LANTÉFONTAINE (54)- Immonville

Les fouilles archéologiques menées sur le site de Lantéfontaine (54) , au lieu-dit Immonville ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Fabrice Laurent dans le cadre du projet d’aménagement porté par un particulier. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés de l’Antiquité et du Moyen Âge.

Problématiques scientifiques du cahier des charges

Le village de Lantéfontaine, situé dans le nord de la Meurthe-et-Moselle, est historiquement formé par le regroupement de Lantéfontaine et d’Immonville. C’est dans l’ancien village d’Immonville, à l’est de l’église Saint-Pierre, qu’un diagnostic archéologique, réalisé en 2024 par l’Inrap, a été prescrit en raison de la sensibilité archéologique de cette parcelle située dans le cœur historique, dont l’attestation remonte au 14e siècle.
Le diagnostic a révélé un paléosol témoignant d’une présence humaine dès le 1er siècle après J.-C., ainsi qu’une occupation plus significative entre l’époque carolingienne et le Moyen Âge central (10e-12e s.), marquée par des structures excavées et empierrées liées à un habitat. 

Une fouille archéologique a donc été prescrite pour étudier ces vestiges, les premiers connus pour Immonville, afin d’esquisser l’histoire du village et de l’intégrer dans son contexte géopolitique et culturel successif, depuis la Gaule Belgique jusqu’à la Province des Trois-Évêchés.

Fig.1 : Plan de localisation du site d’Immonville-Lantéfontaine. Crédit : IGN-Géoportail, 2025.

La localisation du site

Immonville s’inscrit dans un espace rural caractérisé par un vaste plateau doucement ondulé. À cet égard, l’occupation du site semble avoir été particulièrement sensible à la topographie des lieux et plus directement à l’existence d’une faible pente nord-sud. Au fond de la parcelle, l’existence d’un mur de terrasse, monté en pierre sèche, témoigne de cette problématique qui a conduit à rapporter quelques remblais vraisemblablement à la période moderne. Si cette pente n’existe quasiment plus aujourd’hui, mille ans d’occupation en est donc probablement la cause.

La fouille a permis de documenter 225 structures, ce qui s’avère assez dense, au vu de la surface.

Fig.2 : Plan masse du site. Crédit : Éveha, 2025.

La période antique

La présence de quelques tessons de céramique atteste d’une présence du 1er  s. jusqu’au milieu du 2e s. ap. J.-C, tandis qu’au sud, quelques fosses s’ouvrant au niveau du substrat géologique pourraient se rattacher à cette période.

Un portique d’entrée médiéval

Par la suite, le milieu de parcelle indique clairement une division en deux espaces, tant par un changement de la stratigraphie que par la densité des vestiges et la succession d’aménagements. Se dessinent alors une partition entre un espace intérieur, au nord, et un espace extérieur, au sud. Si l’étude du mobilier est en cours, la chronologie relative permet d’envisager l’existence de plusieurs états et/ou phases pour le Moyen Âge. De fait, la forme de cette limite, sectorisant le site en deux parties, semble évoluer au cours du temps. 

Le premier état de cet axe, encore non daté clairement, est marqué par un possible portique, composé d’un alignement de quatre paires de bases, d’environ 1 m de côté.
À l’extrémité est, un creusement marque probablement les vestiges d’un seuil ou d’une sablière basse. L’alignement est ensuite pour partie coupé longitudinalement par un fossé médiéval qui semble se poursuivre vers l’est. Ce fossé, ou peut-être cette tranchée de fondation, reçoit alors un premier état de mur, monté en pierre sèche. Ce dernier s’inscrit entre deux bases de portiques, à l’ouest, et sera prolongé postérieurement à l’est : il est fondé moins profondément, l’appareillage et le module des matériaux différant. 

Ces trois états de clôture témoignent ainsi de la volonté d’aménager un accès vers un espace privilégié ou protégé. Or, à l’intérieur, on identifie quelques tranchées de plantation et de nombreux trous de poteau, lesquels ne laissent guère entrevoir de plans caractéristiques. Peut-être est-ce le signe d’une occupation sommaire et régulièrement repensée ?

À cet espace intérieur répond un espace extérieur, marqué par des fosses et quelques structures sur poteau vraisemblablement à vocation domestiques et/ou artisanales.

Fig.3 : Limites parcellaires. Crédit : Éveha, 2025.

Un édifice maçonné médiéval ou moderne ?

Aligné le long de la limite de parcelle, un bâtiment carré, d’environ 7,50 m de côté, est monté en pierre sèche. Il présente des fondations massives et profondément ancrés dans le sol (fig. 4), ainsi qu’un bourrelet de mortier de tuileau contre les parements internes, laissant envisager la volonté de créer un sol étanche. Aucun vestige d’alimentation ni d’évacuation de l’eau n’a cependant été identifié, empêchant d’en identifier la fonction (lien avec l’eau ?).

Sa construction semble résulter d’une conception spécifique de l’espace : le bâtiment se situe en effet sur un point culminant et proche d’une rupture de pente. L’analyse de la topographie du site va s’avérer ici essentielle pour sa compréhension.

Enfin, cette structure intrigante coupe, en fondation, l’ensemble des structures qui l’entoure, suggérant une datation plutôt tardive, à la fin du Moyen Âge ou au début de l’Époque moderne.

Fig.4 : Vue aérienne du bâtiment carré. Crédit : Éveha, 2025.

Problématiques scientifiques de la post-fouille

Certes petite, l’emprise de fouille a livré de nombreux vestiges. La période antique est représentée par un niveau d’occupation dans lequel s’inscrivent quelques fosses. La nature de cette occupation devra être précisée. 

La période médiévale est nettement plus dense en vestiges. Elle témoigne d’une véritable occupation dans et en périphérie d’un espace limité par plusieurs états de clôture.
La situation de cette limite dépend vraisemblablement de la topographie des lieux, ce qu’il reste à démontrer. 

Depuis l’ouest, ce portique constitue donc un accès aménagé vers un espace privilégié ou protégé, qu’il faut caractériser. Une analyse spatiale fine sera nécessaire pour dégager, espérons-le, le plan des structures : chronologie relative, chronologie absolue, alignements et orientations, entraxe et typologie des trous de poteau y contribueront. La limite parcellaire est à la fois parallèle à la pente et au chemin médiéval. Toutefois, au nord, deux fossés filent assurément sous ce chemin de sorte que son origine est probablement postérieure au site. De fait, l’entrée de cet espace s’effectue au sud, soit à l’opposé du chemin qui borde le site, au nord. Il conviendra donc de réfléchir à la relation que peut entretenir le site médiéval avec ce chemin, mais aussi avec l’église paroissiale.