{"id":2213,"date":"2022-03-14T14:07:35","date_gmt":"2022-03-14T13:07:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eveha.fr\/?p=2213"},"modified":"2022-03-14T14:29:10","modified_gmt":"2022-03-14T13:29:10","slug":"annecy-74-36-chemin-des-fins-nord-jardin-dolga","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eveha.fr\/index.php\/2022\/03\/14\/annecy-74-36-chemin-des-fins-nord-jardin-dolga\/","title":{"rendered":"ANNECY (74) &#8211; 36 chemin des fins Nord -Jardin d&rsquo;Olga"},"content":{"rendered":"\n<p> Les 2150 m\u00b2 d\u00e9cap\u00e9s dans le cadre du projet de construction d\u2019un immeuble de logements et de plusieurs niveaux de parkings souterrains, initi\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 SA MGM, font suite \u00e0 un diagnostic r\u00e9alis\u00e9 en juin 2021. Notre op\u00e9ration de fouille, men\u00e9e  du 17 janvier au 04 mars 2022, a permis d\u2019inventorier pr\u00e8s de 260 vestiges arch\u00e9ologiques r\u00e9partis sur plusieurs phases d\u2019occupation, circonscrites entre la fin du Ier s. av. et le IIIe s. ap. J.-.C.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;environnement du site<\/h4>\n\n\n\n<p>Implant\u00e9e \u00e0 46 km de Gen\u00e8ve et 50 km de Chamb\u00e9ry, le site du 36 Chemin des fins Nord \u2013 dit des \u00ab&nbsp;Jardins d\u2019Olga&nbsp;\u00bb en m\u00e9moire d\u2019une ancienne propri\u00e9taire &#8211; est situ\u00e9 au niveau de la plaine des Fins, dans la partie septentrionale de l\u2019agglom\u00e9ration romaine de <em>Boutae<\/em>, sur la commune d\u2019Annecy.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019agglom\u00e9ration secondaire de <em>Boutae<\/em>, <em>vicus <\/em>probablement situ\u00e9e dans le <em>pagus<\/em> <em>appolin<\/em> (<em>is<\/em> ou <em>aris<\/em>) de la Cit\u00e9 de Vienne (<em>ILHS<\/em>, 2), est particuli\u00e8rement renseign\u00e9e dans la partie m\u00e9ridionale de la plaine des Fins, \u00e0 environ 1 km au nord du centre actuel d\u2019Annecy et pourrait s\u2019\u00e9tendre sur une superficie d\u2019une trentaine d\u2019hectares. Implant\u00e9e durant la seconde moiti\u00e9 du I er s. av. n.\u00e8., l\u2019essor de la ville est sans doute \u00e0 mettre en corr\u00e9lation avec la mise en place du r\u00e9seau viaire d\u00e8s l\u2019\u00e9poque august\u00e9enne. Consid\u00e9r\u00e9 ult\u00e9rieurement comme la station \u00ab<em>&nbsp;Ad Bautas<\/em>&nbsp;\u00bb cit\u00e9e dans l\u2019itin\u00e9raire d\u2019Antonin, le bourg se d\u00e9veloppe autour de trois voies importantes qui m\u00e8nent au nord \u00e0 Gen\u00e8ve, au sud vers l\u2019Italie par Faverges et le col du Petit Saint-Bernard et \u00e0 l\u2019ouest, via Aix-les-bains, \u00e0 Vienne, chef lieu de la cit\u00e9 allobroge.<\/p>\n\n\n\n<p>Le site du 36 Chemin des Fins Nord se trouve \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie nord de l\u2019occupation de <em>Boutae<\/em>. Ce secteur est traditionnellement interpr\u00e9t\u00e9 comme le <em>suburbium<\/em> du <em>vicus<\/em> pour la premi\u00e8re moiti\u00e9 du I er si\u00e8cle. Il sera au c\u0153ur d\u2019un espace dens\u00e9ment urbanis\u00e9 \u00e0 partir de la fin de ce si\u00e8cle, possiblement entre un \u00ab complexe sacr\u00e9 septentrional \u00bb et le forum, construit  \u00e0150 m au sud-ouest de l\u2019emprise investigu\u00e9e.  <\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un r\u00e9seau viaire bord\u00e9 de foss\u00e9s<\/h4>\n\n\n\n<p>Les vestiges inventori\u00e9s au cours de l\u2019op\u00e9ration permettent d\u2019\u00e9largir la chronologie mais aussi l\u2019\u00e9tendue de la ville du Haut-empire. En effet, d\u00e8s les premi\u00e8res phases de l\u2019occupation, le site appara\u00eet structur\u00e9 par un premier r\u00e9seau viaire dont ne subsistent que les foss\u00e9s bordiers, lesquels ont vraisemblablement \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s au d\u00e9but de la p\u00e9riode august\u00e9enne \u00e0 en juger par les sigill\u00e9es italiques attribuables au service 2 de ce r\u00e9pertoire, d\u00e9couvertes sur les parties sommitales de leur comblement (<strong>Fig.1<\/strong>). \u00c0 ce mobilier s\u2019ajoute la d\u00e9couverte d\u2019ossements humains d\u2019un individu adulte, retrouv\u00e9s sans connexion, qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9limit\u00e9s par deux gros blocs calcaires (<strong>Fig.1 et Fig.2&nbsp;: n\u00b01<\/strong>). Ils ont \u00e9t\u00e9 mis au jour dans la phase inf\u00e9rieure du comblement du foss\u00e9 sud de la voie secondaire, en pr\u00e9sence de c\u00e9ramiques non tourn\u00e9es et de restes de faune. Ces rejets d\u2019os humains renvoient \u00e0 des pratiques indubitablement li\u00e9es chronologiquement aux coutumes des IIe et Ier s. avt. Les datations 14C permettront de trancher sur l\u2019origine de cette premi\u00e8re phase. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce premier r\u00e9seau d\u2019orientation nord-sud est compos\u00e9 d\u2019un axe d\u00e9limit\u00e9 par des foss\u00e9s. <strong>Il pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le premier horizon de l\u2019un des axes structurant de<\/strong><em><strong> Boutae, <\/strong><\/em><strong>orient\u00e9 sur la direction de celui <\/strong><em><strong>Genava<\/strong><\/em><strong>.<\/strong> Il s\u2019articule sur l\u2019emprise avec une voie d\u2019orientation SO\/NE qui se poursuit au-del\u00e0 de ses bermes orientales. Les niveaux de circulation de ce premier r\u00e9seau, probablement en terre, ne nous sont pas parvenus (<strong>Fig.1&nbsp;: r\u00e9seau 1<\/strong>). Il semble avoir \u00e9t\u00e9 rapidement remplac\u00e9 au cours de la p\u00e9riode august\u00e9enne par un nouveau r\u00e9seau, dont l\u2019axe secondaire, toujours mat\u00e9rialis\u00e9 par des foss\u00e9s, se d\u00e9cale au nord, tandis que la voie de Gen\u00e8ve se serait transform\u00e9e en un vaste chemin creux dont l\u2019emprise recoupe les vestiges du premier trac\u00e9. L\u2019\u00e9largissement du foss\u00e9 septentrional de la voie secondaire, dans lequel l\u2019eau semble avoir stagn\u00e9, pourrait \u00eatre \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vacuation des eaux de la voie de Gen\u00e8ve (<strong>Fig.1&nbsp;: r\u00e9seau 2<\/strong>). Le conduit et le pendage qui les raccordent confirment cette fonction et pourraient expliquer \u00e0 eux seuls la r\u00e9fection du r\u00e9seau, \u00e9videmment li\u00e9e \u00e0 la transformation de l\u2019axe menant \u00e0 Gen\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un embellissement des abords de la voie<\/h4>\n\n\n\n<p> Ces deux premiers r\u00e9seaux sont \u00e0 associer \u00e0 des constructions l\u00e9g\u00e8res sur poteaux, in\u00e9galement conserv\u00e9es, ainsi qu\u2019\u00e0 des fosses de rejets et d\u2019extraction. On notera qu\u2019ils d\u00e9limitent vraisemblablement un chemin en terre, pr\u00e9sentant un axe l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rent de celui du <em>decumanus<\/em> (F64) et de l\u2019empierrement de la voie de Gen\u00e8ve (<strong>Fig. 1<\/strong>). Cette troisi\u00e8me phase d\u2019am\u00e9nagement signe une phase d\u2019embellissement. Elle est mat\u00e9rialis\u00e9e par un mur de sout\u00e8nement au sud, avec un am\u00e9nagement bordier empierr\u00e9 au nord, install\u00e9 