Recherche programmée dans la crypte Saint-Martial (Limoges)

Depuis 2006, Éveha mène en collaboration avec la Ville de Limoges et la DRAC Limousin
un programme de recherche sur l'ensemble archéologique de la crypte archéologique.

Présentation

Étude des sarcophages et restauration (2014- en cours)

Les sarcophages de l’église Saint-Pierre-du-Sépulcre

Opération : Fouille programmée et restauration

 

Date d’intervention : 2014-2015

 

Responsable : Xavier Lhermite

 

Financement : Ville de Limoges – Ministère de la culture

 

Les recherches archéologiques programmées entreprises, avec le soutien de la DRAC et de la ville de Limoges, depuis 2006 au sein de la crypte archéologique Saint-Martial ont permis de réelles avancées sur la connaissance des deux églises accolées au nord de l’abbatiale du Sauveur : Saint-Pierre-du-Sépulcre et Saint-Benoît. L’église Saint-Pierre, édifice particulièrement complexe, est aujourd’hui mieux connue. Cette église n’est autre que la basilica de l’ensemble funéraire primitif, fondée par l’un des deux Rurice à la fin du Ve ou au début du VIe siècle. Décrite par Grégoire de Tours, elle fut partiellement conservée, malgré de très d’importantes modifications, jusqu’à la Révolution. L’étude du chevet, réalisée les années précédentes, a permis de déterminer au moins quatre grandes phases de construction/restauration de cet édifice du VIe au XVIe siècle.

Sur préconisation de la CIRA, il fut décidé d’orienter la présente campagne archéologique sur la poursuite de l’étude du chevet de l’église Saint-Pierre avec notamment la fouille des sarcophages disposés au sein de ce chevet. Cette fouille a été couplée à une campagne de restauration des sarcophages réalisée par l’atelier Esmoingt. L’ensemble de la manutention et du déplacement des blocs a été effectué par l’entreprise Blanchon.

La fouille des sarcophages a révélé des situations très différentes. Ils contenaient, pour la plupart, des inhumations individuelles d’adultes. L’étude anthropologique ainsi que les datations radiocarbones sont en cours. Notons néanmoins que deux sépultures ne possédaient aucun reste humain : la sépulture située au nord-est du chevet et surtout le sarcophage d’axe. Cette sépulture était constituée d’une cuve en pierre composée de quatre blocs de calcaire originellement reliés entre eux par des agrafes et fermée par un couvercle en calcaire présentant un profil en bâtière. À l’intérieur du sarcophage existait un cercueil en plomb. La fouille a révélé qu’il s’agissait en fait de morceaux de plusieurs cercueils en plomb (fig. 1). Rappelons que dans la partie proximale de cette sépulture existait un coffre à reliques (découvert vide dans les années 1960) présentant la forme d’un sarcophage miniature.

Par ailleurs, la fouille du chevet a révélé un deuxième niveau de sarcophages situé sous les cuves disposées dans la partie orientale de l’abside. Ces sépultures sont à une altitude voisine des cuves situées en partie ouest de l’abside et pourraient donc correspondre à un premier niveau d’inhumations.

Le déplacement des sarcophages, en vue de leur restauration, a entrainé la mise au jour de maçonneries jusqu’alors en partie cachées. Cela permit notamment de confirmer les différents états du chevet et notamment les deux états de l’abside.

Enfin, le déplacement du sarcophage d’axe a révélé l’existence d’une tombe maçonnée située en-dessous et constituant un état plus ancien de cette sépulture. Elle permet de préciser des éléments de chronologie puisqu’elle semble aménagée au sein du premier état de l’abside mais fut détruite par les fondations du deuxième état de l’abside.

