Les fouilles archéologiques menées sur le site de Saint-Junien (87) – Le Châtelard – Réseau de chaleur ont été réalisées par le bureau d’études Éveha, sous la responsabilité de Nora Hounieu, dans le cadre du projet d’aménagement porté par Engie solutions. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés du Moyen Âge et de l’Époque moderne.
Objectifs scientifiques
L’opération devait permettre la documentation et l’analyse des structures antérieures au 20e s. afin d’en déterminer l’organisation. En outre, la chronologie relative et la datation des structures devaient être établies pour chaque phase d’occupation. Une caractérisation et un phasage étaient attendus pour les différents espaces identifiés. Afin de répondre à ces problématiques, il s’agissait de documenter les vestiges en rapport avec les espaces de circulation, étudier les niveaux médiévaux pour éclairer l’organisation de ce site défensif. Enfin, une attention particulière a été portée au repérage du tracé des différentes voies ainsi qu’aux éléments structurant du secteur comme les maçonneries, les pavements, les niveaux de circulation, etc.

Le château du Châtelard
Au Moyen Âge, le secteur du Gué Giraud permet le passage sur la Glane, contrôlée par le château du Châtelard en rive gauche et le château Morand en rive droite. Ces châtellenies s’implantent sur des promontoires qui surplombent le cours d’eau et sont en lien avec l’histoire de la ville. Vers 1010, l’évêque en conflit avec les seigneurs alentours, fait construire le château de Beaujeu avec l’aide du duc d’Aquitaine pour tenter de protéger son patrimoine à Saint-Junien. Il semble que la ville ne se dote d’un rempart qu’à partir de la fin du 12e s. ou au 13e s. à la suite à divers troubles et incursions armées ainsi qu’une ligne défensive constituée du Châtelard et du Château Morand. Dans ce dernier, les campagnes archéologiques entre 1980 et 2006 ont mis au jour une occupation entre le 11e et le courant du 15e s.
Le suivi archéologique (Fig. 1) a été divisé en trois secteurs : A (cour du centre de loisir) ; B (tranchée orientée NO–SE dans le parc ) et C (tranchée orientée NE–SO dans le parc).


Les vestiges du secteur A
Dans le secteur A, la faible densité des vestiges s’explique par la présence du rocher affleurant le long de l’aile sud du bâtiment actuel et le fait que les niveaux anciens ont été « râpés » par les aménagements récents (goudronnage de la cour entre autres). Au total, cinq faits archéologiques ont été documentés : une unité maçonnée, deux drains modernes, une fosse de plantation et une limite de parcellaire. La structure linéaire ST 116 orientée NO–SE, montre un comblement lité (Fig. 2) en plusieurs phases avec des remblais assez hétérogènes avec des inclusions variables (TCA, cailloux, charbons). La comparaison avec le cadastre napoléonien de 1812, section D dite du Chattelard et les bâtiments alentours a permis de supposer que ce linéaire est une limite de parcelle moderne (Fig. 3). Cette structure recoupe au nord, la fosse de plantation 117 (Fig. 4), visible dans les bermes orientale et occidentale (où elle se fait couper par le drain 115) de la tranchée. De grandes dimensions, cette fosse voit son fond recouvert d’un complexe racinaire, liseré extrêmement charbonneux incluant du bois en décomposition en son sein. Cette couche racinaire, le comblement hétérogène et argileux de la fosse, l’absence de mobilier archéologique sont autant d’éléments plaidant pour la fonction de cette fosse.

Dans la berme septentrionale de la tranchée longeant l’aile sud du bâtiment, l’unité maçonnée 104 a été mise au jour. Elle est interprétée comme un escalier, visible sur deux assises, chacune construite de deux dalles taillées posées à plat en granite. Directement creusé dans le substrat (arène granitique), un limon brun caractérise son comblement interstitiel. La stratigraphie de la berme méridionale de la tranchée est perturbée par la présence d’un ancien réseau en fonte (apparu au fond de cette dernière et parallèle sur la majeure partie). La canalisation est située au fond de la tranchée actuelle et la stratigraphie supérieure est donc constituée de son comblement d’installation (remblai avec substrat remanié). En l’absence de structure en vis-à-vis de ST 104, il paraît difficile de savoir si cet escalier desservait une cave par exemple ou s’il était juste une installation d’agrément dans la cour de la maison de plaisance de la fin du 18e siècle (achat en 1763 du domaine en ruine par Jean Étienne Roulhac de Traschaussade qui y entreprend des travaux). Les deux drains 115 et 118 avec canalisation en terre cuite ont une orientation qui coïncide avec la fontaine installée dans la cour du centre (Fig. 5), probablement installée à l’époque de transformation du domaine.


Les vestiges du secteur B
Le secteur B renseigne les niveaux altimétriques variables du substrat granitique recouvert par un remblai végétal. Sur les cartes anciennes, ce secteur semble déjà avoir la fonction de jardins. Ce tronçon livre une structure maçonnée (ST 122) orientée NO–SE. Localisée au sud-est du secteur B, la structure 122 est un dalot d’environ 0,80 m de large et visible sur une longueur de 3 m et une hauteur de 0,42 m (Fig. 6). Il est composé de pierres posées à plat sur le fond formant une cuvette en V (Fig. 7), de deux piédroits en blocs taillés de granite, disposés sur une assise, liés à un limon argileux brun compact et homogène et calés par des pierres du tout venant. Les dalles de granite posées sur ces montants constituent la couverture (Fig. 8), liées entre elles par un limon sableux très compact avec de nombreux gravillons. Le comblement limono-argileux avec gravillons et nombreuses racines présent dans la canalisation n’a livré aucun mobilier. Ce dalot n’a pas été observé plus au sud lors de l’ouverture de la tranchée secteur C, ce qui laisse envisager qu’il fasse un coude à un moment plus au sud pour filer vers l’ouest. Cette canalisation pourrait être en lien avec le bâtiment visible sur les plans napoléoniens (Fig. 3).


Les vestiges du secteur C
Le secteur C est caractérisé par la présence d’une délimitation en pierres sèches (ST 109) puis par deux affleurements rocheux. La structure 109 (Fig. 9) se caractérise par un creusement linéaire avec un comblement limono-argileux brun incluant de nombreuses pierres sèches non taillées (tout venant). Son orientation, NO–SE coïncide avec la limite parcellaire du cadastre de 1812 entre les sections 464 et 466 (Fig. 3). Il pourrait s’agir d’un drain fonctionnant avec, même si l’absence de mobilier associé rend l’attribution chronologique difficile et ne permet pas de statuer sur son origine.

Problématiques scientifiques de la post-fouille
Une caractérisation et un phasage sont attendus pour les différents espaces identifiés.


