Houppeville (76) – Rue Paul Langevin

Opération : Fouille préventive
Dates d'intervention : 7 novembre - 30 novembre 2011
Responsable :Myriam MICHEL
Aménageur : Terres à Maisons

En juin 2011, un projet de lotissement sur la commune de Houppeville (Seine-Maritime) a donné lieu à une opération de diagnostic (réalisée par David Breton, Inrap). Elle a révélé la présence de deux zones de vestiges funéraires, datés de la fin de l'époque gauloise et de l'Antiquité et associés à quelques éléments de parcellaire. Une fouille a donc été prescrite et réalisée durant le mois de novembre 2011. Deux zones ont été décapées, sur une superficie totale d'environ 2 500 m2. Cette fouille n'a pas permis de découvrir d'autres vestiges funéraires mais apporte un certain nombre d'informations sur le contexte des vestiges issus du diagnostic.

Au sud-ouest, un petit ensemble de trois crémations avait été mis au jour lors du diagnostic et daté de la fin de La Tène moyenne - début de La Tène finale. Quelques tronçons de fossés avaient aussi été repérés, laissant supposer l'existence d'un petit enclos autour des crémations. Ces dernières avaient livré un mobilier céramique et métallique, et notamment les fragments d'une épée ployée, attestant l'existence d'une tombe à armes. La fouille, réalisée sur une fenêtre d'un peu moins de 2 000 m², n'a pas permis la découverte d'autres crémations mais donne une vision plus claire des éléments fossoyés environnants. D'une part, l'existence d'un petit enclos funéraire enserrant les trois crémations est confirmée. Il s'organise selon un plan « en U » ouvert vers l'est. D'autre part, deux fossés plus larges semblent se rattacher à un parcellaire peu dense qui suit la même orientation que celle de l'enclos. Ces fossés n'ont livré que peu de mobilier (une douzaine de tessons de céramique). Ils permettent cependant, à première vue, de dater le comblement de ce parcellaire de la période de La Tène C2-D1. Enfin, une structure de combustion a été découverte en bordure sud de la fouille. De plan quadrangulaire, elle n'a livré aucun mobilier permettant de la rattacher à l'occupation protohistorique (une datation C14 est envisagée) mais elle est semblable à trois structures de combustion mises au jour lors d'une fouille réalisée en 2008 à environ 400m au sud-ouest (sous la direction de D. Breton, Inrap).

Cette opération de 2008 avait en effet mis en évidence un habitat chronologiquement contemporain de l'ensemble funéraire décrit ici. Nous sommes donc à première vue en présence d'un petit ensemble de crémations dépendant d'un habitat voisin et inséré dans une zone peu dense du parcellaire attenant. Dans l'attente des résultats de l'étude en cours, on peut tout de même souligner quelques points : le lien très probable entre ce petit pôle funéraire et l'habitat existant plus au sud, sa faible ampleur (trois crémations seulement), sa localisation au sein d'un parcellaire peu dense et relativement éloigné de l'habitat et la présence d'une tombe à armes. Ces caractères permettent de rapprocher le site de Houppeville de plusieurs découvertes du même type réalisées ces dernières années dans la région : « La Mare des Mares » à Saint-Vigor d'Ymonville (fouilles Inrap 2002 et Archéopole 2006-2007) ; « Les Monts Trottins » à Fontaine-La-Mallet (fouille Archéopole 2010) et « Le Four à Chaux » à Saint-Aubin-Routot (fouilles Inrap 1992). Ces quelques exemples montrent l'existence (en l'état de la recherche) d'ensembles funéraires de taille assez petite, disséminés en campagne aux abords d'établissements ruraux (attestés ou supposés). Quelques cas, encore assez rares, livrent des tombes au caractère guerrier qui peuvent se comparer à l'une des sépultures découvertes à Houppeville. Ces tombes à armes se retrouvent aussi au sein d'ensembles funéraires plus vastes tel que celui de « Route de Darnétal » au Mesnil-Esnard (fouille Inrap 2008).

Au nord-est, ce sont cinq crémations antiques qui avaient été mises au jour lors du diagnostic. Elles ont été datées des IIe-IIIe siècles de notre ère et étaient installées le long d'un fossé comblé vers la fin du Ier ou au début du IIe siècle. Deux des crémations comprenaient une amphore qui tenait lieu de contenant aux urnes funéraires en verre. Les ossements humains étaient parfois accompagnés de restes de faune, eux aussi brûlés. Le tout constitue un lot peu commun, de par les associations de mobilier et la qualité de la verrerie notamment. Sur cette zone, la fouille a concerné environ 500 m² et n'a livré quasiment aucun vestige supplémentaire (seules deux fosses et un trou de poteau ont été mis en évidence le long du fossé). L'orientation du fossé correspond à celle des éléments parcellaires mis en évidence sur la zone sud-ouest ; elle permet d'envisager une continuité du parcellaire sur la zone entre le dernier siècle avant notre ère et les deux ou trois premiers siècles de notre ère. Ce petit ensemble funéraire ouvert pose la question de l'habitat correspondant, probablement localisé dans les environs, bien qu'aucun indice archéologique ne permette encore de l'affirmer.

A titre d'exemple, une importante fouille a eu lieu à quelques kilomètres de Houppeville, sur la ZAC de La Plaine de la Ronce (Isneauville). Elle a révélé l'intégralité d'une petite exploitation agricole gauloise puis gallo-romaine, cette dernière étant accompagnée de sa nécropole. Celle-ci est composée de 33 crémations localisée à 350 m de l'habitat et datées des trois premiers siècles de notre ère. On y observe une grande diversité de gestes : urnes simples en céramique, dépôts multiples de céramiques et verreries, dépôts en amphores. À première vue, l'ampleur de cet ensemble funéraire est sans commune mesure avec celui découvert à Houppeville mais les gestes funéraires semblent s'en rapprocher.

Les deux ensembles funéraires mis au jour ici soulèvent un certain nombre de questions essentiellement liées à la configuration des petits domaines agricoles protohistoriques et antiques sur les plateaux au nord de Rouen : implantation et organisation des zones funéraires, lien de ces dernières avec les habitats correspondants et leurs aménagements périphériques... La reprise des données du diagnostic et l'étude des résultats de la fouille, à la lumière des opérations récentes sur ce secteur géographique, devraient permettre d'affiner ces premières réflexions.

Myriam MICHEL, 19 décembre 2011.

Retour haut de page