SAUVETERRE-DE-BÉARN (64) – 16 rue Léon Bérard

Les fouilles archéologiques menées sur le site de Sauveterre-de-Béarn (64) – 16 rue Léon Bérard ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Jérémy Coulaud, dans le cadre d’un projet de sécurisation et de confortement du château médiéval, porté par ACTA Architectes . Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés du Moyen Âge et de l’Époque moderne.

Les objectifs scientifiques de la fouille

Le relevé des élévations et l’étude de bâti devaient permettre de lire la séquence stratigraphique et de voir l’évolution architecturale. Les études du château, menées par Françoise Galès, supposaient deux phases de construction au 14e s. Implicitement, la phase précédente du 13e s. ne serait pas visible. Cette opération devait permettre d’établir les différentes phases de construction et/ou de confirmer ce constat.

La surveillance de travaux devait être l’occasion de compléter le plan du château notamment au sud-est, ainsi que de mettre au jour d’éventuels vestiges d’une construction castrale antérieure. En outre, elle devait permettre de statuer sur la fonction de toutes les pièces déjà connues.

Plus globalement, cette opération devait permettre d’enrichir nos connaissances sur le château de Sauveterre-de-Béarn qui a, finalement, fait l’objet de peu d’études archéologiques.

Des traces de l’édifice de Gaston VII Moncade (13e s.)

D’après les différentes études et sources historiques traitant du château de Sauveterre-de-Béarn, Gaston Fébus aurait fait ériger son château à la place de l’édifice de son aïeul, Gaston VII Moncade (1229-1290). En effet, dans le testament du vicomte de Béarn, le château de Sauveterre est évoqué dans l’héritage de sa fille, Marguerite de Moncade (1290-1319), épouse de Roger-Bernard III de Foix (1265-1302). Lorsque Gaston III de Foix-Béarn dit Gaston Fébus hérite de la vicomté de Foix-Béarn, le château de Sauveterre est inclus dans ses nouvelles possessions. Ce dernier intervient à partir de 1348 sur le site, sans connaître l’état de l’édifice de Gaston VII. Était-il encore en élévation ? Était-il ruiné voire arasé ?

Sur le terrain, les vestiges du château de Gaston VII Moncade sont lacunaires mais semblent présents. En effet, ils se concentrent sur la portion sud de l’édifice actuel, en partie basse, deux maçonneries pouvant être associées au 13e s. (Fig. 1). Leurs mises en œuvre en partie basse correspondent à une portion d’élévation en moellons ébauchés et équarris de calcaire de Bidache et en galets roulés décimétriques. Ce choix de parement est uniquement visible sur ces deux maçonneries. Les contacts avec ces entités architecturales démontrent une antériorité de ces murs par rapport au reste des élévations. Le niveau de circulation de cette époque reste indéterminé. Avec les différences altimétriques entre les éléments associés au 13e s. et ceux plus tardifs, l’hypothèse d’un niveau d’occupation sous l’actuel espace de circulation est plausible. Sans travaux de terrassement dans la cour du château, cette hypothèse ne pourra pas être validée. En soit, l’œuvre de Gaston VII Moncade demeure ténue sur le site. Nous ne connaissons pas la physionomie de la construction, ni son envergure. Les analyses granulométriques des mortiers prélevés voire une datation radiocarbone pourraient étayer ou non la supposée présence du château du 13e s.


Fig. 1 : Vue partielle d’un mur en galets du 13e s. Crédit : Éveha 2025.

Une construction du 14e s.

La grande majorité des élévations observées peuvent être associées à l’œuvre de Gaston Fébus, dans la seconde moitié du 14e s. Six pans de murs possèdent une construction homogène. Les parements sont montés avec des moellons équarris de calcaire de Bidache, une roche locale, et des pierres de taille en calcaire de Mousserolles (un grès jaune orangé, très friable) forment les encadrements des entités architecturales telles que des fenêtres, cheminées, lavabo et archères. Ces éléments sont observables sur tout le pourtour de la courtine (Fig. 2).

Fig.2 : Exemple de traitement ornemental d’un mur de la courtine d’après un relevé en orthophotographie, Crédits : J. Moquel – Pixalt, Éveha 2025.

