Fouille de la villa gallo-romaine de Roullée-La Selle (Mont-Saint-Jean, Sarthe)

Un établissement en marge d'une zone de production sidérurgique

Présentation

Localisation et contexte

La villa gallo-romaine de Roullée/La Selle, située sur la commune de Mont-Saint-Jean, se trouve à environ 35 km au nord-ouest du Mans, dans le département de la Sarthe. L’établissement, de plan éclaté, est implanté de part et d’autre d’un petit ruisseau prenant sa source dans la forêt domaniale de Sillé-le-Guillaume, distante d’environ 600 m.

Les recherches menées depuis 2004 ont montré la présence d’une quarantaine de sites sidérurgiques concentrés dans la partie orientale de ce massif boisé. La principale phase d’activité de cette zone de production peut être située durant l’époque romaine, période durant laquelle une dizaine d’ateliers au moins produit chaque année plusieurs tonnes de fer (cf. projet sur les sites sidérurgiques de la forêt de Sillé). La villa de Roullée/La Selle voisine donc avec ces ateliers, d’importance majeure à l’échelle régionale.

Cet établissement, connu anciennement, est l’un des trois habitats antiques repérés dans ce secteur et le plus proche des ateliers de réduction du minerai de fer. Des fouilles menées en 1844 on permis la mise au jour d’une portion d’un bâtiment maçonné pourvu de salles aux sols de béton, dont une en abside ornée d’une mosaïque. Cette découverte, extrêmement rare pour la région, indique l’aisance du propriétaire. Cette apparente opulence interroge sur les revenus de cette exploitation agricole, implantée sur les sols pauvres et acides du Massif armoricain.

 

Problématique et questionnements

Depuis une quinzaine d’années, historiens et archéologues ont remis en cause le modèle selon lequel les aristocrates romains tiraient leur richesse des seules productions agricoles de leurs propriétés foncières. Loin du rejet affiché par Cicéron dans son célèbre De officiis, les maîtres de domaines, en Italie comme dans les provinces, ont investi dans la production manufacturière pour assurer leur enrichissement. L’exemple le plus significatif est celui de la production céramique, qu’elle concerne la sigillée, les amphores ou les tuiles et les briques.

Il est tout aussi probable que les propriétaires fonciers aient cherché à tirer profit des richesses naturelles de leurs terres, notamment des ressources minières et forestières. Dans ce cadre, la villa de Roullée/La Selle pourrait être le centre du domaine incluant tout ou partie des terres de l’actuelle forêt de Sillé, dont les ateliers de réduction dépendaient pour leur approvisionnement en bois. Quel que soit le système de gestion de ces ateliers (faire-valoir direct ou indirect) ou leur statut juridique, on peut supposer que le propriétaire des terrains exploités touchait une part non négligeable des revenus de ces officines. Cette hypothèse doit néanmoins être, si ce n’est prouvée, au moins confortée par les données archéologiques et notamment par la preuve de la stricte contemporanéité des ateliers et de la villa et la mise en évidence de liens entre l’établissement rural et la production sidérurgique (présence d’activités de forge par exemple).

C’est dans cette perspective qu’ont été reprises les recherches sur le site de Roullée/La Selle en 2008. Ce projet pluriannuel a pour but de définir la chronologie du site, de délimiter son extension, de déterminer l’état de conservation, d’acquérir des données pour établir sa fonction (en particulier sur les activités sidérurgiques réalisées au sein de l’établissement et enfin de mieux appréhender l’environnement naturel et archéologique du site.