Les fouilles archéologiques menées sur le site de Saint-Junien (87) – Centre-Ville – Réseau de chaleur ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Jérémy Coulaud dans le cadre du projet d’aménagement porté par Engie solutions. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés du Moyen Âge à l’époque contemporaine.
Les objectifs scientifiques de la fouille
L’objectif de cette opération était de documenter et analyser toutes les structures antérieures au 20e s. découvertes lors de l’avancement des travaux, afin de déterminer l’organisation et la structuration de l’ensemble des vestiges. Elle devait s’attacher, pour chacune des grandes phases d’occupation médiévale et/ou moderne, à établir leur chronologie relative et à les dater. Les différents espaces identifiés devaient, dans la mesure du possible, être caractérisés et le phasage de leur mise en place et de leurs modifications successives établis.
Les vestiges associés au Moyen Âge
Lors du suivi effectué dans le centre-ville de Saint-Junien, quelques vestiges ont pu être rattachés à la période médiévale. En effet, en traversant la rue Camélinat, l’ancien rempart de la ville est apparu partiellement (Fig. 1). Construit avec des pierres de granite, sa largeur conservée avoisine 1,70 m, la partie orientale étant recoupée par un réseau d’eaux usées. Une semelle de fondation a pu être observée, servant d’appui aux premiers lits de pierre en élévation. Le liant utilisé correspond à un mortier très sableux de couleur jaune, très faiblement chargé en chaux, pouvant indiquer une faible qualité de construction. En association avec le rempart et situé à 2,70 m vers l’ouest du parement occidental, un fossé a été légèrement dégagé, ce qui a permis de découvrir sa largeur maximale, entre 12,50 m et 14 m. Seul le comblement supérieur a pu en être exploré avant que la côte de fond des travaux n’ait été atteinte. Ces deux éléments permettaient la défense passive de la ville au Moyen Âge puis pendant les guerres de Religion à l’Époque moderne.

En comparant, pour le moment, la mise en œuvre globale du rempart de la rue Camélinat, nous pouvons également associer à cette phase médiévale la construction d’un mur bordier de voirie, présent dans la rue d’Arsonval. En effet, une maçonnerie parementée, encore en place sur deux assises de pierre reposant sur un fin niveau de mortier, délimite l’ancienne largeur de la rue (précédemment appelée rue Rochebrune), côté ouest (Fig. 2). Associés au mur bordier, deux niveaux de voiries ont pu être observés, présentant une phase de recharge (Fig. 3). Le premier niveau de circulation correspond à une préparation limoneuse de couleur brune, mélangée avec des pierres, surmontée d’un niveau plutôt sableux et compact de couleur jaune. L’ensemble des niveaux de voirie vient s’appuyer contre le mur bordier de l’ancienne rue Rochebrune.


L’occupation à l’Époque moderne
La différenciation à l’heure actuelle entre l’occupation médiévale et celle de l’Époque moderne demeure ténue, tant que les études en phase de post-fouille n’ont pas été effectuées. Au-delà de cet état de fait, nous pouvons tout de même rattacher des vestiges archéologiques à cette période.
Le premier ensemble situé dans l’actuelle cour de la cité administrative semble traduire une occupation moderne. Selon l’historiographie, les Filles de Notre-Dame de Limoges viennent s’installer dans un couvent construit à partir de 1654 par Claudine de Dreux. Aucun vestige antérieur à l’Époque moderne n’a été observé, chronologie relative révélée par les tessons de céramiques présents dans les couches. La localisation de la tranchée de fouille a permis d’atteindre la délimitation entre le jardin et la « galerie » nord du cloître. Celle-ci se traduit par la présence de deux maçonneries, orientées sur un axe nord-ouest – sud-est. Un niveau de circulation semble fonctionner avec, illustrant le niveau initial d’occupation de la zone. Cet ensemble s’installe sur des remblais hétérogènes, ayant probablement servi de nivellement pour l’installation du couvent. Recouvrant les deux maçonneries, plusieurs épaisseurs de remblais sont déposées dont certains niveaux correspondent à du béton, aménagés à la période contemporaine. Plus à l’ouest et en lien avec le couvent, un puits a été rencontré. Ce dernier conserve deux phases d’aménagements. La première pourrait être associée à la période moderne. Cela est représenté par le creusement plutôt circulaire de la partie centrale de l’aménagement, surmontée par une margelle en moellons granitiques équarris (Fig. 4). La seconde est à rattacher au 20e s. par la mise en place d’un coffrage en béton au-dessus de la margelle en pierre. Des tuyaux ont été employés, recoupant l’ancienne construction en pierre.

