Les fouilles archéologiques menées à Jarville-La-Malgrange (54) Rue du Moulin ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Audrey Jezuita dans le cadre du projet d’aménagement porté par la commune de Jarville-la-Malgrange.
Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés des Époques moderne et contemporaine.
Problématique scientifique du cahier des charges
Le diagnostic archéologique avait révélé les vestiges d’un moulin à eau, également visible sur les cadastres des périodes moderne et contemporaine. La fouille préventive a été entreprise pour identifier et analyser les composantes de ce moulin, reconnaître et interpréter son architecture (y compris ses annexes), comprendre son fonctionnement,
sa chronologie et son type, ainsi que sa relation avec les aménagements hydrauliques permettant le fonctionnement du moulin et l’environnement. L’objectif était également de restituer l’organisation globale du site et son insertion territoriale (en lien avec la ville, la Meurthe et les autres établissements industriels). Enfin, la fouille visait à préciser la chronologie en identifiant les différentes phases d’occupation entre le moulin moderne et sa reconstruction au 19e siècle, à déterminer la nature et l’importance de chaque phase, et à intégrer ces données pour améliorer la connaissance de la typologie des occupations meunières des périodes modernes et contemporaines, tant au niveau régional que micro-régional.


Les vestiges du moulin à eau
Le moulin à eau de Jarville-la-Malgrange est connu par les textes et les plans dressés entre 1812 (cadastre napoléonien) et 1897, date à laquelle l’activité meunière ne semble plus exercée.
Le moulin à eau d’Époque moderne est archéologiquement mal connu. Le cadastre napoléonien figure un bâtiment au plan asymétrique, avec un canal d’amenée où on peut observer la présence d’un pont permettant de franchir le bief en amont du moulin, une roue qui semble horizontale, et un canal de fuite qui n’apparaît pas en plan, celui-ci étant souterrain. De ce moulin, il reste peu d’indices archéologiques. À l’est, deux tranchées de récupération des murs ont été repérées.
Elles correspondent au mur oriental du moulin moderne et au mur méridional.
À l’intérieur du moulin reconstruit entre 1812 et 1815, les indices du moulin moderne sont peu nombreux. L’extension d’une pièce au nord du moulin, visible sur le cadastre napoléonien, n’est connue que par l’étude d’un mur dont l’appareillage et le liant diffèrent là où, en superposant le cadastre napoléonien, se trouve le mur nord de cette extension.
La fouille d’une cave voûtée a permis d’identifier les vestiges de la chambre de la roue, représentée sur le cadastre napoléonien.
Recouverte par des couches d’argile hydromorphe et coupée par une canalisation, la pièce du moulin était recouverte d’un sol en planches de bois. Un trou central indique l’emplacement du tourillon de l’arbre moteur vertical du moulin. Les murs formant la pièce contenant autrefois la roue et ses mécanismes de transmission de mouvement aux meules sont conservés sur trois assises, soit une hauteur de 0,30 m. Aucun mécanisme n’a été retrouvé au cours du dégagement manuel de cette pièce.

La fouille archéologique a permis de mettre au jour un plan différent de celui du cadastre napoléonien. La forme rectangulaire ainsi que le changement d’orientation du bâtiment est connu depuis 1852 par une mention dans un article du journal «l’Espérance : courrier de Nancy » daté du 15 novembre 1852 et par un plan de 1862, où plusieurs dépendances sont accolées à l’angle nord-est du moulin. En 1889, le plan du site du moulin figure d’autres dépendances, celles-ci se situant dans le prolongement du chemin du moulin (chemin permettant de franchir le canal d’amenée).

Les vestiges d’une cave voûtée
La découverte dans les remblais de démolition de la grande cave voûtée d’une plaque commémorative permet d’affirmer qu’en 1815, le nouveau moulin est en fonction. Celui-ci est un moulin à roue verticale située contre la façade occidentale de l’usine hydraulique. Seul moulin à eau de la commune de Jarville-la-Malgrange, il a fonctionné de 1815 à 1897, date à laquelle le site meunier est transformé en ferme. Au nord-ouest, un grand bâtiment rectangulaire vient s’appuyer contre l’ancien moulin. Orienté est-ouest, ce hangar figure sur les plans anciens de la propriété de M. Goüy de Bellocq. On remarque que la roue a disparu. Seuls des fragments de meule en grès rose des Vosges ont été mis au jour. Ils ont été découverts en remploi dans des murs formant une petite pièce au sud-est du moulin.
Ces pièces ont été totalement remblayées puis recouvertes d’une dalle en béton dans les dernières années d’occupation du site. Aucun autre mécanisme meunier appartenant au moulin reconstruit vers 1815 n’a été découvert au cours de la fouille. La ferme et ses dépendances perdureront jusqu’à la démolition totale du site entre 1983 et 1988.


Problématiques de la post-fouille
La post-fouille est encore en cours et a à coeur de tenter de déterminer l’état de conservation du moulin moderne et les mécanismes internes présents par une étude documentaire détaillée ainsi que la(les) fonction(s) du moulin. Elle devra également déterminer les raisons qui ont amené à rebâtir à neuf le moulin entre 1812 et 1815, ainsi qu’étudier l’évolution du moulin (forme, fonction) entre 1815 et 1897, date à laquelle le moulin semble cesser l’activité de meunerie. Enfin, une étude de l’impact des installations du 20e siècle sur les vestiges retrouvés en fouille sera mise en place.