La construction fébusienne s’organise à partir d’une tour-maîtresse dont la mise en œuvre, située au sud-ouest, forme un complexe polygonal à 8 pans coupés minimum, autour d’une cour intérieure (Fig. 3). Deux niveaux d’occupation sont distinguables, séparés par un bandeau continu, servant de support à l’ancien plancher/plafond entre les deux étages. Les différentes pièces étaient accolées au mur en pierre de la courtine*. La limite des bâtiments avec la cour intérieure a disparu. La présence de plusieurs murs de refend maçonnés suggère la mise en place d’élévation en pierre à l’intérieur du château mais, une fois de plus, la justification n’est pas permise, faute d’observations détaillées du sous-sol.

*courtine : mur de fortification rectiligne

Fig.3 : Vue zénithale du château Gaston Fébus de Sauveterre-de-Béarn, Crédits : Éveha 2025.

Les parties nord et nord-ouest correspondent à des chambres, munies d’une fenêtre et d’une cheminée aménagées dans le mur de la courtine, pour les pièces au niveau 1. Dessous, seule une cheminée par pièce est insérée dans le mur extérieur. Des fenêtres pouvaient donner vers la cour intérieure. Cela ne reste qu’une supposition. Accolée aux chambres, une pièce à l’étage est considérée comme la cuisine du château. Cette fonction est établie grâce aux comparaisons avec les autres sites fébusiens, notamment le château de Montaner. La présence d’un évier et d’un départ de voûte quadripartite en briques pourrait justifier le rôle de cette pièce. Selon les divers travaux menés sur « l’architecture fébusienne », la cuisine est située aux côtés des chambres de la garnison et de la grande-salle. Les éléments présents à Sauveterre-de-Béarn peuvent se confondre avec les aménagements du château de Montaner, d’où le choix de qualifier cet espace de cuisine. Contre la partie orientale de la courtine, le niveau 0 est percé de 4 archères, disposées à équidistance les unes des autres. Leurs caractéristiques se retrouvent dans d’autres châteaux du 14e s., issues d’un mélange entre l’architecture française et anglaise. À l’étage, trois fenêtres sont aménagées dans le parement, entourant une cheminée et un lavabo (Fig. 4). Au même titre que la cuisine, la disposition des aménagements et les dimensions de la pièce rappellent l’aula* des châteaux fébusiens.

*aula : salle d’apparat, aussi appelée grande salle ou grand-salle

Fig.4 : Lavabo situé dans la grande salle du château, Crédits : Éveha 2025.

La fonction des pièces situées au sud de l’enceinte polygonale est plus énigmatique, puisqu’une grande part des maçonneries se sont effondrées dans le Gave d’Oloron. Il est plausible que la chambre du vicomte ainsi qu’une chapelle castrale soient disposées contre les murs sud. Pour la chambre du comte, cela pourrait être justifié par l’emplacement, face à la rivière et la position topographique qui limite très fortement les risques d’assaut. Enfin, la présence sur la partie sud de la chapelle castrale peut être justifiable par l’orientation créée (axe plus ou moins ouest-est), proche de la chambre du dirigeant et par l’absence de marqueurs de chapelle contre les autres pans de mur encore élevés.

Des ajouts et rénovations de la fin du 14e s. et du 15e s.

La distinction des constructions entre l’œuvre de Fébus de la seconde moitié du 14e s. et les aménagements plus tardifs se concentre autour de l’emploi d’un nouveau matériau, la brique. Selon les sources et documents historiques, tout comme les études des autres châteaux, la politique de construction fébusienne évolue à partir des années 1370-1375. L’emploi de la brique remplace celle de la pierre, pour des raisons généralement économiques. Les châteaux de Montaner et Morlanne sont élevés en briques. La tour de Pau est reprise en mélangeant pierres et briques. Dans le cas de Sauveterre, l’emploi de la brique ne sert qu’à « améliorer » et reprendre certaines parties du bâti. L’exemple le plus prégnant réside dans la cuisine. En effet, une voûte en brique, associée à une nouvelle porte, sont aménagées (Fig. 5). L’intrados* de la voûte supplante le niveau initial du plafond du 1er niveau, indiquant une postériorité de l’aménagement par rapport au premier état de l’étage. Deux maçonneries sont ajoutées de façon hors d’œuvre à l’enceinte polygonale, prenant appui sur un mur déjà existant (Fig. 6). Elles sont construits avec des moellons équarris de calcaire de Bidache pour l’élévation et en brique pour des aménagements recoupant les murs. C’est le cas d’une archère, montée en briques (excepté l’encadrement extérieur), reprenant le faciès des autres archères. D’autres entités architecturales sont reprises en sous-œuvre (cheminées et fenêtres), sans pour autant dénaturer complètement les aménagements.