Le second ensemble se concentre sur la place Beauclair, à l’intersection entre les rues d’Arsonval et la rue Beauclair. Trois fosses de petites dimensions sont aménagées dans l’arène granitique. L’une d’elles est assez intéressante, car plusieurs comblements ont été observés (Fig. 5). Le remplissage inférieur correspond à de la chaux, surmontée par un niveau cendreux puis un dépôt très charbonneux. Il est possible que cette fosse ait pu servir de zone de travail pour une activité artisanale. La présence de chaux pourrait correspondre à une activité de construction, afin de fabriquer du mortier. Enfin, une fosse beaucoup plus imposante se situe dans la continuité orientale de la place Beauclair (Fig. 6). Cette structure se caractérise par un creusement circulaire imposant, dont le comblement est bien stratifié (au moins six niveaux différents). Toutes les couches sont munies de mobilier archéologique, notamment céramique. L’étude des lots issus de cette fosse permettra de caractériser la typologie et la chronologie des éléments recueillis, améliorant la compréhension du secteur.


Les aménagements contemporains
Plusieurs structures rencontrées illustrent des aménagements liés à la période contemporaine.
La rue située au nord de la Place Lacôte témoigne de l’implantation de fosse à arbres à cette époque. De nombreuses fosses de grande envergure ont été traversées, présentant un faciès et des caractéristiques de comblements similaires (Fig. 7). Il est possible de rattacher l’implantation de ces structures aux travaux engagés pour la création du boulevard de la République, autour de l’ancienne enceinte urbaine de la ville de Saint-Junien à la fin du 18e s. et à la première moitié du 19e s. Au niveau de l’intersection entre la rue Lacôte et le boulevard Sadi Carnot, des rails de l’ancienne ligne départementale n° 3 du tramway Limoges / Bussière-Poitevine, utilisée entre 1911 et 1946, ont été observés, illustrant les aménagements ferroviaires du début du siècle dernier.

Enfin, plusieurs canalisations ont été observées à divers endroits du tracé des tranchées (rue d’Arsonval, Boulevard de la République section A et B, rue Camélinat et rue Rorice Rigaud) (Fig. 8). Ces structures témoignent d’un renouvellement du système d’assainissement de la fin du 19e et du début du 20e s. en centre-ville. Ces canalisations possèdent une même mise en œuvre : deux piédroits d’environ 0,50 m de hauteur, surmontés par des dalles grossièrement taillées, posées à plat. Elles sont orientées généralement sur un axe nord – sud, suivant la pente naturelle pour faciliter l’écoulement des eaux. Les canaux sont tous comblés. Les comblements sont sableux, plutôt meubles et de couleur gris à noir. Ils témoignent d’un dépôt naturel lors de l’utilisation des canalisations. Du mobilier contemporain (déchets vestimentaires, emballages, etc.) a été observé dans les comblements intérieurs.

Les objectifs de la post-fouille
Dans les mois à venir, les travaux de post-fouille vont permettre de rassembler et interpréter l’ensemble des données, avec pour objectifs d’apporter, autant que faire se peut, de nouveaux éclairages sur l’organisation de la ville, de ses défenses, de son habitat, de son artisanat et l’utilisation de son espace. Ils permettront également d’affiner le repérage du tracé des voies, mais aussi des autres éléments structurant ce secteur (maçonneries, pavements, niveaux de circulation, canalisations, etc.).


