La fouille archéologique de la parcelle située au lieu-dit « Le Magoulot », sur la commune de Lanty-sur-Aube (52), s’est déroulée au printemps 2024 sur une superficie de 25 000m², sous la direction d’Émilie Morin, préalablement à l’extension de la zone d’exploitation de la carrière de granulats par la société André Boureau. Cette opération a permis la mise au jour d‘une occupation du site au cours de la Protohistoire et des indices de fréquentation jusqu’au Moyen Âge.
Les objectifs de la fouille
Cette intervention fait suite à un diagnostic archéologique réalisé en 2015, qui avait notamment mis en évidence l’omniprésence de paléochenaux et les contraintes qu’ils induisaient pour toute occupation anthropique. Ce secteur de la plaine alluviale de l’Aube, et plus globalement de cette partie de la Haute-Marne, est encore assez peu documenté mais reste propice à des découvertes archéologiques qui pourraient permettre de venir compléter les connaissances actuelles de cet espace. Les objectifs scientifiques concernaient ainsi les paléochenaux, mais aussi tous les vestiges d’occupation ou de fréquentation, de type gué, construction en bois, pierres etc. en lien avec ces chenaux.

La Préhistoire
Concernant la période néolithique, un seul artefact a été mis au jour, en position secondaire. Une fréquentation des lieux à cette période semble donc envisageable. La présence de mobilier erratique ou en position secondaire est à garder en mémoire lors du décapage et de la fouille. Il n’est pas exclu que d’autres indices d’occupation soient également présents.
La Protohistoire

La période protohistorique étant la mieux représentée sur l’emprise. Les vestiges ont été mis au jour dans la partie orientale de la zone prescrite. Localisés sur la butte de tuf, point le plus élevé du site, ils révèlent une concentration de bâtiments sur poteaux et de systèmes d’enclos. La superposition de ces éléments architecturaux suggère une succession de différents états de construction. L’étude du mobilier céramique n’indique cependant que peu de phases chronologiques, et tous ces aménagements semblent avoir été utilisés au cours de la fin du Ier âge du Fer.
Les découvertes devaient permettre de définir et documenter les structures d’habitat et activités associées, ainsi que toute trace liée à cette occupation. La localisation de cette dernière , sur une butte cernée de paléochenaux, à proximité du cours de l’Aube, nécessitait une réflexion accrue pour tenter de comprendre quelles ont été les motivations d’implantation d’un habitat dans un tel milieu, ses modalités et ses interactions avec celui-ci. La présence d’anciens méandres et de zones humides, favorisant la conservation de matière organique et le piégeage de mobilier, donne souvent de riches informations concernant la nature de l’anthropisation des lieux et son contexte environnemental, mais fournit également des datations absolues.
Les indices d’aménagement de paléochenaux observés lors du diagnostic méritaient une attention particulière car encore trop peu renseignés. Il était ainsi nécessaire de pouvoir les dater et de tenter d’en comprendre la fonction, les modalités de mise en place et leur finalité. La recherche de constructions et d’aménagements en lien avec ces chenaux fut donc systématique.
Ces paléochenaux ont été testés par une dizaine de sondages mécaniques transversaux afin de documenter la dynamique de dépôt des alluvions, qui constituent la principale composante sédimentaire du site, reposant sur un niveau de tuf. Les principaux chenaux ainsi identifiés, numérotés US 08 et US 09, ont livré du mobilier permettant de dater leur comblement au cours du haut Moyen Âge et suggérant la présence d’un site antique à proximité.
Les comblements organiques observés en fond de chenaux ont fait l’objet de prélèvements destinés à des analyses paléoenvironnementales, afin d’enrichir la connaissance de l’évolution du milieu dans ce secteur. Des fossés de drainage sont attestés jusqu’à la période actuelle, visant à assainir la mouillère en limitant l’eau stagnante. En revanche, aucun aménagement anthropique directement lié à ces paléochenaux, tel qu’un dispositif de franchissement ou une canalisation, n’a pu être mis en évidence. Le creusement du substrat, induit par le ruissellement en provenance de l’est, constitue un marqueur supplémentaire du dynamisme alluvial, notamment à proximité de la butte de tuf orientale supportant l’occupation protohistorique. Le morcellement du fossé d’enclos peut ainsi être interprété comme la conséquence directe de crues de forte intensité.
Enfin, les évolutions du paysage fluviatile et les processus hydro-sédimentaires associés à la topographie du terrain sur l’emprise concernée ont été documentés afin de percevoir leur impact sur les dynamiques d’occupation protohistoriques. Des analyses seront déterminantes afin de préciser les évolutions du paysages aux différentes périodes d’occupation et les stratégies socio-culturelle et d’économie de production mises en place par les groupes humains. Le projet caractérisera les interactions Homme-Milieu à l’échelle du site en définissant les conditions environnementales du site et les activités humaines.
Problématiques scientifiques de la post-fouille
Les recherches, encore en cours, portent sur les différents systèmes d’enclos et sur l’entretien des aménagements (curage des fossés, réutilisation de poteaux, etc.), afin de préciser la nature de cette occupation et son environnement immédiat.


