SAINTE-COLOMBE (69)- Impasse de l’Église

Les fouilles archéologiques menées sur le site de Sainte-Colombe (69) – Impasse de l’Église – Amphi Robin ont été réalisées par le bureau d’études Éveha, sous la responsabilité de Dimitri Simon, dans le cadre du projet d’aménagement porté par l’Institution Robin.
Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés de l’Antiquité, du Moyen Âge et de l’Époque moderne.

Objectifs scientifiques

La prescription archéologique portait sur la surveillance des travaux réalisés sur une surface d’environ 637 m², dans le cadre de la construction d’un nouveau bâtiment au sein de l’Institut Robin à Sainte-Colombe.

Il s’agissait de préciser et replacer les premiers niveaux d’occupation anthropique dans leur contexte paléoenvironnemental. On cherchait à comprendre les dynamiques naturelles et anthropiques qui ont présidé à la mise en place de l’occupation antique du secteur, en procédant de la même façon pour l’occupation moderne. Il convenait de s’attacher, d’une manière générale, à la restitution de l’histoire de cette portion de l’occupation de la rive droite de Vienne antique. Il s’agissait ainsi d’établir la chronologie relative et dater les grandes phases d’occupation reconnues, de caractériser les différents espaces identifiés dans la mesure du possible, leur phasage ainsi que leurs modifications successives.

De nouveaux vestiges de l’antique Vienna découverts

Au total, 491 m² de terrain ont fait l’objet de terrassements profonds (Fig. 1). L’opération a permis de documenter des vestiges d’époque romaine globalement très arasés, principalement datés du 1er siècle av. J.-C. au 1er siècle apr. J.-C. Ces découvertes offrent un précieux éclairage sur l’aménagement d’un secteur de la rive droite du Rhône encore peu exploré par l’archéologie.

Fig.1 : Vue générale de l’opération de surveillance archéologique à l’Institut Robin. Crédit : Éveha, 2026.

Nature du substrat et dépôts alluviaux

Des strates de limons gris-vert ont été mises au jour à la base de la stratigraphie dans la partie orientale de l’emprise, à proximité du Rhône. Bien que leur aspect évoque des formations alluviales, leur nature reste incertaine. Ces couches pourraient correspondre à du substrat remobilisé lors de travaux antiques d’envergure ayant profondément affecté ce secteur. Leur surface est d’ailleurs ponctuellement recouverte d’une fine nappe d’éclats calcaires, pouvant marquer un niveau de chantier. L’analyse des prélèvements sédimentaires sera donc déterminante pour distinguer les niveaux naturels des remblais anthropiques. Elle permettra de préciser la manière dont les premiers occupants ont investi et aménagé cette zone bordant la rive droite du fleuve.

Un premier état d’occupation sous la forme d’un habitat ?

Plus en retrait, au nord-ouest, se développe une séquence stratigraphique complexe, ponctuellement conservée sur 1,50 m d’épaisseur. Elle se compose d’une succession de remblais, de sols en terre battue et de rares niveaux de démolition ayant livré des fragments d’enduits peints. Hormis une probable tranchée d’épierrement, aucun mur directement associé à ces niveaux n’a été identifié. Le mobilier archéologique, bien que rare, situe cette occupation entre le 1er siècle av. J.-C. et le 1er siècle apr. J.-C.
Ces vestiges pourraient témoigner d’un habitat ancien, peu caractérisable, démantelé lors d’aménagements ultérieurs.

Un mur monumental antique en bordure du Rhône

Dans la partie nord-est de la parcelle, un mur monumental orienté nord-sud a été suivi sur une dizaine de mètres (Fig. 2). Conservé à l’état de fondation, il présente une largeur imposante de 1,60 m, témoignant d’un programme architectural de grande envergure. Cette structure massive, faisant face au fleuve, pourrait avoir assuré une fonction de mur de terrasse et de façade de bâtiment. Sa position s’inscrit dans le prolongement direct de la façade occidentale de l’ensemble monumental de Saint-Romain-en-Gal, notamment du
« portique du Rhône », dont la construction est datée du troisième quart du 1er siècle apr. J.-C.

Fig.2 : Vue zénithale du mur monumental arasé en contexte fortement remanié. Crédit : Éveha, 2026.

Un aménagement hydraulique d’envergure

La mise au jour d’une double conduite souterraine voûtée constitue la découverte majeure de l’opération (Fig. 3). Orientée est-ouest, cette structure atypique traverse la partie centrale de l’emprise en direction du Rhône. Elle se compose d’une galerie principale (2 m de largeur sous voûte) et d’une seconde plus étroite (1,20 m), conservées sur une quinzaine de mètres sous la forme de segments souvent très arasés, dont le fond n’a pu être atteint.


Fig.3 : Segment du piédroit central des conduites souterraines et départ des deux voûtes arasées. Crédit : Éveha, 2026.

Cette double conduite évoque le dispositif de canalisation traversant le « grand hémicycle » du parc archéologique de Saint-Romain-en-Gal, situé au nord-ouest, et dont les galeries débouchent précisément en direction de l’Institut Robin. Toutefois, les observations, limitées par les contraintes techniques du chantier et l’état de conservation inégal de la structure, restent lacunaires et invitent à la prudence. Ces deux conduites, vraisemblablement vouées à la canalisation d’un ruisseau ou à l’évacuation d’eaux usées, devaient passer sous une terrasse ou un bâtiment dont le mur monumental nord-sud marquerait la façade. La jonction entre ces deux ouvrages n’a toutefois pas pu être observée, en raison de la présence de vastes fosses liées à l’épierrement des structures.

Mobilier archéologique et datation

Le mobilier collecté sur le site est peu abondant et se compose principalement de céramique, de terres cuites architecturales et de fragments lapidaires. Le matériel le plus précoce, daté du 1er siècle av. J.-C., consiste en des fragments d’amphores italiques et de tuiles à rebords tardo-républicaines. L’essentiel du corpus antique se rattache à la première moitié du 1er siècle apr. J.-C. Les découvertes postérieures sont comparativement rares, les niveaux d’occupation correspondants ayant manifestement été décapés lors d’aménagements ultérieurs. Hormis quelques tessons médiévaux (10e-13e siècles), le mobilier post-antique, issu notamment des couches de destruction supérieures de la grande galerie, date des 17e et 18e siècles.

Problématiques scientifiques de la post-fouille

La phase d’étude post-fouille, couplée à un travail de recollement approfondi avec les données archéologiques de Sainte-Colombe et de Saint-Romain-en-Gal, permettra d’apporter des éléments de réponse aux questions soulevées par ces découvertes et d’en préciser l’insertion dans l’urbanisme de l’antique Vienna.

La phase de post-fouille s’attachera en premier lieu à préciser l’insertion du site dans son contexte sédimentaire, afin de lever les incertitudes sur l’origine des dépôts alluviaux mis au jour. Un second axe visera à affiner la caractérisation architecturale et la chronologie des trois grands ensembles découverts, en confrontant les séquences de sols en terre battue au mur monumental et aux structures hydrauliques. L’étude approfondie de la double conduite voûtée permettra d’articuler cette découverte avec les réseaux d’assainissement déjà documentés à Saint-Romain-en-Gal et Sainte-Colombe. Enfin, l’enjeu majeur de ce travail sera de définir la relation spatiale et fonctionnelle entre ces vestiges et le complexe monumental situé immédiatement au nord, afin de mieux appréhender l’extension de ce programme urbain d’envergure sur la rive droite de Vienna.