Ainsi la chronologie relative de la construction de Saint-Pierre s’est trouvé confirmée par les découvertes réalisées cette année. Néanmoins, il faut noter que la disposition des sarcophages au sein de l’édifice se fit en plusieurs étapes révélant notamment que le sarcophage d’axe – qui pourrait n’avoir jamais eu qu’une fonction de cénotaphe – n’était que le deuxième état de la sépulture privilégiée.

Sondages Place de la République (2014)

Opération : Fouille programmée

 

Date d’intervention : 2014

 

Responsable : Xavier Lhermite

 

Financement : Ville de Limoges – Ministère de la culture

 

À sa mort, sans doute dans la première moitié du IVe siècle, saint Martial fut inhumé dans une nécropole établie à l’emplacement d’anciens quartiers de la ville du Haut-Empire. Cette nécropole, située dans le secteur de l’actuelle place de la République, demeura l’un des principaux lieux de sépulture de la ville au moins jusqu’au VIIIe siècle. Tôt considéré comme saint, Martial bénéficia d’un culte et une communauté s’établit autour de son tombeau. Cette communauté était déjà bien structurée dans le courant du VIe siècle. Une église funéraire, Saint-Pierre-du-Sépulcre, avait alors été bâtie en lien avec le mausolée abritant le tombeau du saint. En 848, avec l’appui des souverains carolingiens, les clercs de Saint-Martial fondèrent une abbaye. Une église dédiée au Sauveur fut alors construite à côté de l’ensemble funéraire pour servir d’église abbatiale. C’est au sein de cette église que Charles-le-Chauve fit sacrer son fils Charles-l’Enfant roi d’Aquitaine. L’abbaye Saint-Martial devint l’un des grands centres culturels de l’Aquitaine aux Xe et XIe siècles. L’abbatiale fut alors reconstruite dans le courant du XIe siècle selon un parti architectural ambitieux faisant de l’église du Sauveur l’une des grandes églises romanes du XIe siècle. Ce monument, conservé jusqu’à la Révolution, fut alors vendu comme bien national et détruit pour servir de carrière de pierre.

 

Depuis 2006, une équipe d’Éveha a lancé, avec le soutien de la DRAC et de la mairie de Limoges, un projet de recherche sur la crypte Saint-Martial. En plus d’une relecture des vestiges visibles au sein de la crypte archéologique, les questions se sont posées sur le potentiel archéologique tant au sein de la crypte que dans ses abords immédiats. Une surveillance accrue des abords du site a déjà permis des suivis de travaux en 2010 et 2012 permettant des découvertes intéressantes sur le parement extérieur du mausolée de Saint-Martial, l’abbatiale du Sauveur ou la salle capitulaire. Néanmoins, les fenêtres ouvertes alors étaient réellement petites et les opérations réalisées dans l’urgence. Aussi, un projet d’investigation archéologique pour connaître le niveau d’apparition des vestiges de l’abbaye et leur état de conservation fut-il envisagé. Six sondages furent prévus, en accord avec la DRAC et la Ville de Limoges, mais cinq seulement ont été réalisés, et l’un d’eux fut reporté, afin de ne pas gêner l’activité du café situé à l’angle sud-ouest de la place de la République, puis finalement annulé. Au total, quatre sondages ont été réalisés à l’emplacement de l’abbatiale du Sauveur et un au niveau de l’enceinte abbatiale.

 

Le sondage situé à l’ouest de la rue Saint-Martial et qui visait à repérer les parties orientales de la nef du Sauveur dut être réduit en dimension du fait de la présence de nombreux réseaux et finalement s’est avéré négatif. Sa petite surface et la faible profondeur à laquelle il fut possible de descendre explique certainement cet état de fait. Les vestiges sont peut-être conservés à une profondeur plus importante.

 

Un sondage réalisé au milieu de la rue Saint-Martial a permis la mise au jour de tombes appartenant à la nécropole de Saint-Martial mais aussi de nombreuses maçonneries d’époque pré-romane et romane. Parmi ces murs, certains pourraient être rattachés à l’église carolingienne du Sauveur. D’autres semblent appartenir aux fondations de l’église abbatiale romane. Cependant, les différents murs et fondations de piliers qui peuvent être rattachés à la période romane témoignent de plusieurs états de construction.

