Les fouilles archéologiques menées sur le site de Lezoux (63) – Rue Félix-Duchasseint ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité d’Isabelle Bouchez dans le cadre du projet d’aménagement porté par SCCV La Poterie (groupe Valor). Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés de l’Antiquité et de l’Époque contemporaine.
Les objectifs de la fouille
L’objectif principal de l’opération était de documenter les rites funéraires et l’organisation spatiale de la nécropole. Les ensembles fouillés devaient être mis en relation avec la population de potiers dont les habitats et les ateliers sont proches, notamment ceux dits de la route Maringues.

Une importante zone funéraire antique
La structure la plus précoce (vraisemblablement datée du 1er siècle de notre ère) correspond à une fosse contenant des éléments de démolition, dont des tuiles et des blocs de grès blanc, ainsi que des fragments de moule à céramique sigillée. Un bloc de grès découvert en position verticale, à la limite de l’angle nord-est de l’emprise, — morphologiquement identique à ceux présents dans le comblement de la fosse — pourrait être assimilé à une borne provenant de la même période.

La fouille de l’emprise a permis la mise au jour d’une aire de crémation datée du Haut-Empire, se caractérisant par une organisation complexe, structurée autour d’une fosse-bûcher et d’un ensemble de fosses de rejet. Ces dernières, de formes oblongues à quadrangulaires, présentent une organisation spatiale suggérant la disposition de trois à quatre ensembles concentriques dispersés sur l’emprise. La structure principale, la plus dense, concentre une cinquantaine de fosses aux recoupements multiples, témoignant d’une occupation récurrente. Si certaines fosses présentent un gabarit standardisé, leur état de conservation est hétérogène, variant de structures très arasées à d’autres plus profondément conservées.


Le mobilier présent est quasi exclusivement composé de céramique brulée, dont l’altération thermique a provoqué la disparition totale de l’engobe. Leur représentation est contrastée, allant de petits fragments à des récipients complets. Une grande variabilité dans la composition des dépôts a été observée, témoignant d’une gestion différenciée des rejets. Outre la céramique, ont été identifiés quelques clous, interprétés comme des éléments structurels issus du montage du bûcher et la présence extrêmement ponctuelle de fragments de verre. Le comblement se caractérise par un sédiment très charbonneux, pouvant être parfois très gras, dont les niveaux supérieurs présentent de nombreuses bioturbations (engendrées par les plantations modernes et contemporaines). Des fragments de bûches ont été retrouvés dans les couches les plus profondes. Parmi ces fosses, a été découvert un dépôt mixte : dépôt secondaire en vase ossuaire accompagné des éléments issus du nettoyage de la fosse-bûcher.
La datation des éléments en céramique place l’ensemble entre la seconde moitié du 2e et le début du 3e siècle de notre ère. Cette datation concorde avec la phase d’apogée de Lezoux, période durant laquelle le centre de production occupait une place prépondérante sur le marché de la céramique au sein de l’Empire romain.

La fosse-bûcher mise au jour, d’une profondeur conservée de 0,60 m, avait été vidangée. Seul le fond a été préservé, livrant de larges éléments de bois carbonisés ainsi qu’un dépôt de mobilier céramique, localisé uniquement dans un angle de la structure. Les parois, fortement rubéfiées, témoignent de phénomènes d’effondrement significatifs. La présence de fragments, retrouvés sous la couche charbonneuse, suggère une utilisation répétée de cette fosse.

Un fossé, orienté nord – sud, longe cet espace funéraire par l’ouest. Bien que sa chronologie reste à définir, il semble structurer l’organisation funéraire du secteur. C’est le long de ce fossé, dans l’angle nord-ouest de l’emprise, qu’une inhumation a été retrouvée. Le sujet, déposé sur le dos, est orienté nord-sud (tête au nord). Son niveau d’ouverture n’est pas clairement identifiable, toutefois, la présence de petits fragments de céramique dans le comblement — possiblement issus du niveau de piétinement de l’aire de crémation — suggère que cette sépulture est postérieure à l’activité de crémation du site. Aucun mobilier d’accompagnement n’a été découvert dans la tombe.

Une série de trous de poteau, de section circulaire, a été observée dans la moitié sud de l’emprise. Certains perforent les fosses de rejet, suggérant une occupation postérieure à l’aire de crémation dont la nature reste cependant à définir. Plusieurs alignements ont pu être identifiés.


Les vestiges contemporains
Enfin les structures les plus récentes concernent les restes d’une clôture contemporaine, le long de la berme nord de l’emprise. Elle se caractérise par plusieurs trous de poteau, alignés et de section carrée, contenant beaucoup de mobilier appartenant au siècle dernier.
Problématiques scientifiques de la post-fouille
Les fosses de rejet présentent des gabarits récurrents. L’étude de post-fouille visera à établir si cette standardisation est corrélée à une évolution chronologique, permettant ainsi d’élaborer une chrono-typologie de ces structures. Elle pourra s’appuyer sur la chronologie relative déterminée par les nombreux recoupements.
Il est nécessaire de comprendre quels sont les rites funéraires associés à ces structures et de retracer les gestes liés au dépôt du mobilier récolté. Un travail de remontage (recollement) des fragments céramiques sera donc nécessaire afin de vérifier si chaque fosse de rejet correspond à une opération unique de nettoyage de bûcher. Il sera complété par des analyses anthracologique et carpologique.
L’organisation circulaire des fosses et les nombreux recoupements feront l’objet d’une attention particulière afin de comprendre leur vocation.
Le matériel, globalement modeste et lié à l’environnement des potiers, soulève la question du statut social des défunts. S’agit-il des ouvriers des officines voisines ? Il est impératif de confronter les phases de fonctionnement de l’aire funéraire avec celles des ateliers de potiers documentés à proximité (secteur de la route de Maringues).
Des recherches seront également menées sur l’analyse paléoenvironnementale et l’évolution du paysage au cours de la période antique.