  • intrados : partie intérieure et concave d’un arc, d’une voûte
Fig. 5 : Départ d’une voûte quadripartie en brique dans la cuisine, Crédit : Éveha 2025.
Fig. 6 : Contact entre deux murs où la maçonnerie MR 246 s’appuie contre MR 217. Crédit : Éveha 2025.

Les reprises de l’époque moderne (16e-17e s.)

Durant les guerres de Religion, le château de Sauveterre a perdu son intérêt initial, ayant pour conséquence la destruction de plusieurs parties de l’édifice et un abandon progressif des lieux. Après un conflit entre protestants et catholiques dans les années 1560, des reprises du château sont effectuées. Sous les ordres du capitaine Bastanès, la partie sud est réparée. Sur le terrain, cela se traduit par le remontage du parement d’un mur, utilisant un mélange de matériaux : moellons de calcaire de Bidache, pierre de taille de Mousserolles, briques et galets (Fig. 7). De nouvelles ouvertures sont créées dans la maçonnerie, reprenant le faciès des autres fenêtres de l’ouvrage encore en place. Toutefois, les dimensions sont plus importantes et l’emploi de la brique pour les encadrements est systématique.

Fig.7 : Vue générale d’un mur construit en partie au 16e s., Crédits : Éveha 2025.

Le plancher du niveau 1 est repris. Pour cela, des trous d’encastrement pour des solives sont aménagés au-dessus des ouvertures du niveau 0, en reprenant le bandeau continu présent sur le pourtour intérieur des murs de la courtine. Il est également probable que des éléments des maçonneries encore en place aient subi des transformations lorsque le capitaine et ses troupes ont réinvesti le château. Une fenêtre et une cheminée situées au niveau 1 d’une des anciennes chambres de garnison du 14e s. semblent traduire cette reprise. L’utilisation de brique pour le remontage du piédroit et du départ de l’arc surbaissé, du jambage et de la hotte semble traduire cette intervention. La disparition d’une majeure partie du pan sud du château ne nous permet pas de voir toute l’étendue des travaux. Néanmoins, les vestiges encore en élévation demeurent les témoins de cette phase d’occupation.

Le 17e s. est également une période durant laquelle la fonction de lieu est modifiée. À partir de 1620, le château est utilisé comme prison. Des réaménagements sont effectués afin d’empêcher la fuite des prisonniers. Cela se traduit par la mise en place d’un nouveau système d’encadrement de fenêtre, observable sur une fenêtre dans un pan de mur sud. La largeur initiale des ouvertures a obligé à réduire les proportions en créant une fenêtre à meneau (Fig. 8). Ces dernières possédaient un système de fermeture avec des barreaux dont les points de fixations sont encore visibles sur les encadrements de fenêtres. Une fois de plus, une grande partie des ouvertures ont été reprises afin de répondre à la nécessité de garder les prisonniers.

Fig.8 : Création d’un meneau dans une grande fenêtre montée en briques, Crédits : Éveha 2025.

Les recherches à venir

La problématique scientifique à développer lors de la post-fouille consistera à déterminer, si possible, les différentes phases de construction/reprise du château.

L’analyse du bâti effectuée sur le terrain sera complétée par des comparaisons avec les autres châteaux fébusiens et d’autres constructions élitaires et civiles pour affiner les chronologies relatives d’aménagement du site.

En parallèle, des études techniques sur des prélèvements de mortier serviront à affiner les observations de terrain et à étayer les hypothèses de phasage. Enfin, des datations radiocarbones pourront être effectuées sur quelques morceaux de mortier, octroyant la possibilité d’obtenir des datations absolues.