La salle capitulaire de l’abbaye de Saint-Évroult-Notre-Dame-du-Bois (Orne)

Présentation

Au fil des décennies les érudits se sont intéressés à l’abbaye de Saint-Évroult-Notre-Dame-du-Bois, sortant de l’oubli ces ruines qui semblaient perdues dans le pays d’Ouche. Avant de faire l’objet de fouilles archéologiques entre 1998 et 1999, c’est essentiellement sur l’historique, de l’abbaye et de sa fondation, que portent les écrits dont nous disposons. Lors de ses fouilles, V. Hincker (archéologue SDAC, à l’AFAN en 1999), donne une nouvelle dimension aux bâtiments conventuels de cet ensemble religieux. L’analyse des bâtiments conventuels, aujourd’hui disparus, est, en effet, essentielle, pour la compréhension de l’organisation de l’abbaye et de la vie des moines. Les éléments retrouvés dans le sondage qu’il a effectué dans la salle capitulaire ont permis, non seulement de replacer l’architecture de ce bâtiment dans un mouvement de reconstruction gothique normande, mais aussi de comprendre le rôle de cette salle qui semble avoir une situation privilégiée dans l’abbaye durant près de sept siècles.

 

À l’issue de l’opération, deux tiers de cet espace restaient encore à explorer. L’opération archéologique menée en 2013 a permis de faire un premier bilan de l’état de conservation des vestiges et également de répondre à certaines questions restées en suspens concernant le plan architectural de cet espace. La fouille de 2014 a confirmé ces premières constatation et a permis de mettre en relation le chapitre avec les pièces voisines. De plus l’espace funéraire a pu être appréhendé.

 

Un espace bouleversé

D’importantes perturbations ont modifié le paysage de cette abbaye depuis son abandon après la révolution. Fouilles « sauvages », exploration ou réutilisation de l’espace abandonné, la salle du chapitre, aujourd’hui disparue, a vu son sous-sol bouleversé.

 

Une importante tranchée, réalisée lors des fouilles de 1999, perce la pièce d’est en ouest. Cette tranchée vient recouper perpendiculairement quatre sections parallèles, issues très probablement de « fouilles » réalisées au XIXe siècle. Ces percées ont bouleversé la quasi totalité des niveaux de sols médiévaux et modernes. On note de plus, une récupération conséquente des murs et même leurs niveaux de fondation. Cette récupération est partielle dans un premier temps, puis totale dans sa dernière étape.

 

Une salle au sein d’un ensemble abbatial

Deux ouvertures réalisées à l’ouest et au sud du chapitre ont permis de situer cette pièce dans son contexte abbatial.

 

Ainsi, l’ouverture à l’ouest a mis au jour la présence de la galerie du cloître. Son sol est perturbé, les pavés ne sont plus en place, en revanche, les niveaux d’aménagement de ces sols et les niveaux funéraires sont intacts. L’une des tombes, datée du XIIIe siècle a pu être fouillée, elle renferme le corps d’un sujet masculin adulte en position primaire inhumé dans un cercueil, des pots à encens l’accompagnent. L’ouest de la galerie est bordé par la fondation du mur bahut soutenant les colonnes ouvrant sur le cloître. Cette fondation est large de 1,70 m. Un caniveau construit en pierre, longe ce mur. Il est large de 0,30 m.

 

Au sud, une pièce est mitoyenne du chapitre, son mur ouest est d’ailleurs la continuité de celui de la salle capitulaire. Ce bâtiment orienté nord-sud est large de 8,50 m environ, dans ses dimensions internes. Une ouverture dans le mur est de ce bâtiment semble perceptible, elle donnerait sur un espace extérieur aménagé ?

 

Une restitution architecturale du chapitre confirmée

À l’issue de l’opération de 1999, une proposition de restitution architecturale avait pu être réalisée. La mise au jour de l’essentiel des murs et des structures maçonnées encore en place (colonnes murales, piles centrales…) a permis de confirmer la restitution initialement proposée. La salle capitulaire de l’abbaye de Saint-Évroult est donc une salle rectangulaire orientée ouest-est, accolée au transept sud de l’église, composée de deux nefs divisées en quatre travées chacune. Les dimensions intérieures sont de 9 m de large sur 14,6 m de long.

