Les fouilles archéologiques menées sur le site de Thiais (94) – Cours Sainte Marthe – Lot 5 ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Stéphane Adam dans le cadre du projet d’aménagement porté par la SAS Badiane. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés du Paléolithique, de la Protohistoire et de l’Antiquité.
Problématiques scientifiques
D’après le diagnostic, le site du Cours Sainte-Marthe comportait plusieurs occupations distinctes que la fouille devait permettre de mieux cerner.
Ainsi, au diagnostic, une première séquence attribuée au Pléistocène supérieur (Weichselien) se composait de formations limoneuses explorées sur 3.5 m de puissance en moyenne.
Quelques indices d’occupation préhistorique avaient également été mis au jour, tandis qu’une fréquentation datant du Mésolithique pouvait être envisageable pour ces contextes.
Pour la période protohistorique, une fosse comportant un dépôt de crâne d’auroch et témoignant d’une pratique relativement rare, avait été vue au diagnostic. Il convenait donc de rester vigilant quand à la présence d’autres structures de la période dans l’environnement de l’emprise afin de restituer, le cas échéant, le contexte de cette fosse particulière et l’activité associée.
Au diagnostic, les vestiges de la période antique étaient assez diffus, mais le contexte était relativement propice à l’aménagement d’établissements de type ruraux, comme c’est le cas dans la plupart des aires fertiles d’Île-de-France. Il convenait donc d’en déterminer l’étendue, l’origine et la qualité, éventuellement l’économie et la production ainsi que le statut de l’établissement.
La période médiévale était marquée par la présence de quelques fours. La poursuite de la fouille devait permettre, dans une certaine mesure, de mieux discerner la distribution de même que la temporalité de l’implantation et de l’abandon de cet ensemble.

Le contexte de la fouille
L’opération archéologique a permis l’identification de 98 faits au total, dont 80 structures ou unités stratigraphiques retenues. Ces découvertes couvrent une vaste chronologie, s’étendant du Paléolithique Moyen à l’Antiquité. La fouille se situait dans un contexte de pollution des sols qui a nécessité la mise en place d’un protocole strict afin d’assurer la sécurité des archéologues (port de combinaisons et de masques, gants…).
Les vestiges du Paléolithique moyen
Deux sondages exploratoires ont mis au jour un mobilier lithique (cinquantaine de pièces) datant du Paléolithique moyen. Ces artefacts sont en position secondaire, piégés dans des ravines. L’hypothèse est qu’ils ont été déplacés par l’érosion du plateau situé à 600 m à l’est et au nord du site. La présence de faune (cheval) datant du Paléolithique supérieur découverte dans les loess est également notée.

Fig.2 : Cliché du sondage exploratoire 2 en vue d’atteindre les niveaux paléolithiques. Crédit : Éveha, 2025.

Fig.3 : Découverte d’un artefact du Paléolithique moyen. Crédit : Éveha, 2025.

Les vestiges de la Protohistoire
Les vestiges des périodes historiques commencent avec des structures de la Protohistoire, bien que leur quantité soit jugée négligeable par rapport aux attentes. Des fosses d’extraction (type polylobée) ont été découvertes dans le secteur nord, à proximité d’une potentielle fosse de chasse ou d’un silo datant de l’âge du Bronze.

L’occupation antique
L’activité la plus marquante et la mieux organisée est celle de l’Antiquité. Elle est caractérisée par le creusement de fossés et de fosses, l’aménagement d’une bâtisse en dur ou à architecture mixte dotée d’un cellier, la construction d’un bâtiment sur poteau au centre de la parcelle, la présence de structures chemisées de tuiles, d’une petite fosse aux parois argileuses, de fours et de fosses de rejets.
Une précision importante est apportée sur la datation : les fours et foyers sont attribués à la période antique, infirmant les suppositions initiales qui les plaçaient au Moyen Âge.
L’activité identifiée sur le site, pour l’Antiquité, est essentiellement à vocation agricole ou artisanale. Il est supposé que cette cellule d’ordre familial pourrait appartenir à un domaine plus vaste (villa?) non localisé à ce jour dans la plaine alluviale de la Seine. L’étude approfondie du mobilier recueilli est attendue pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.


Problématiques scientifiques de la post-fouille
Le caractère multiphasé du site nécessite une phase d’étude approfondie visant à établir une chronologie précise et un plan phasé détaillé. Pour ce faire, une analyse des différents mobiliers mis au jour sera essentielle, notamment pour déterminer si la fosse polylobée et la fosse contenant l’auroch sont contemporaines et pour mieux cerner la durée exacte de l’occupation antique. Concernant les périodes les plus anciennes (Paléolithique), des datations OSL (Optically Stimulated Luminescence) sont programmées pour affiner l’âge des dépôts relevés lors des sondages. De nombreux prélèvements (en rail et en seau) ont déjà été réalisés pour ces périodes (Paléolithique moyen et supérieur) et feront l’objet de tamisages, ainsi que d’une observation microscopique visant à caractériser la nature des dépôts, leur granulométrie et la malacologie.
Pour la Protohistoire, des analyses spécifiques seront menées sur la structure profonde qui a livré des fragments d’auroch afin de déterminer sa fonction, l’enjeu étant de savoir s’il s’agissait d’une fosse de chasse ou d’un silo.
Enfin, des analyses physico-chimiques sont programmées sur les structureschemisées de tuiles, ce qui pourrait aider à en déterminer l’usage (potentiellement un bac à chaux ou de décantation). Étant donné la taille relativement modeste de cet établissement rural antique, l’examen exhaustif des vestiges et du mobilier est crucial pour en déduire son évolution, son statut et ses types de production associés, des informations qui serviront ensuite de base à une comparaison à l’échelle régionale.