au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 Ier s. (<strong>Fig.1&nbsp;: r\u00e9seau 3&nbsp;; Fig.2 n\u00b02<\/strong>). Il pr\u00e9sente un pendage d\u2019ouest en est ainsi que diff\u00e9rents niveaux de recharges en galets dat\u00e9s entre le Ier et le IIIe s. Un puissant chasse-roue a \u00e9t\u00e9 implant\u00e9 \u00e0 sa jonction avec la voie de Gen\u00e8ve tandis qu\u2019\u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 NO, une sorte de place aurait \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9e avant de dispara\u00eetre au cours du Haut-Empire, vraisemblablement lors de l\u2019installation des ateliers m\u00e9tallurgiques reconnus sur les niveaux sus-jacents (<strong>Fig.1 et 2, n\u00b03<\/strong>). Cette \u00ab&nbsp;placette&nbsp;\u00bb pourrait avoir desservi un b\u00e2ti en dur (F68, F225, F78), mais son plan nous est parvenu de fa\u00e7on trop lacunaire pour \u00eatre identifiable (<strong>Fig.1<\/strong>). Elle est sans doute contemporaine de l\u2019installation d\u2019un puissant radier de galets se d\u00e9veloppant en sym\u00e9trie dans l\u2019angle SO du <em>decumanus<\/em> et de la voie de Gen\u00e8ve. Ce soubassement pourrait avoir accueilli une construction massive \u00e0 la jonction de l\u2019angle SO des axes viaires mais reste toutefois d\u2019interpr\u00e9tation incertaine (<strong>Fig.1 et 2, n\u00b04<\/strong>). Comme les ma\u00e7onneries bordant la voie s\u2019installent sur son emprise, il est possible qu\u2019elles le remplacent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Du mobilier associ\u00e9 aux voies<\/h4>\n\n\n\n<p>La jonction de ce premier niveau des deux voies empierr\u00e9es a par ailleurs livr\u00e9 un lot relativement cons\u00e9quent de petit mobilier et de monnaies. Signalons notamment la pr\u00e9sence d\u2019un petit miroir, d\u2019un cure-oreille, d\u2019un \u00e9tui cylindrique ainsi qu\u2019un tr\u00e8s bel exemplaire de strigile \u00e0 manche plat, form\u00e9 d&rsquo;un <em>capulus<\/em> et d&rsquo;une <em>clausula<\/em> de sections quadrangulaires (<strong>Fig.2, n\u00b05<\/strong>). Ce type de strigile, g\u00e9n\u00e9ralement dat\u00e9 entre 20 et 100 ap. J.-C, se retrouve de fa\u00e7on notable dans les contextes lyonnais dat\u00e9s entre 30 et 60 ap. J.-C. L<strong>\u2019ensemble de ce mobilier se rapportant au domaine de l\u2019hygi\u00e8ne et de la toilette supposerait la pr\u00e9sence, dans un p\u00e9rim\u00e8tre imm\u00e9diat, d\u2019un \u00e9tablissement thermal ou de bains priv\u00e9s<\/strong>. Il pourrait \u00eatre en \u00e9troite corr\u00e9lation, voire issu de l\u2019\u00e9difice contemporain observ\u00e9 dans la berme occidentale de l\u2019emprise, dont les ma\u00e7onneries rec\u00e8lent de nombreux fragments de sigill\u00e9e du Haut-Empire. Il s\u2019agit d\u2019une construction de qualit\u00e9 dont les limites n\u2019ont pu \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es. Elle est r\u00e9alis\u00e9e en pierres de taille et petit appareil calcaire, conserv\u00e9e sur pr\u00e8s d\u2019un m\u00e8tre en fondation et 0,6 m d\u2019\u00e9l\u00e9vation. Ce mur de fa\u00e7ade est dot\u00e9 d\u2019au moins trois contreforts et d\u2019une construction saillante se d\u00e9veloppant sur pr\u00e8s de trois m\u00e8tres de long, mat\u00e9rialisant possiblement la fondation d\u2019un seuil particuli\u00e8rement grand. Large de 0,8 m, il pr\u00e9sente au moins un retour E-O et se poursuit au nord comme au sud de l\u2019emprise (<strong>Fig.1 et 2, n\u00b06<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"710\" src=\"https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/PlanCR7.svg-g124-3-9-1024x710.