SAINTES (17)- 9b rue Pierre-Loti

Les fouilles archéologiques menées sur le site de Saintes (17) – 9b rue Pierre-Loti ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Graziella Tendron dans le cadre du projet d’aménagement porté par un particulier. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés de l’Antiquité.

Les objectifs de la fouille

L’étude du site du 9b rue Pierre Loti avait pour objectif d’ouvrir une nouvelle fenêtre d’observation sur un espace péri-urbain méconnu, dont l’occupation semblait débuter dès l’époque augusto-tibérienne et se prolonger jusqu’au milieu du 2e siècle de notre ère.

La problématique principale de la fouille consistait à comprendre l’organisation générale de l’ensemble urbain exploré, caractériser la nature de l’occupation (habitat, artisanat, espace public, funéraire, etc.), son évolution, dater les phases d’utilisation et d’abandon, et replacer ce secteur satellite de la ville antique de Saintes dans son contexte.

Une occupation de la période antique

La fouille du 9B rue Pierre Loti a porté sur une surface de 195 m², située sur les marges occidentales de l’agglomération antique de Saintes. Elle a livré les vestiges d’une occupation domestique attribuée à l’Antiquité romaine, et plus particulièrement au Haut-Empire. Toutefois, une fréquentation du site au cours de l’Antiquité tardive n’est pas à exclure. A ce stade, elle reste suspendue à l’analyse du mobilier archéologique, en particulier céramique.

Fig.1 : Plan masse des vestiges. Crédit : Éveha, 2025.

Le site s’implante sur la rive gauche de la Charente, au nord-ouest de l’agglomération du Haut-Empire, plus précisément à l’ouest de la dernière voie cardinale restituée. Si de nombreuses opérations archéologiques ont été réalisées dans ce secteur, toutes étaient localisées à l’est et documentaient un quartier à vocation artisanale.

La parcelle prescrite occupe la partie basse d’un versant et présente un double pendage, nord-sud et ouest-est. Les vestiges archéologiques, scellés par des colluvions atteignant en moyenne 1 m d’épaisseur, reposent sur les formations calcaires du Santonien (C5).

Ces dernières sont recouvertes par un niveau sédimentaire épais d’une quinzaine de centimètres, interprété comme un possible paléosol, auquel se superpose une occupation organisée en plusieurs secteurs. Deux bâtiments maçonnés occupent l’extrémité ouest de la parcelle, la partie orientale correspondant à des espaces extérieurs caractérisés par des sols en calcaire concassé.

Fig.2 : Vue drone de la partie ouest de l’emprise. Crédit : Éveha 2025.

Les bâtiments maçonnés (UA1 et 2), utilisant des modes de construction distincts, obéissent à une même orientation et se développent hors emprise.

L’UA1 correspond à un bâtiment sur solins, dont deux murs ont été identifiés distinctement, le troisième se limitant à un bloc occupant un angle. La seule assise conservée se caractérise par le réemploi de blocs calcaires pour partie décorés, deux d’entre eux correspondant à des bases attiques.

Le second bâtiment, UA2, prenant place dans l’angle nord-ouest de l’emprise, est caractérisé par des maçonneries appareillées liées au mortier, ayant souffert d’importantes spoliations, puisque seul le mur F100 est préservé, ainsi que F113 et 135 dans une moindre mesure. Les autres maçonneries ne sont conservées que sous la forme de tranchées de récupération.

Au cours de cette phase, plusieurs niveaux de sols extérieurs, constitués de calcaire concassé, sont aménagés à l’est des bâtiments. À l’extrêmité orientale du site, ils sont recouverts par une alternance de remblais de différentes natures (sédiments, rognons de silex, terres cuites architecturales et coquilles d’huîtres) laissant place à un empierrement.

Cette occupation est perturbée par différentes structures fossoyées, en particulier les linéaires F106, 108 et 109. Le fossé F106 traverse l’emprise sans interruption, suivant un axe nord-sud, tandis que le linéaire constitué par les faits F108 et 109 est discontinu et présente des limites diffuses.

La sépulture d’un individu immature reposant dans une amphore occupait l’extrémité nord d’un fossé, portant à trois le nombre de sépultures identifiées sur le site, toutes ayant livré les restes d’individus immatures.

Les structures en creux ponctuelles, observées majoritairement à l’ouest, correspondent à des trous de poteau ou à des fosses de faibles profondeurs. Seule une fosse, implantée dans l’angle sud-est de l’emprise, présente des dimensions conséquentes et un comblement hétérogène riche en mobilier.

Fig.3 : Vue en coupe de la fosse 137. Crédit : Éveha, 2025.

La nature exacte de l’occupation reste à préciser. Toutefois, aucune structure artisanale n’a été mise en évidence et les vestiges identifiés renvoient vraisemblablement à une occupation domestique. L’analyse du mobilier, retrouvé en quantité relativement importante, devrait permettre de caractériser plus précisément les vestiges mis au jour.

Problématiques scientifiques de la post-fouille

La problématique principale consiste à caractériser la nature et la chronologie des occupations mises en évidence. L’analyse croisée des données recueillies sur le terrain et des études de mobilier aura pour objectif d’interroger la nature domestique des vestiges, en lien avec l’environnement archéologique du site.

L’identification d’une occupation funéraire, bien que ponctuelle, sera analysée afin de déterminer si elle intervient au cours d’une ou plusieurs phases.

L’occupation précoce, représentée par un possible paléosol, fera l’objet de développements spécifiques reposant, entre autres, sur une analyse micromorphologique.

Enfin, une attention particulière sera portée à la question des limites chronologiques de l’occupation, et notamment d’une fréquentation du site au cours de l’Antiquité tardive.