gallo-romain apparaît sur environ 56 m2 au nord-ouest de l'emprise. Sa construction est initiée au cours du iie siècle par des travaux de terrassement ; des apports de limon et de sable ont permis d'atténuer le pendage naturel du terrain. Ce bâtiment est composé de cinq murs profondément ancrés dans ces remblais et qui délimitent trois salles interprétées comme un vestibule, une salle chauffée et une pièce de service (salles 11, 12 et 13). Seule la partie méridionale de ces pièces a été fouillée, puisque leur prolongement se situe hors de l'emprise de l'opération. À l'est, la salle 11 présente une entrée localisée au sud du mur de façade et matérialisée par un seuil composé de deux blocs de grand appareil en calcaire. En y pénétrant, l'hôte faisait face à des peintures murales recouvrant le parement est d'un mur de refend. Au cours des viiie-ixe siècles, la salle 12 est recreusée jusqu'au substrat sableux puis comblée par des dépôts, assimilables à des « terres noires », ne laissant alors plus aucune trace des niveaux antiques. Ce décaissement est vraisemblablement lié à la récupération d'éléments installés à une profondeur importante. Dès lors, cet espace pourrait correspondre à une salle construite sur hypocauste. Cette hypothèse est renforcée par la découverte, généralement dans des contextes résiduels, de matériaux de construction en terre cuite servant à canaliser l'air chaud à travers les parois. À l'ouest, la salle 13 conserve deux structures liées à la construction et au fonctionnement du bâtiment. Il s'agit respectivement d'une cuve à chaux et d'une cheminée aménagée au pied et dans l'épaisseur d'un mur. Cet édifice, dont on ne connaît qu'une partie du plan, paraît former un ensemble indépendant du bâtiment thermal situé plus au nord. L'importance des maçonneries, la largeur de 14 pieds adoptée pour les salles 11 et 12 (comparable à celle relevée dans les thermes) et la qualité des éléments de décoration autorisent l'hypothèse d'un édifice public monumental, mais elles s'accordent également avec celle d'une somptueuse domus. L'étude du mobilier céramique et métallique plaide d'ailleurs davantage en faveur d'une occupation domestique. En outre, deux à trois pavements superposés apparaissent aux abords de cet édifice. Fondés sur des remblais, ces niveaux de sol extérieur suivent le pendage naturel du terrain, remontant légèrement du nord vers le sud et d'ouest en est. Leur chronologie est identique à celle du bâtiment et suggère une occupation des IIe et IIIe siècles. Dans un second temps, probablement dans le courant du IIIe siècle, un mur se raccorde à l'extrémité sud-est de cet édifice. Fondé à travers le pavement extérieur, il étend le monument antique vers le sud et sa construction a pu accompagner l'installation d'un nouveau seuil dans le mur sud de la salle 11. Le démantèlement de ce bâtiment est initié dès la fin du IIIe siècle ou au cours du siècle suivant. Il se traduit par un épierrement partiel des maçonneries et par la récupération des matériaux de construction et de décoration. Pour autant, cet édifice n'est pas complètement pillé et la réoccupation du site s'accompagne de quelques modifications apportées à son plan d'ensemble. La fréquentation des lieux est plus importante au cours du haut Moyen Âge. Au sud-ouest, une cave dallée est édifiée au VIIe siècle sans tenir compte de l'orientation définie par les murs gallo-romains. Elle présente une architecture très différente de celle du bâtiment antique. Sa construction témoigne ainsi d'une profonde restructuration de l'espace : elle marque une nouvelle implantation et plus seulement la réoccupation du bâti antérieur. Elle est rapidement abandonnée lors de la mise en place d'un atelier de potier, provisoirement daté du VIIe siècle (étude en cours). Cette unité de production comprend un four à languette centrale arrondie, d'un type similaire à ceux qui ont été construits au 3-5 de la rue Gaudray – 2-6 de la rue de l'Église. La fonction artisanale de ce secteur est renforcée par les traces de découpe observées sur les restes osseux et qui témoignent d'une activité bouchère sur le site ou à proximité.