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2216\" srcset=\"https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/PlanCR7.svg-g124-3-9-1024x710.png 1024w, https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/PlanCR7.svg-g124-3-9-300x208.png 300w, https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/PlanCR7.svg-g124-3-9-768x533.png 768w, https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/PlanCR7.svg-g124-3-9.png 1486w\" sizes=\"(max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><figcaption> <strong>Fig. 1<\/strong> : <strong>Plan masse des vestiges&nbsp;: Rouge r\u00e9seau 1&nbsp;; Bleu r\u00e9seau 2&nbsp;: <\/strong>j<strong>aune&nbsp;: r\u00e9seau 3  Marron&nbsp;: r\u00e9seau 4.<\/strong> @ Eveha<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un \u00eelot b\u00e2ti au sud de l&#8217;emprise<\/h4>\n\n\n\n<p>Au niveau des vestiges reconnus au sud de l\u2019emprise, plusieurs phases de construction en lien avec l\u2019embellissement de la voirie ont \u00e9t\u00e9 mises en \u00e9vidence, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019un horizon particuli\u00e8rement remani\u00e9, imputable \u00e0 la destruction de garages dans les ann\u00e9es 80 (<strong>Fig.1<\/strong>). Ajoutons que les vestiges ont par ailleurs \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement impact\u00e9s par les r\u00e9seaux et fondations des constructions contemporaines, notamment les maisons individuelles dont les fondations ont \u00e9t\u00e9 en partie d\u00e9truites au cours du d\u00e9capage, ainsi que leurs murs de parcelles, fosses septiques, bassins et minages contemporains (<strong>Fig.1<\/strong>). Malgr\u00e9 l\u2019avalanche de perturbations contemporaines, quelques constats peuvent \u00eatre avanc\u00e9s. Le mur de sout\u00e8nement de la voie d\u2019orientation SO\/NE accueille au sud et \u00e0 l\u2019est un ensemble b\u00e2ti se d\u00e9veloppant contre le <em>decumanus <\/em>(<strong>Fig.1<\/strong>). Ces ma\u00e7onneries montrent \u00e0 l\u2019ouest une premi\u00e8re pi\u00e8ce orn\u00e9e d\u2019un sol en <em>terrazzo<\/em> avec un d\u00e9part d\u2019enduit peint install\u00e9 sur l\u2019emprise d\u2019un puissant radier sous-jacent (<strong>Fig.2 n\u00b08<\/strong>). Au sud-est, des ma\u00e7onneries viennent \u00e9galement se greffer au grand mur de sout\u00e8nement de la voie (<strong>Fig.1<\/strong>). Leurs trac\u00e9s, l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9sax\u00e9s par rapport \u00e0 l\u2019orientation de la voie, d\u00e9limitent au moins trois constructions in\u00e9galement conserv\u00e9es (<strong>Fig.1<\/strong>). Les ensembles les mieux pr\u00e9serv\u00e9s encadrent des effondrements de toitures recouvrant des niveaux d\u2019occupation en terre battue (<strong>Fig.2 n\u00b07<\/strong>). Ces constats sugg\u00e8rent que le mur de sout\u00e8nement du <em>decumanus<\/em> ait \u00e9galement fait office de mur de fa\u00e7ade \u00e0 l\u2019\u00eelot de construction se d\u00e9veloppant imm\u00e9diatement au sud.  <\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un entrep\u00f4t ?