 

Les parties orientales de l’église furent découvertes dans deux sondages. Dans l’un, situé au devant de l’entrée de la crypte archéologique, furent perçus la chapelle du bras nord du transept, le mur oriental du transept, le mur du déambulatoire et la première chapelle rayonnante nord. Dans l’autre, situé dans l’angle nord-ouest de la place Fournier, furent mis au jour en plus d’une partie du mur du déambulatoire, le mur de la chapelle d’axe et des vestiges du mur de la chapelle disposée immédiatement au sud de celle-ci. Les vestiges se sont trouvés en cohérence avec les plans du XVIIIe siècle de l’abbatiale. Cependant, situés sous le niveau de sol de l’abbatiale romane, les murs présentaient un parement très soigné et même des trous de boulins sur le parement intérieur du déambulatoire. Cela semble suggérer qu’il s’agit là d’élévations ; aussi convient-il d’estimer qu’une crypte architecturale se développait sous le chevet de l’édifice. Des vestiges d’un contrefort établi contre le chevet en 1479 et un fragment de maçonnerie de la chapelle des Bastides élevées entre 1539 et 1541 furent également mis au jour.

Étude de bâti (2013)

L’église Saint-Pierre-du-Sépulcre et ses abords

Opération : Fouille programmée

 

Date d’intervention : 2012

 

Responsable : Xavier Lhermite

 

Financement : Ville de Limoges – Ministère de la culture

 

Une importante nécropole existait, au Bas Empire, autour de l’actuelle place de la République à Limoges. Au sein de cette nécropole plusieurs mausolées devaient prendre place. Deux sont aujourd’hui connus. L’un d’entre eux abrita, sans doute dès le Ve siècle, un culte à saint Martial, le premier évêque de Limoges. Une communauté de clercs desservait ce tombeau au moins depuis le vie siècle. C’est probablement à cette époque qu’une église funéraire dédiée à saint Pierre fut établie à l’est de la memoria. Autour de cet ensemble funéraire fut fondée, en 848, l’abbaye Saint-Martial qui devint l’un des grands centres religieux d’Aquitaine. De l’important ensemble de bâtiments composant l’abbaye, seuls des vestiges de la memoria, de l’église Saint-Pierre-du-Sépulcre lui étant associée, de la chapelle de l’infirmerie dédiée à saint Benoît et du cloître de l’infirmerie furent mis au jour lors des fouilles archéologiques des années 1960. Ils sont, depuis, conservés au sein d’une crypte archéologique.

Depuis 2006, une reprise des études a été effectuée. L’objectif primitif de ces opérations était de mettre à jour l’ensemble des données sur le site. Dans ce cadre ont été réalisés, depuis 2006, le récolement de la documentation existante, un plan complet des vestiges, un catalogue des éléments lapidaires, un inventaire des sépultures ainsi qu’une étude de bâti et une analyse des anciennes stratigraphies portant sur les secteurs de Saint-Pierre et de Saint-Benoît.

Les objectifs de la campagne de fouille de cette année ont été définis lors d’une réunion de travail avec Brigitte Boissavit-Camus, Charles Bonnet et Christian Sapin. Il fut décidé d’axer les recherches vers un achèvement de l’étude du chevet de Saint-Pierre-du-Sépulcre. L’optique de l’étude n’était donc plus seulement, comme les autres années, de relire les vestiges tels qu’ils ont été laissés lors de l’arrêt des fouilles dans les années 1970, mais bien de répondre à un certain nombre de questions sur l’évolution du chevet de l’église dédiée à saint Pierre.

