Quéven (56) – ZAC de Croizamus

Opération : Fouille préventive
Dates d'intervention : 8 novembre 2010 – 18 février 2011
Responsable :Benjamin LEROY
Aménageur : commune de Quéven

La présence d'implantations humaines anciennes au lieu-dit Croizamus - Le Grand Poteau, sur la commune de Quéven, est reconnue depuis les années 1990. En effet, plusieurs campagnes de prospection aérienne et opérations de sondages ont permis de repérer des systèmes fossoyés attribués à la période antique ainsi qu'une grande enceinte et une stèle datées du premier âge du Fer. Le projet d'aménagement d'un écovillage par la commune de Quéven a motivé la réalisation, en septembre 2009, d'un diagnostic archéologique. Les résultats obtenus ont entraîné la prescription d'une fouille préventive, menée du 8 novembre 2010 au 18 février 2011. Une équipe de huit à dix personnes a travaillé sur une emprise d'1,2 ha durant treize semaines. Initialement, onze semaines de fouille étaient prévues, cependant, les conditions climatiques particulièrement dures (pluies intenses lors du décapage, mais surtout sol gelé en profondeur durant deux mois) ont motivé, en accord avec la mairie de Quéven et le service régional de l'Archéologie de Bretagne, une prolongation de deux semaines.

Située dans la Poche de Lorient, la commune de Quéven a énormément souffert des combats menés en 1944. Plusieurs stigmates de cette période, déjà observés lors du diagnostic, ont été révélés lors de la fouille : un cratère, des vestiges de munitions et des carrières. Ces dernières furent mises en œuvre par ordre de l'armée allemande dans le but de fournir de la pierre pour la construction de la base de Lann-Bihoué.

Outre ces éléments contemporains, dont certains ont partiellement endommagé des structures antérieures, le décapage a permis d'observer, en accord avec les résultats du diagnostic, que les aménagements antiques (bâtiments maçonnés et talus parementés) étaient relativement bien conservés, apparaissant sous seulement 0,25 m de terre végétale. Une grande installation gallo-romaine a pu être presque intégralement étudiée. Elle offre un plan trapézoïdal et se matérialise par un système de clôture monumentale, associant fossés, talus et murs. Au niveau de l'entrée de cette enceinte, située à l'est, deux états ont pu être observés : un premier accès empierré a fonctionné avec un système de clôture constitué d'un talus parementé. Cet accès a été réaménagé par la construction d'un bâtiment carré de type portique associé à un mur de clôture. Au nord comme à l'ouest, la clôture est matérialisée par un talus parementé. Au sud, un talus de même nature est bordé en extérieur par un fossé de 3 m de large pour 1,50 m de profondeur. Les vestiges de deux bâtiments maçonnés associés à cette enceinte ont pu être étudiés : le premier est approximativement situé au centre de celle-ci. Le second, érigé dans l'angle sud-est de l'enceinte, est accolé au talus et au mur de clôture. Deux importantes fosses de rejet situées dans les angles sud-ouest et nord-ouest de ce système enclos ont livré d'importantes quantités de restes animaux (ossements, coquillages), de céramiques, de verre et de métal, dont l'étude devrait permettre de préciser la vocation de cette enceinte, datée du Ier et et du début du IIe siècle après J.-C. D'autres fossés antiques, de dimensions plus réduites et s'accolant au système principal, ont également pu être étudiés.

Plusieurs éléments tendent à montrer une réoccupation des extérieurs de l'enceinte au IIIe s. après J.-C. Enfin, une série de réfections et d'installations médiévales implantées au sein du bâtiment d'angle et de ses environs a été mise au jour. Dans les deux cas, ces réoccupations semblent être en lien avec la métallurgie du fer.

Suite à la découverte de structures antérieures à la période antique, un second décapage a été réalisé. Ce dernier a permis d'observer l'existence d'au moins deux phases préalables à la mise en place du système de clôture monumentale, datées de la toute fin du second âge du Fer et du début de l'Antiquité. Elles sont matérialisées par des systèmes fossoyés axés selon la même orientation que l'enceinte principale antique dont une partie semble avoir accueilli des palissades. Le second décapage a également permis d'étudier la grande enceinte elliptique repérée par prospection aérienne sur la parcelle voisine (enceinte de Kerzec-Izel), datée de la transition entre le premier et le second âge du Fer (aux environs du Ve s. avant J.-C.). Plusieurs aménagements et bâtiments ont pu lui être associés, dont un grand bâtiment sur vingt-et-un poteaux implanté au nord du site et qui peut être interprété comme une grange.

Ce second décapage a également permis de mettre au jour plusieurs excavations et concentrations de mobilier s'échelonnant du Néolithique récent à l'âge du Bronze ancien.

Benjamin LEROY, décembre 2011.

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