<\/h4>\n\n\n\n<p>Au centre de ces deux espaces construits de part et d\u2019autre de l\u2019emprise, pr\u00e9sentant au moins deux \u00e9tats de ma\u00e7onneries distincts dat\u00e9s du Haut-Empire, on trouve un grand espace au sein duquel des bases de constructions analogues ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es. Leurs dispositions centrales dans l\u2019\u00eelot appellent certainement la pr\u00e9sence originelle d\u2019autres bases d\u00e9truites par les anciens garages de ce secteur (<strong>Fig.1<\/strong>). Bien qu\u2019il ne nous ait pas \u00e9t\u00e9 permis d\u2019observer les vestiges de leur pendant au sud, cette configuration d\u2019un \u00eelot trap\u00e9zo\u00efdal associ\u00e9 \u00e0 des annexes, dot\u00e9 d\u2019au moins deux bases de pilier rappelle celle d\u2019<strong>un entrep\u00f4t<\/strong> (<strong>Fig.1<\/strong>). Ce dernier pourrait \u00eatre d\u00e9limit\u00e9 par les diff\u00e9rents tron\u00e7ons de ma\u00e7onneries et\/ou tranch\u00e9es de r\u00e9cup\u00e9ration (<strong>Fig.1<\/strong>). En effet, ces puissants supports se retrouvent r\u00e9guli\u00e8rement dans l\u2019organisation des entrep\u00f4ts urbains o\u00f9 ils sont lus comme les vestiges de pavements sur\u00e9lev\u00e9s sur piliers en pierre tels que r\u00e9pertori\u00e9s dans plusieurs entrep\u00f4ts militaires ou greniers . Ce type de b\u00e2timent ma\u00e7onn\u00e9 \u00e0 piliers internes sur lesquels on suppose un plancher sur\u00e9lev\u00e9, peut \u00eatre dot\u00e9 d\u2019un \u00e9tage dans quelques cas. Les piliers construits ont \u00e9galement pu \u00eatre remplac\u00e9s par des piliers de bois, implant\u00e9s parfois sur plots de pierre comme cela semble \u00eatre le cas ici (<strong>Fig.1<\/strong>). En effet, il faut ici supposer la pr\u00e9sence de quatre bases originelles au moins. L\u2019adjonction d\u2019au moins une ma\u00e7onnerie se d\u00e9veloppant contre l\u2019une des bases pr\u00e9sume d\u2019une nouvelle phase de r\u00e9fection\/occupation mat\u00e9rialis\u00e9e par l\u2019am\u00e9nagement d\u2019un seuil d\u2019acc\u00e8s sur l\u2019emprise du mur de sout\u00e8nement ouvrant sur le <em>decumanus<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un quartier d&rsquo;ateliers ?<\/h4>\n\n\n\n<p>Ce dernier permet de p\u00e9n\u00e9trer dans un espace d\u2019ateliers marqu\u00e9 par un am\u00e9nagement ma\u00e7onn\u00e9, d\u00e9limit\u00e9 par des assises de <em>tegulae<\/em>  et des structures foy\u00e8res qui pourraient \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de la couche d\u2019incendie reconnue sur ce secteur. Les structures foy\u00e8res am\u00e9nag\u00e9es disposaient sans doute de constructions l\u00e9g\u00e8res sur poteaux. Notons toutefois la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;un foyer oblong long de 3,8 m pour environ 0,4 m de large et 0,25 m de profondeur. <strong>Cette structure aux parois rub\u00e9fi\u00e9es sur 3 \u00e0 4 cm accueille un comblement tr\u00e8s charbonneux (Fig. 2, n\u00b09 et 10). Ce type de grande fosse oblongue est g\u00e9n\u00e9ralement interpr\u00e9t\u00e9 comme une \u00ab&nbsp;fosse foyer&nbsp;\u00bb, par analogie avec les foyers de forge dans lesquels on produisait des bandages de roues <\/strong>(<strong>Fig. 2, n\u00b010<\/strong>). La nature du comblement organique et charbonneux est ordinairement interpr\u00e9t\u00e9e comme celle de fosses de c\u00e9mentation . Ce proc\u00e9d\u00e9 consiste en un refroidissement brutal des pi\u00e8ces li\u00e9es au bandage de roue en vue d\u2019accro\u00eetre leur r\u00e9sistance. Ce type de fosse permettait \u00e9galement de cintrer et\/ou assembler \u00e0 chaud les \u00e9l\u00e9ments de bandage. Cette activit\u00e9 tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9e est attribu\u00e9e aux forgerons charrons. Elle a notamment \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence sur le site de la Cit\u00e9 judiciaire de Bordeaux (entre 15\/30 ap. J.-C. et 70\/80 ap. J.