Différentes structures en creux se rattachent à cette période d'occupation. Parmi elles, une grande fosse localisée à l'est de l'emprise semble être destinée à l'extraction de sable. Son comblement, daté de la deuxième moitié du VIIIe-IXe siècle, contient notamment une inhumation. Il s'agit du squelette d'un homme adulte, orienté la tête au sud-ouest. De plus, des ossements humains erratiques suggèrent l'existence d'un ensemble funéraire près du site et constituent donc un indice supplémentaire de l'ancienneté de l'église Saint-Rémy. En effet, cet édifice est signalé pour la première fois dans une bulle du pape Innocent III datée de 1163, mais l'hypothèse d'une construction au haut Moyen Âge est parfois avancée.
Les vestiges mérovingiens et carolingiens sont recouverts ou recoupés par des niveaux et des structures datés du bas Moyen Âge. Le site semble donc avoir été abandonné durant plus de 400 ans, alors même que Vanves apparaît dans différentes sources écrites dès la fin du xe siècle. De la même façon, du VIIe siècle jusqu'au XIIIe ou XIVe siècle, aucune occupation n'a été observée au 21‑23 rue de la République. L'hypothèse d'un déplacement de l'agglomération, accompagné d'une mise en prairie des lieux n'est pas à exclure. Au XIVe siècle, un bâtiment est construit à l'emplacement de l'édifice antique. S'étendant hors de l'emprise vers le nord et vers l'ouest, il est composé d'une ou de plusieurs salles au nord-ouest et d'une cave au sud dont on ne connaît pas l'extension exacte. Une seconde cave, partiellement mise au jour à l'ouest du site, se rattache à cet ensemble ou à un bâtiment indépendant. La démolition de ces caves paraît intervenir dès le XIVe siècle, ce qui suggère une courte occupation des lieux. Outre ces espaces bâtis au nord et à l'ouest, la parcelle présente, à cette époque, un espace ouvert à l'est, où apparaissent quelques niveaux de circulation, des remblais et plusieurs fosses dont l'une renferme le squelette d'un cheval. De plus, une activité d'équarrissage est avérée sur le site par l'étude des restes de faune.
L'abondance et la qualité des eaux de Vanves en font un lieu de villégiature apprécié et donnent naissance à une importante activité de blanchisserie à l'Époque moderne. Cette situation privilégiée explique, en partie, la présence de quatre puits et d'un puisard sur le site, mais la concentration de ces structures rend également compte de plusieurs changements apportés à l'organisation de l'espace. En effet, c'est dans ce contexte favorable que des bâtiments sont construits sur le site, entre les XVe-XVIIe siècles et jusqu'au XIXe siècle. Une vaste cave occupe ainsi le centre et le sud du site. Fondée contre des murs médiévaux, elle est bâtie à l'Époque moderne, peut-être au cours des XVIIe-XVIIIe siècles. Un escalier donne accès à un étroit corridor ouvrant sur deux salles voûtées de plan rectangulaire de 13 et 14,5 m2 (salles 6 et 7). La salle 6 est abandonnée la première, comme l'indique le bouchage aménagé en contrebas de l'escalier et qui en condamne l'accès. Un épais remblai sableux recouvre alors cette structure. Elle est elle-même antérieure à plusieurs murs dont le tracé semble correspondre à celui figuré sur le plan cadastral de 1840. La salle 7 est encore fréquentée durant la deuxième moitié du XIXe siècle, comme l'indiquent notamment des bouteilles entières mises au jour dans une niche voûtée, à l'intérieur de la pièce.
D'autres caves ont été découvertes au sud-est de l'emprise. De plan carré, la salle 2 occupe environ 5,80 m2. Elle a été grandement détruite par des aménagements contemporains, mais a toutefois conservé un pavement de grès. Elle semble postérieure à l'occupation du XIVe siècle et antérieure au XVIIIe siècle. L'angle nord-ouest d'une cave voûtée apparaît plus à l'est sur une hauteur de 1,70 m (salle 4). Pour des raisons de sécurité, il a été décidé de ne pas fouiller cette pièce qui se prolonge sous l'immeuble de la parcelle L 50. La chronologie absolue de cette cave n'a donc pu être établie, aucun mobilier datant n'ayant été récolté. Cependant, il pourrait s'agir de la maison représentée sur l'Atlas Matis et sur le plan Gallien, voire d'une habitation antérieure. Ces différentes constructions ont ensuite été recouvertes au XXe siècle par un immeuble, lequel a été démoli avant l'opération archéologique.
Antoine Nadeau, mai 2011.