Louvres (95) – ZAC du Parc

Opération : Fouille préventive
Dates d'intervention : 19 juillet 2010– 23 février 2011
Responsable :Anne-Sophie VIGOT
Aménageur : EPA Plaine de France

L'intervention archéologique au lieu-dit « ZAC du Parc » à Louvres (95) a été menée par la société Éveha du 19 juillet 2010 au 23 février 2011.

Contexte de la fouille d'archéologie préventive

L'aménagement de la ZAC de Louvres - Parc, par l'EPA Plaine de France, prévoit la construction d'un immeuble de logements. Ce projet a motivé des sondages archéologiques réalisés par l'Inrap en novembre 2009, puis la prescription d'une fouille préventive par le service régional de l'Archéologie.

Du 19 juillet 2010 au 23 février 2011 des fouilles, financées par l'EPA, ont donc été engagées sur plus de 4 000 m2 par une équipe d'une douzaine d'archéologues du bureau d'études Éveha. À cette occasion, une nécropole antique composée de centaines de sépultures a été mise au jour, ainsi qu'une carrière d'extraction de calcaire et des bâtiments de la période protohistorique et médiévale.

Des découvertes de la Protohistoire au Moyen Âge

Les fouilles ont révélé de nombreuses occupations du site de la Protohistoire (de -1800 à -27 av. J.-C.) à l'époque médiévale. Des traces d'un bâtiment sur poteaux à pans coupés datant probablement de l'âge du Fer constituent les plus anciens vestiges découverts. Par la suite, le terrain fut exploité comme carrière puis utilisé comme espace funéraire jusqu'au Ve siècle au moins. Enfin, une occupation médiévale se dessine, caractérisée par de petits bâtiments sur poteaux venant recouper les tombes antiques, et une structure maçonnée trapézoïdale voûtée en pierre.

Au final, 585 structures ont été fouillées, dont : une carrière d'extraction de calcaire, 460 sépulture, un bâtiment sur poteaux, des trous de poteau, une structure maçonnée, des fosses et des fossés. Ce site est exceptionnel à plus d'un titre : il a tout d'abord pu bénéficier d'une conservation exceptionnelle grâce aux nombreux colluvionnements (dépôts s'accumulant au pied d'un versant) qui l'ont recouvert. Il s'agit de plus d'un unicum, c'est-à-dire d'un site unique, puisque l'on ne connait pas d'autre nécropole antérieure à l'Antiquité tardive dans cette zone géographique. C'est enfin un site qui a livré une quantité d'informations extrêmement importante. En effet, suite aux apports de données liées à la fouille, des études sont actuellement en cours afin d'enrichir encore les connaissances par des analyses très poussées sur le mobilier, les restes humains, l'agencement des vestiges, etc.

Une carrière de calcaire

Une importante carrière d'extraction de pierre de calcaire est exploitée dans la première partie de l'Antiquité. De forme circulaire, elle possède un front de taille abrupt à l'ouest et une façade plus rectiligne composée de paliers à l'est. Cette carrière aurait livré plus de 1 200 m3 de calcaire, une partie des matériaux extraits ayant peut-être servi à construire la voie romaine (axe Paris-Senlis), située en bordure du site. Très peu de temps après la fin de l'exploitation de la carrière, le lieu est utilisé comme espace funéraire pour inhumer des nouveaux nés. Ainsi, à l'époque où l'incinération des adultes prédomine, le premier cimetière que l'on trouve ici est une zone d'inhumation de très jeunes enfants avec environ 120 inhumations de nourrissons de moins de 6 mois.

La fouille de ces inhumations a démontré une différence de pratique en fonction de l'âge de l'individu : plus l'enfant a vécu longtemps et plus sa sépulture sera soignée. En effet, les enfants les plus âgés sont inhumés dans un cercueil avec du mobilier tandis que les plus jeunes sont simplement déposés dans des enveloppes en matériau périssable (linceul, vêtement, etc.). Parmi ces sépultures, on remarque une trentaine d'adultes inhumés sans soin et dans des positions inhabituelles. Les restes d'un cheval sont rejetés sur l'un d'entre eux. Par la suite, le cimetière de nourrissons laisse place à un second cimetière de quelques dizaines d'individus où la présence d'adultes est plus marquée. Contrairement à la phase précédente, ils sont cette fois inhumés sur le dos et dans des aménagements spécifiques.