-C.) en Aquitaine, \u00e0 <em>Ambrussum<\/em>, \u00e0 Villetelle en Languedoc-Roussillon, o\u00f9 l\u2019activit\u00e9 des forgerons charrons est reconnue d\u00e8s la premi\u00e8re moiti\u00e9 du Ier s. (entre 25 et 50). Sa pr\u00e9sence dans la partie m\u00e9ridionale de l\u2019emprise pourrait \u00eatre \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la fonction de l\u2019atelier et justifierait le support en <em>terrazzo<\/em>, \u00e0 l\u2019image de ceux derni\u00e8rement reconnus sur le site voisin \u00ab&nbsp;20 avenue du Parc des Sports&nbsp;\u00bb comme le soubassement d\u2019une citerne et sa base en pierre rub\u00e9fi\u00e9e, comme une enclume (<strong>Fig. 1&nbsp;; Fig. 2, n\u00b09<\/strong>). <strong>Ainsi, l\u2019existence dans la partie sud de l\u2019emprise d\u2019un secteur \u00e0 vocation \u00e9conomique, tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9, pourrait venir en compl\u00e9mentarit\u00e9 des activit\u00e9s de forges reconnues au nord du <\/strong><em><strong>decumanus<\/strong><\/em><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"637\" height=\"1017\" src=\"https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Fig2CR7.svg-image1672-439.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2215\" srcset=\"https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Fig2CR7.svg-image1672-439.png 637w, https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Fig2CR7.svg-image1672-439-188x300.png 188w\" sizes=\"(max-width: 637px) 100vw, 637px\" \/><figcaption> <strong>Fig. 2<\/strong> : 1&nbsp;: D\u00e9tail des ossements humains du foss\u00e9 bordier du premier axe viaire&nbsp;; 2&nbsp;: Vue a\u00e9rienne du premier d\u00e9capage&nbsp;; 3&nbsp;: Vue a\u00e9rienne du troisi\u00e8me d\u00e9capage&nbsp;; 4&nbsp;: Vue z\u00e9nithale du radier situ\u00e9 \u00e0 la jonction de l\u2019angle SO des deux voies&nbsp;; 5&nbsp;: Strigile&nbsp;; 6&nbsp;: Fa\u00e7ade du b\u00e2timent occidental&nbsp;; Pi\u00e8ce orientale de l\u2019\u00eelot sud&nbsp;; 8 : Pi\u00e8ce occidentale de l\u2019\u00eelot sud&nbsp;; 9 : Atelier de l\u2019ilot sud&nbsp;; 10 : fosse de c\u00e9mentation&nbsp;; 11 stratigraphie NO de la voie de Gen\u00e8ve. @ Eveha<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En effet, le plan extr\u00eamement lacunaire d\u2019un b\u00e2ti construit en dur, en parti tronqu\u00e9 par l\u2019emprise des fondations des <em>villae<\/em> contemporaines install\u00e9es dans les parties NE et NO de l\u2019emprise, laisse place \u00e0 une nouvelle zone d\u2019ateliers. Il s\u2019agit de nombreux trous de poteaux, fosses foy\u00e8res circulaires ou quadrangulaires, implant\u00e9s de fa\u00e7on ordonn\u00e9e (<strong>Fig. 1 et Fig. 3<\/strong>). La pr\u00e9sence d\u2019un grand nombre de scories associ\u00e9es \u00e0 la couche noir\u00e2tre se d\u00e9veloppant sur ce secteur plaide en faveur de l\u2019identification d\u2019un atelier m\u00e9tallurgique. Les nombreuses scories recueillies dans les trous de poteaux, niveaux de sols indur\u00e9s et\/ou fosses foy\u00e8res tendent \u00e0 accr\u00e9diter cette hypoth\u00e8se (<strong>Fig. 3<\/strong>). Le plan \u00e0 disposition montre la pr\u00e9sence d\u2019au moins un petit b\u00e2timent sur poteaux (3,5 x 6 m) de forme rectangulaire. La planim\u00e9trie g\u00e9n\u00e9rale, dont la superficie oscille autour de 20m2, suppose une architecture comparable \u00e0 celle des maisons \u00e0 une nef et implique un toit \u00e0 deux pans et croupe dont la solidit\u00e9 est assur\u00e9e par des poteaux porteurs reli\u00e9s par des entraits (<strong>Fig. 3, n\u00b01<\/strong>). Toutefois, comme nombre de ces poteaux sont coup\u00e9s par le sondage du diagnostic, un b\u00e2timent \u00e0 trav\u00e9e est \u00e9galement envisageable. Signalons la pr\u00e9sence d\u2019une grande fosse rectangulaire dans la partie sud de l\u2019atelier (<strong>Fig. 1&nbsp;:<\/strong>F157)&nbsp; qui pourrait, comme \u00e0 Autun ou Aoste, \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e de deux fa\u00e7ons&nbsp;: zone de stockage des mati\u00e8res premi\u00e8res ou vide sanitaire. D\u2019ailleurs, les vestiges de ce secteur autoriseraient l\u2019identification d\u2019un espace de travail \u00e0 froid. La pr\u00e9sence de nombreux trous de poteaux annexes, notamment ceux associ\u00e9s \u00e0 des structures \u00e0 combustion, doit toutefois \u00eatre nuanc\u00e9e. Dans les forges, le n\u00e9gatif d\u2019un billot, d\u2019une enclume voire d\u2019un bac de trempage peut \u00e9galement prendre la forme d\u2019un trou de poteau ou d\u2019une fosse. Il est d\u2019ailleurs probable que les f\u00fbts de colonnes reconnus dans ce secteur, implant\u00e9s comme des trous de poteaux, aient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme enclumes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"571\" height=\"321\" src=\"https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Fig3CR7.svg-g1124-4294966824.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2214\" srcset=\"https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Fig3CR7.svg-g1124-4294966824.png 571w, https:\/\/www.eveha.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Fig3CR7.svg-g1124-4294966824-300x169.png 300w\" sizes=\"(max-width: 571px) 100vw, 571px\" \/><figcaption><strong>Fig.3&nbsp;: <\/strong>1&nbsp;: Orthophotographie de la phase d\u2019apparition de l\u2019atelier du Nord ouest (Bleu : Puits contemporain : Rouge Structure foy\u00e8re, blanc : TP : Jaune : Emprise construction&nbsp;; 2&nbsp;: R\u00e9sultats des relev\u00e9s de susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique. @ Eveha<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p> Le relev\u00e9 de susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique r\u00e9alis\u00e9 en cours de fouille sur la partie nord-ouest de l\u2019atelier montre des valeurs relativement fortes, s&rsquo;\u00e9talant de 100 \u00e0 plus de 800 x10<sup>-5<\/sup>SI. Les valeurs de susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique les plus fortes (\u00e0 partir de 250 x10<sup>-5<\/sup>SI, ton rouge sur la carte) indiquent des zones probables de concentration d\u2019oxydes de fer \u00e0 associer \u00e0 une activit\u00e9 artisanale ou manufacturi\u00e8re (Le Borgne, 1955 ; Mullins, 1974 ; Marmet, 2000). Trois zones d\u2019activit\u00e9 artisanale et deux zones de probables rejets ont \u00e9t\u00e9 distingu\u00e9es ainsi que de fortes valeurs \u00e0 susceptibilit\u00e9 magn\u00e9tique, tr\u00e8s localis\u00e9es (<strong>Fig. 3, n\u00b02<\/strong>), entour\u00e9es par ce qui semble \u00eatre un am\u00e9nagement l\u00e9ger en \u00ab&nbsp;L&nbsp;\u00bb, possiblement une enclume. Les vestiges de ce secteur \u00e0 vocation \u00e9conomique se d\u00e9veloppent \u00e9galement dans la partie NE de l\u2019emprise o\u00f9 ils sont extr\u00eamement aras\u00e9s et largement tronqu\u00e9s par les fondations de la villa contemporaine sus-jacente. Ils ont livr\u00e9 des fosses particuli\u00e8rement riches en d\u00e9chets sid\u00e9rurgiques (scories) de diff\u00e9rentes natures et gabarits qui t\u00e9moignent des multiples t\u00e2ches et productions effectu\u00e9es sur l\u2019emprise. L\u2019observation d\u2019une fosse atelier associ\u00e9e \u00e0 un lin\u00e9aire ou conduit oblongrenvoie d\u2019ailleurs pleinement au sch\u00e9ma organisationnel et \u00e0 l\u2019agencement des petits ateliers m\u00e9tallurgiques en fosse, o\u00f9 ces conduits sont interpr\u00e9t\u00e9s soit comme l\u2019emplacement d\u2019une