 

La reprise des études sur Saint-Pierre-du-Sépulcre a permis de préciser de nombreux points de détail sur les dispositions du mur sud de la nef et sur l’évolution du chevet. Parmi les données nouvelles, notons la mise au jour, contre le mur oriental, à l’extérieur, des fondations d’un contrefort disposé dans l’axe de l’édifice. Ce contrefort fut vraisemblablement mis en place lors de la construction ou de la reconstruction de l’abside au sein du chevet primitif, carré, de l’édifice.

Le démontage de l’autel du XVIIIe siècle a été réalisé, en accord avec le Service régional de l’archéologie dans le but d’étudier la sépulture privilégiée située dans l’axe de l’édifice. Cette opération s’est accompagnée d’une série de relevés réalisés à chaque passe du démontage et a été prolongée par une étude de cet aménagement et des dispositions liturgiques de l’édifice aux différentes époques.

La sépulture privilégiée a été étudiée en détail. Sa fouille a néanmoins été différée en raison du mauvais état de conservation de la cuve. A l’intérieur du sarcophage, dont la cuve et le couvercle en bâtière sont en calcaire, prend place un second sarcophage en plomb. Ce système semble avoir été anciennement perturbé par la mise en place d’un sarcophage miniature ayant sans doute une fonction de dépôt de reliques. Ce sarcophage miniature a été retrouvé vide par les fouilleurs des années 1960. La tombe avait subi des modifications : l’extrémité ouest du couvercle en calcaire avait été buchée et remplacée par une couverture mixte constituée d’une dalle bordée de briques. L’enlèvement du massif d’autel a confirmé l’hypothèse d’une mise en place précoce de cette sépulture, l’abside de l’édifice, dotée de pilastres ayant été bâtie contre le sarcophage. Notons que cette sépulture présente un important pendage est-ouest qui n’est, pour l’instant, pas expliqué.

Les autres sarcophages disposés dans l’abside soulèvent de nombreuses questions du fait de leur répartition (un seul est présent dans la partie sud de l’abside) ou de leur altitude (les deux sarcophages situés à l’ouest sont situés à une altitude beaucoup plus basse). Les questions de la mise en place des sarcophages et de leur disposition ont entrainé une réflexion sur les niveaux de sol au sein de l’abside. Une étude des niveaux de sols a également été menée à l’extérieur du chevet en s’appuyant sur les altitudes des différentes inhumations connues.

Un sondage a enfin été réalisé à l’est du chevet de Saint-Pierre-du-Sépulcre. La documentation ancienne pouvait laisser penser que le substrat avait été perçu au droit du chevet de l’église. Or, le nettoyage de surface des couches récentes a révélé, en plus du contrefort inédit déjà évoqué, des couches archéologiques en place. Deux sépultures en coffrage de terres cuites architecturales ont été mises au jour. Une fouille de ces inhumations de la nécropole du Bas-Empire pourrait être envisagée lors d’une prochaine campagne. Mais surtout, un système complexe de conduit hydraulique fut mis au jour. Cet aménagement se composait de pierres de caniveau antique recouvertes par un système de dalles de gneiss placées au sein d’un substrat sableux très compacté servant à assurer l’étanchéité. D’origine ancienne (antique ou tardo-antique) cet aménagement connut une longue période d’utilisation comme l’indique l’existence d’une restauration dans le courant du Moyen Âge. Un autre conduit existe dans la crypte, au sein de la memoria. Ce dernier a été identifié avec l’évacuation du rivulus ayant inondé le sépulcre de saint Martial en 1122. En dépit de la grande distance séparant les deux conduits existant dans la crypte, leur disposition selon un même axe et l’existence d’un pendage cohérent (2%) entre ces deux éléments pourraient permettre de les associer au sein d’une même structure. Si tel était le cas, il faudrait admettre que, contrairement à ce que dit la chronique médiévale, il ne s’agirait pas alors d’une création ex nihilo mais bien de travaux sur un conduit existant.