Vers le IIIe siècle, un important amas d'os de chevaux et de céramiques brisées vient recouvrir l'ancienne carrière sur 500 m>2. Les restes de corps incinérés déposés dans des urnes ou en pleine terre sont également retrouvés dans ce niveau. Les rites funéraires semblent donc avoir évolué.

Une nécropole majeure de l'Antiquité tardive

Parmi l'ensemble des sépultures mises au jour, plus de 250 d'entre elles sont datées des IVe – Ve siècles après J.-C. Elles constituent un ensemble sépulcral majeur pour l'Antiquité tardive. Chaque sépulture accueille les restes d'un seul individu inhumé déposés dans une grande fosse rectangulaire. Majoritairement orientées selon un axe quasi nord-sud, parfois pourvues de banquettes, elles semblent être organisées en plusieurs rangées.

Les défunts étaient inhumés dans des cercueils cloués ou dans des coffrages de bois aménagés directement dans la fosse et maintenus par un calage de pierres. Ils étaient généralement habillés ou enveloppés dans un drap, parfois les deux. Ils reposaient sur le dos, les membres supérieurs le long du corps ou croisés sur la poitrine. Un dépôt funéraire important, placé à l'extérieur du cercueil, à une extrémité de la fosse, accompagne près de la moitié des défunts. Dans quelques rares cas, l'individu était chaussé, mais il était plus souvent pieds nus ou simplement vêtu de chausses. Dès lors, une paire de chaussures généralement posée sur le couvercle du cercueil, complétait le mobilier d'accompagnement. L'étude anthropologique en cours actuellement en laboratoire reprend l'étude de l'ensemble des restes humains mis au jour. Elle permet d'ores et déjà de confirmer la présence d'adultes des deux sexes et de tous âges, ainsi que de quelques enfants et nouveaux nés qui semblent tous avoir subi le même traitement funéraire. À son terme, elle donnera une idée plus précise de l'état sanitaire de cette population (hygiène dentaire, maladies, traumatismes) et de l'organisation de l'ensemble sépulcral (regroupements familiaux, sociaux, sectorisations par classe d'âge). Elle nous permettra ainsi d'avoir une image plus complète de la vie des habitants de Louvres à l'Antiquité tardive.

Le mobilier funéraire

L'essentiel des objets découverts provient des sépultures de l'Antiquité tardive et non des structures protohistoriques et médiévales. Parmi tous ces objets, on distingue les dépôts rituels, des parures et des objets personnels ayant appartenu aux défunts. Plus de 300 vases en céramique et de 70 objets en verre ont été retrouvés entiers dans les tombes. Ces deux types de matériaux étaient sans doute associés pour former un service de vaisselle souvent composé d'un plat ou d'une jatte, d'une cruche (un pot ou un pichet) et d'un gobelet. Des restes animaux, essentiellement de volaille, témoignent par ailleurs de dépôts alimentaires accompagnant ce service.

L'étude du mobilier en céramique a mis en évidence la présence de malfaçons et d'objets de moins bonne facture que ceux utilisés dans la vie courante. On pourrait donc envisager que ces objets, malgré leurs défauts, étaient conservés pour un commerce spécifique lié aux pratiques funéraires. Enfin, dans certaines tombes, des éléments de parure, des accessoires de toilette, des armes ou des outils étaient déposés avec le défunt. On a ainsi découvert des peignes en os, des pinces à épiler en bronze, des perles en pâte de verre, des bracelets et un torque en bronze, des petits couteaux, une aumônière contenant des monnaies ainsi que des plaques-boucles de ceinture en bronze. La nature des dépôts a pu évoluer au cours du temps. En effet, il est intéressant de noter que les dépôts du IVe siècle sont plutôt composés de mobilier céramique, tandis qu'au Ve siècle, les objets sont plutôt de type germanique, témoignant ainsi d'un changement de comportement. Grâce à l'étude de l'ensemble de ces dépôts, on peut entrevoir non seulement les pratiques funéraires de cette population, mais aussi une part de sa vie quotidienne.

Anne-Sophie VIGOT, May COUSSIRAT, Anne-Claire MISME, novembre 2011

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