tuy\u00e8re, soit comme un canal d\u2019\u00e9vacuation (<strong>Fig. 1<\/strong>). <\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La derni\u00e8re phase de r\u00e9fection de la voie<\/h4>\n\n\n\n<p> Cette derni\u00e8re phase de l\u2019occupation s\u2019installe pour partie sur une couche de remblai vraisemblablement li\u00e9e \u00e0 la derni\u00e8re r\u00e9fection du r\u00e9seau viaire observ\u00e9 sur l\u2019emprise et concerne assez sp\u00e9cifiquement la voie de <em>Geneva<\/em>. En effet, \u00e0 la fin du Haut-Empire, le trac\u00e9 de la voie de Gen\u00e8ve est sensiblement modifi\u00e9 et se d\u00e9cale d\u2019environ 3 \u00e0 4 m \u00e0 l\u2019ouest de son trac\u00e9 originel. La voie se distingue alors par diff\u00e9rents niveaux de recharge en terre argileuse alternant avec d\u2019\u00e9pais niveaux de cailloutis compacts et indur\u00e9s qui sur\u00e9l\u00e8vent sensiblement l\u2019axe. Cette derni\u00e8re phase de r\u00e9am\u00e9nagement du r\u00e9seau viaire s\u2019accompagne d\u2019am\u00e9nagements bordiers parall\u00e8les \u00e0 l\u2019axe nord sud. Ils visent \u00e0 accro\u00eetre la largeur de l\u2019axe viaire en le dotant de deux types d\u2019am\u00e9nagement de trottoir&nbsp;; le premier, situ\u00e9 \u00e0 l\u2019Ouest, est constitu\u00e9 d\u2019un mortier de chaux sableux, maigre, de couleur gris\u00e2tre, compact et indur\u00e9 tandis que le second, install\u00e9 dans un creusement, s\u2019apparente \u00e0 une sorte de niveau de terre battue, riche en graviers, galets et TCA. (<strong>Fig. 1, Fig.2 n\u00b02 et 11<\/strong>). Cette r\u00e9fection du r\u00e9seau viaire signe une politique urbaine d\u2019ampleur et met un terme \u00e0 l\u2019occupation du grand b\u00e2timent reconnu \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019emprise en recouvrant les vestiges conserv\u00e9s de son \u00e9l\u00e9vation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h4>\n\n\n\n<p> Ainsi, par quatre fois, la restructuration du r\u00e9seau viaire de la parcelle a contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9organisation de l\u2019occupation de ce secteur \u00e0 vocation \u00e9conomique, dont l\u2019emprise est \u00e0 situer dans l\u2019espace urbain de la ville du Haut-Empire de la cit\u00e9 de <em>Boutae <\/em>(<strong>Fig.2 n\u00b011<\/strong>). L\u2019absence de vestiges post\u00e9rieurs au IIIe s. sugg\u00e8re une r\u00e9duction de l\u2019espace urbain au cours de cette p\u00e9riode qui correspond au sch\u00e9ma de l\u2019\u00e9volution de l\u2019agglom\u00e9ration et plus largement \u00e0 celui observ\u00e9 au sein des cit\u00e9s alpines et r\u00e9gionales.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019emprise semble demeurer d\u00e9serte jusqu\u2019aux premiers minages du XIXe s. inventori\u00e9s sur la parcelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes se poursuivent actuellement en laboratoire ou l&rsquo;analyse combin\u00e9e des donn\u00e9es de terrain et des \u00e9tudes sp\u00e9cialis\u00e9es permettront d&rsquo;affiner notre compr\u00e9hension du site.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>RO <\/strong>: Yannick Teyssonneyre<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ROA<\/strong> : C\u00e9cile Andr\u00e9 Chaze<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les 2150 m\u00b2 d\u00e9cap\u00e9s dans le cadre du projet de construction d\u2019un immeuble de logements et de plusieurs niveaux de parkings souterrains, initi\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 SA MGM, font suite \u00e0 un diagnostic r\u00e9alis\u00e9 en juin 2021. 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