Étude de bâti (2011)

Les églises Saint-Pierre-du-Sépulcre et Saint-Benoît

Opération : Fouille programmée

 

Date d’intervention : 2011

 

Responsable : Xavier Lhermite

 

Financement : Ville de Limoges – Ministère de la culture

 

Grand centre religieux et culturel d’Aquitaine, l’abbaye Saint-Martial avait été élevée autour du Sépulcre de l’évangélisateur de Limoges et de l’église funéraire lui étant associée. Ces constructions furent conservées et continuellement réaménagées jusqu’à la Révolution. De l’important ensemble monastique qui s’élevait à cet emplacement, seuls les vestiges du sépulcre et de la basilique funéraire dédiée à saint Pierre ainsi que ceux de la chapelle Saint-Benoît et des éléments du cloître de l’infirmerie furent mis au jour lors des fouilles archéologiques des années 1960. Ils sont, depuis, conservés au sein d’une crypte archéologique située place de la République.

En 2006, une reprise des études a été effectuée dans le cadre d’un Projet collectif de recherche de façon à mettre à jour l’ensemble de la documentation sur le site. Dans ce cadre ont été réalisés depuis 2006, le récolement de la documentation existante, la réalisation d’un plan complet et précis de l’ensemble des vestiges, un catalogue des éléments lapidaires, un inventaire des sépultures et une étude de bâti portant sur les secteurs des églises Saint-Pierre-du-Sépulcre et Saint-Benoit.

La campagne réalisée cette année dans le cadre d’une fouille programmée a eu pour but de compléter les informations collectées lors de l’étude de bâti par une prise en compte des stratigraphies conservées au sein de la crypte archéologique. Pour cela des sondages situés dans les chevets des églises, réalisés dans les années 1960 mais dont la stratigraphie n’avait pas été étudiée, ont été vidés des remblais amenés lors de l’aménagement de la crypte et leurs coupes ont été redressées. De la même façon, deux des creusements des piliers béton soutenant la crypte ont eu leurs bords rectifiés afin de relever les stratigraphies percées par ces aménagements. Différentes coupes ont par ailleurs été redressées ou même seulement nettoyées afin de pouvoir être relevées. Enfin, des secteurs ont été dégagés des remblais récents les recouvrant afin de pouvoir être appréhendés en plan.

Les résultats obtenus sont riches. Au sein de la nef de l’église Saint-Pierre, le substrat avait été transpercé sur l’ensemble de la zone par les terrassiers lors de la création de la crypte archéologique. Cependant, si aucun niveau archéologique n’est conservé au-dessus du rocher, le nettoyage a révélé plusieurs fosses appartenant sans-doute à la nécropole primitive.

Au nord et à l’est du site, les niveaux d’occupations témoignant d’activités artisanales et domestiques ont été réétudiés à travers les vestiges perceptibles dans les coupes. Des zones de foyers au sein desquels ont été mis au jour tout à la fois des fragments de cuivre et des graines pourraient témoigner d’une utilisation mixte de ces structures.

Le sondage du chevet de l’église Saint-Pierre a permis de préciser les différentes étapes de construction et de remblais nécessaires à la création de l’édifice. Les perturbations de ces remblais par des creusements plus tardifs pour l’implantation des sarcophages ou lors des différentes restaurations du chevet ont également été identifiées. Le nettoyage du mur oriental de l’église a par ailleurs permis de confirmer nos hypothèses sur l’évolution du chevet notamment par la découverte d’une colonnette située à l’angle sud-est du premier état du chevet, pendant de celle identifiée lors de nos précédentes campagnes dans l’angle nord-est.

L’évolution du chevet de Saint-Benoît est par ailleurs mieux perçue. D’importants remblais auraient été nécessaires pour la mise en place de l’édifice roman. Au sein du niveau de sol de cet état roman, conservé en partie, se perçoit l’emplacement de la clôture de chœur. La reprise gothique de l’église semble avoir été plus importante que nous ne l’avions estimé l’an dernier, les massifs de fondations des piliers et toutes les substructions nord de l’abside pourraient en effet appartenir à l’époque gothique.