Les fondations sont épaisses, entre 2,6 m pour les murs orientaux et occidentaux et 2,3 m de large pour le mur sud. La profondeur des fondations atteint 1,45 m pour le mur sud.

 

Trois piles centrales séparent les deux nefs. Leur fondation, de conservation inégale, est de forme rectangulaire de dimension environ 1,5 à 1,75 m par 2 m. Ces piles devaient supporter des voûtes en plein cintre qui reposaient ensuite sur les colonnettes murales, placées en vis à vis.

 

Ce plafond devait soutenir le dortoir situé au-dessus. La découverte de deux murs se prolongeant perpendiculairement à la pièce vers le sud ; l’un partant du centre du mur sud de la salle du chapitre, indique qu’un autre bâtiment lui était collé et surtout que l’étage ne devait pas recouvrir l’intégralité de l’espace.

 

En effet, il semble que la partie orientale du chapitre soit autonome et tournée vers l’extérieur de l’abbaye.

 

Deux contreforts ont été repérés sur la façade orientale de la salle. L’un est situé au milieu du mur est et devait servir de soutien, le second est un contrefort double venant renforcer l’angle sud-est de la salle.

 

Le décor architectural et les différents remaniements

Les nombreuses tranchées de récupération, bien qu’elles aient largement perturbé le site, ont livré un grand nombre de pièces lapidaires, d’éléments de terre cuite architecturale ou même de vitrail.

 

Les enduits peints issus des blocs lapidaires supposent une décoration de la pièce peinte de bandes blanche, jaune et rouge. Les nombreux pavés découverts indiquent une variété intéressante de décors, allant du motif floral, géométrique, mythologique ou encore animalier. Cet ensemble hétéroclite accompagné de la présence de fragments de plate-tombe, indiquent que ce sol devait s’organiser au grès de nombreuses réouvertures, liées à la pratique funéraire. Quelques proposition d’assemblages de pavements peuvent être faites.

 

Ces artefacts donnent également des indices sur les différentes périodes de restauration de la salle. Au vu des tombes présentent dans l’enceinte de la pièce, il semble que les fondations pourraient dater du XIe siècle. De plus, des éléments encore en place et des informations historiographiques, indiquerait, en revanche que le mur encore en élévation pourrait dater du XIIIe siècle, néanmoins, le dortoir s’effondre et est reconstruit à différentes époques. Ainsi, les éléments de voutains découverts confirment une restauration du plafond de la salle du chapitre vers la fin du Moyen Âge.

 

De même, la typologie du vitrail suggère, une réfection des fenêtres lors de la période mauriste.

 

Un lieu d’inhumation prisé

La fouille réalisée en 1999 a permis de découvrir la présence de seize tombes médiévales, sur l’équivalent d’un tiers de la pièce, ce qui induit une densité d’occupation non négligeable.

 

Si les tranchées réalisées au cours du xixe siècle ont largement perturbé les niveaux de sols de la salle du chapitre, la mise au jour de plusieurs sépultures au fond de ces tranchées de récupération, indique que les niveaux funéraires n’ont pas été totalement touchés.

 

La fouille d’un tiers de l’espace restant a révélé au moins trois phases d’occupation pour l’ensemble sépulcral. La première occupation daterait du VIIIe, soit de la fondation du monastère, un second ensemble serait contemporain de la première construction en dure du chapitre au xie siècle et enfin, les sépultures les plus récentes pourraient dater des XIIIe – XIVe siècles.

 

Il est difficile de connaître l’environnement des premières tombes, néanmoins, leur présence suppose que l’emplacement de l’abbaye primitive, jusqu’alors difficilement localisée, devait être sur le lieu même des ruines actuelles. Les campagnes à venir devraient permettre de fouiller le reste de l’ensemble funéraire et de peut être en savoir plus sur l’occupation antérieure.