Enfin, des éléments nouveaux sont apparus sur les bâtiments conventuels par la mise au jour de deux maçonneries qui correspondent à différents états des contreforts de l’aile orientale du grand cloître.

Étude de bâti (2011)

Les églises Saint-Pierre-du-Sépulcre et Saint-Benoît

Opération : Projet collectif de recherche

 

Date d’intervention : 2010-2011

 

Responsable : Julien Denis

 

Opération menée par : Xavier Lhermite et Angélique Marty

 

Financement : Ville de Limoges – Ministère de la culture

 

Commencées en 2006, les études, entreprises dans le cadre du Projet collectif de recherche « Relecture archéologique de l’abbaye Saint-Martial de Limoges », ont consisté cette année en une étude des maçonneries situées à l’emplacement du cloître de l’infirmerie et des églises Saint-Pierre et Saint-Benoît. Après un nettoyage des vestiges, ont été réalisés des relevés pierre à pierre au 1/20e, un enregistrement de l’ensemble des murs conservés et une campagne photographique.

Des données inédites sont apparues dès le nettoyage. Ainsi, des éléments lapidaires, dont un fragment de bassin en serpentinite, ont été mis au jour dans le comblement des puits établis pour implanter les piliers bétons de la crypte archéologique. Plus étonnant, les vestiges d’une sépulture non fouillée ont été découverts sur l’arase de l’un des murs de la crypte. Par ailleurs, l’enlèvement des pierres posées sur le mur oriental de l’église Saint-Pierre dans les années 1960 a permis la découverte d’une porte établie tardivement (Époque moderne). Enfin, une maçonnerie, très arasée et située dans la partie occidentale du cloître, remise au jour lors du nettoyage, pourrait être un ancien contrefort des bâtiments conventuels.

L’étude a surtout permis de mieux phaser l’ensemble du site même si de nombreuses questions demeurent en suspens. Les vestiges d’un paléosol et des aménagements anciens (antérieurs au VIe siècle) ont été mis en évidence. Par ailleurs, les bâtiments antérieurs aux deux églises et au cloître, identifiés depuis les fouilles, ont été un peu mieux appréhendés. En effet, les murs arasés lors de la construction des églises, loin d’être uniformes dans leur facture, montrent, au contraire, de grandes différences dans leur mise en œuvre et d’importantes reprises. Les bâtiments édifiés au sein de la nécropole avant la construction des églises ont donc sans doute connus plusieurs états. Peu d’éléments permettent de retracer de façon satisfaisante l’évolution de ces constructions. Néanmoins, les vestiges semblent structurés autour d’un grand bâtiment d’axe nord-sud, peut-être doté d’annexes.

Nos connaissances ont surtout progressé sur l’église Saint-Pierre dont quatre états distincts ont pu être mis en évidence pour les parties orientales. Un premier chevet carré (Ve-VIe s.?), décoré sur son mur oriental de colonnettes plaquées, accueillait en son centre un sarcophage ayant reçu un dépôt de reliques. Au sein de ce chevet fut implantée une abside (VIIe s. ?). Celle-ci fut arasée en grande partie pour la construction d’une nouvelle abside (Xe-XIe s.?) toujours établie au sein de l’ancien chevet. Enfin, des travaux de la fin XVe ou du début XVIe siècle se sont traduits par le percement de nouvelles ouvertures, la mise en place de contreforts biais et peut-être une réfection du voûtement.

Le croisement de ces données avec celles acquises lors de l’étude lapidaire permet de proposer une restitution de l’élévation du chevet de l’édifice. Le reliquaire monumental disposé, sans doute dès le premier état, contre le mur oriental et dans l’axe de l’édifice, semble avoir été préservé et mis en valeur lors des différentes phases de construction de l’époque médiévale. Il ne fut détruit qu’à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle lors de l’établissement d’un autel contre le mur oriental. De la nef, peu d’éléments sont conservés. L’extrémité ouest de son mur sud pourrait appartenir à une phase de travaux différente des quatre états mis en évidence dans le chevet.

De l’église Saint-Benoît plusieurs éléments sont bien perçus. Un niveau de sol en béton de tuileau témoigne incontestablement de l’existence d’un bâtiment antérieur (VIe siècle). Au-dessus de ce sol, un important apport de terre a vraisemblablement eu pour but de rehausser les niveaux de circulation lors de la création de l’église Saint-Benoît au plus tard pendant la période romane. Plusieurs sols sont visibles au-dessus de ce remblai. Sur ces maçonneries, arasées, fut reconstruite l’église entre 1220 et 1224. Le sol gothique n’est pas conservé mais plusieurs éléments permettent encore de le situer en altitude.

Un bâtiment, dont la fonction reste à définir précisément, s’appuyait contre le chevet des deux églises. Ces murs furent mis au jour lors du creusement du parking souterrain. Seul un mur de fondation présentant un arc de décharge à l’est de Saint-Pierre et le piédroit d’une ouverture conservé dans le mur oriental de Saint-Benoît témoigne encore de son existence. La présence de ce bâtiment explique de nombreuses ruptures dans les maçonneries des deux églises.

L’étude du mur bahut du cloître s’est, là aussi, révélée riche d’enseignements. En effet, il fut établi sur des maçonneries arasées qui n’avaient jusqu’alors jamais été mentionnées : elles témoignent d’une occupation antérieure à la construction du cloître de l’infirmerie. Ce mur bahut présente, par ailleurs, de nombreuses reprises difficiles à interpréter du fait de la conservation de couches archéologiques contre ces vestiges.

Les études à venir devraient porter sur la prise en compte de l’ensemble des stratigraphies conservées de ce secteur. Les anciens sondages, effectués dans les chevets des deux églises et rebouchés lors de la mise en valeur de la crypte, devront pour cela être vidés et les coupes de ces sondages redressées. Cela permettra, par ailleurs, de rendre visible des parties aujourd’hui cachées de plusieurs murs et ainsi de poursuivre l’étude de bâti.

Étude lapidaire (2008)

Opération : Projet collectif de recherche

 

Date d’intervention : 2007-2008

 

Responsable : Julien Denis

 

Étude lapidaire : Thomas Creissen, Xavier Lhermite

 

Financement : Ville de Limoges – Ministère de la culture

 

Une étude des éléments lapidaires provenant du site de l’abbaye Saint-Martial a été entreprise dans le cadre du Projet collectif de recherche (PCR) « Relecture archéologique de l’abbaye Saint-Martial de Limoges ».

 

Des éléments sculptés provenant de l’abbaye intégrèrent progressivement les collections du musée de l’Évêché au cours des XIXe et XXe siècles. Cependant, les pierres furent, pour la plupart, mises au jour lors des fouilles de sauvetage entreprises dans les années 1960 et lors du suivi de chantier de construction d’un parking souterrain place de la République. Elles sont conservées en partie sur le site et en partie au musée de l’Évêché.

 

Aucune étude d’ensemble des éléments lapidaires n’avait été réalisée. L’inventaire porte sur 496 pierres issues du site de l’abbaye. Le corpus ainsi créé, encore non exhaustif, est appelé à être complété dans les années à venir.

 

Pour chaque élément lapidaire ont été réalisés sur le terrain une fiche d’inventaire, une couverture photographique, le dessin des faces principales (à l’exception des chapiteaux provenant du Sauveur et des pierres conservées au musée de l’Évêché), l’étude géologique (pour 379 pierres) et la numérotation (les numéros ont été reportés seulement sur les pierres conservées dans la crypte archéologique).

 

L’étude a permis de nombreuses constatations intéressantes. Des éléments antiques de grandes dimensions témoignent de monuments importants de l’Antiquité. Ces pierres étaient peut-être remployées dans les constructions médiévales.

 

La découverte de nombreux éléments de plaquage en marbre (près de 70) provenant des fouilles des années 1960 révèle la richesse de la décoration murale sur le site au cours de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge.

 

De riches ensembles de pierres ont été étudiés qu’il s’agisse de fragments de décor, d’éléments de mobilier liturgique ou même de pierres provenant d’aménagements hydrauliques, de meules et de mortiers.

 

L’étude des différents fragments a permis des apports sur l’architecture de l’abbaye. De nombreuses pierres ont ainsi pu être attribuées à certains bâtiments (église Saint-Pierre-du-Sépulcre, chapelle Saint-Benoît, grand cloître, chapelle du cimetière). Des éléments architecturaux ont été restitués notamment une baie géminée présentant un écoinçon à jour et un escalier de la fin du Moyen Âge. Par ailleurs, des hypothèses de restitution ont pu être émises pour le remplage flamboyant de la baie de Saint-Pierre-du-Sépulcre.

 

L’étude a encore révélé des restes très fragmentaires mais tout à fait intéressants de polychromie notamment sur certaines nervures de voûte. Plus anecdotique, mais excessivement précieux, des graffiti d’époque moderne ont pu être observés sur un chapiteau en serpentinite.

 

Topographie du site et Inventaire de la documentation ancienne (2006)

 

Opération : Projet collectif de recherche

 

Date d’intervention : 2007-2008

 

Responsable : Julien Denis

 

Étude topographique : Isabelle Rougier (Hadès) et Boris Hollemaert

 

Financement : Ville de Limoges – Ministère de la culture

 

La crypte archéologique de la place de la République abrite les vestiges d’une partie de l’ancienne abbaye Saint-Martial. Ces vestiges (sépulcre de saint, Martial, Saint-Pierre-du-Sépulcre et la chapelle Saint-Benoît) sont le résultat de plusieurs campagnes de fouilles menées de 1960 à 1974 dans des conditions très diverses.

Plus de 40 ans après la découverte du sépulcre et des édifices attenants, il est apparu opportun à la Direction Régionale des Affaires Culturelles (Service Régional de l’Archéologie et Conservation Régionale des Monuments Historiques) de procéder à une relecture archéologique et stratigraphique de l’ensemble des données disponibles.

La première tranche de travaux, menée en 2006, a consisté en la réalisation d’un nouveau plan masse des vestiges de la crypte et en un inventaire des documents et archives des anciennes campagnes de fouilles réalisées de 1960 à 1974.

Durant cette période, une quantité importante de documents a en effet été générée pour l’enregistrement des données issues de la fouille. Cette documentation est cependant inégale selon les campagnes de fouilles : en 1960, l’enregistrement des données se fait essentiellement sous la forme de longues descriptions, de quelques croquis et de photographies. A partir de 1963, et surtout en 1966 et 1967, le système d’enregistrement évolue, en intégrant une numérotation des structures (murs, sépultures), et en mettant en place un carroyage pour localiser les différents éléments observés. Enfin, à partir de 1972, avec la reprise en main du chantier par la Direction des Antiquités Historiques du Limousin, on assiste à la mise en place d’un véritable système d’enregistrement stratigraphique.

Le travail d’inventaire a permis de reconnaître plus d’un millier de documents (1028), parmi lesquels on trouve 905 documents distincts. On trouve une grande part de photographies, mais également des plans, des cahiers de fouille ou des fiches d’enregistrement. Les collections sont soit des collections publiques (Service Régional de l’Archéologie, Archives municipales de Limoges, Musée municipal de l’Évêché), soit des collections privées (essentiellement d’anciens fouilleurs).