SAINT-LÉONARD (76) – Centre Bourg

Les fouilles archéologiques menées sur le site de Saint-Léonard (76) – Centre-Bourg ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Marc-Antoine Thierry dans le cadre du projet d’aménagement porté par la Commune de Saint-Léonard.
Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés du Néolithique à l’époque contemporaine.

Objectifs scientifiques

L’opération de fouille préventive menée en amont du projet Centre-Bourg à Saint-Léonard (76) offrait l’opportunité de compléter les connaissances sur les modes d’occupation et la structuration du paysage sur les plateaux du littoral du Pays de Caux, entre le Néolithique récent et la période antique. En effet, le diagnostic avait mis en évidence des indices très probants d’une occupation datée entre le Néolithique récent et l’âge du Bronze final, mais dont l’étendue et les limites n’avaient pu être clairement définies, à l’instar des occupations de ces périodes et implantées sur les plateaux. La collecte et l’enregistrement du mobilier lithique lors du décapage et de la fouille devaient permettre à minima de compléter le riche corpus mis au jour lors du diagnostic. Son étude, croisée avec les observations géo-archéologiques réalisées sur le terrain, devait fournir de précieuses données sur la nature de l’occupation et les activités inhérentes à cette période.

L’étude de l’occupation datée entre la fin de l’âge du Fer (La Tène finale, -100 à -25 av. n. è.) et le début de l’Antiquité (Haut Empire, -25 à 285 de n. è.) devait permettre, entre autres, de mieux cerner la structuration du territoire sur la frange littorale du plateau cauchois, ainsi que les interactions entre les différentes occupations datées de cette période charnière.

En outre, les différentes recherches menées à l’issue de cette opération devaient s’inscrire dans un contexte archéologique relativement dense pour les périodes concernées, démontrant une occupation continue depuis le Néolithique jusqu’au Haut-Empire de ce secteur géographique, en particulier aux environs de Fécamp et de la valleuse menant à Saint-Léonard.

Des occupations pré et protohistoriques

L’opération de fouille archéologique de Saint-Léonard « Centre-Bourg » couvre une superficie prescrite de 2,6 hectares, répartie en trois secteurs (Fig. 01 et 02).

Fig.1 : Vue générale des trois secteurs de fouille. Crédit : Éveha, 2026.
Fig.02 : Plan général des vestiges. Crédit : Éveha, 2026.

Pour les périodes du Néolithique et de la Protohistoire ancienne, les fouilles ont révélé une occupation précoce du plateau. La présence néolithique est principalement attestée par un riche corpus de mobilier lithique, mis au jour sous la forme d’isolats et dans les niveaux de recouvrement du site, ou encore en position résiduelle dans les comblements de structures plus récentes. Ce mobilier confirme la fréquentation de la frange littorale du plateau cauchois dès le Néolithique moyen ou récent et d’une occupation humaine à rechercher à proximité immédiate de l’emprise de fouille.

Fig.03 : Vue oblique d’un enclos funéraire protohistorique. Crédit : Éveha, 2026.

Les témoins de l’occupation du plateau durant l’âge du Bronze semblent être exclusivement illustrés dans la sphère funéraire. Dans le secteur 1, un enclos funéraire circulaire et continu de 9 mètres de diamètre a été mis en évidence (Fig. 03), ainsi qu’un second fossé circulaire plus modeste de 2,70 mètres. Le secteur 2 livre également des vestiges de même nature et se rapprochant des enclos funéraires protohistoriques, avec la présence d’un fossé circulaire discontinu d’environ 6 mètres de diamètre, au centre duquel a été mis en évidence une petite fosse circulaire, ainsi que deux fossés circulaires et continus de 4 et 5 mètres de diamètre.

Fig.04 : Vue oblique de l’entrée de l’enclos dans le secteur 1. Crédit : Éveha, 2026.

Une occupation de la fin de l’âge du Fer (La Tène) et du début de l’Antiquité (Haut-Empire)

L’occupation majeure du site s’inscrit durant la période charnière de La Tène finale et du Haut-Empire, marquée par au moins trois établissements ruraux en constante évolution. L’organisation de l’espace s’articule d’abord autour d’un maillage dense et fossoyé. Dans le secteur 1, un enclos principal est délimité par de puissants fossés dotés d’une entrée à l’ouest, connaissant plusieurs phases de réaménagement (Fig. 04 et 05). Le secteur 2 révèle une organisation complexe d’enclos imbriqués, structurés notamment par un grand fossé dit en « agrafe » délimitant l’occupation à l’ouest. Dans le secteur 3, l’espace s’organise autour d’un chemin creux bordé de fossés et d’un parcellaire orienté selon un axe nord-ouest – sud-est.

Fig.05 : Vue en coupe du fossé d’enclos dans le secteur 1. Crédit : Éveha, 2026.

Au sein de ces trames parcellaires, plus d’une dizaine de bâtiments sur poteaux plantés et à vocation domestique ou agropastorale ont été reconnus. Dans le secteur 1, plusieurs alignements de trous de poteau matérialisent des bâtiments de plan ovale ou quadrangulaire. Le secteur 2 concentre au moins sept édifices, dont des greniers sur quatre poteaux et des bâtiments quadrangulaires mesurant jusqu’à 5,40 mètres de long. Le secteur 3 se distingue par la présence d’un bâtiment sur neuf poteaux et dont l’architecture est caractéristique des greniers du second âge du Fer (Fig. 06).

Fig.06 : Vue zénithale du greniers sur poteaux plantés. Crédit : Éveha, 2026.

Plusieurs secteurs d’activités ont été reconnus au sein de ces établissements ruraux. Il s’agit notamment de la conservation et du stockage des denrées alimentaires, illustrées par la découverte de celliers quadrangulaires et des silos (Fig. 07), en complément des quelques greniers précédemment cités. La fouille du comblement d’un silo du secteur 2 a permis de rassembler un lot conséquent de meules et molettes, en lien avec la mouture du grain (Fig. 08). Les secteurs 1 et 3 ont livré des structures de combustion élaborées, vraisemblablement à vocation domestique. Elles sont dotées de chambres de chauffe, de fosses de travail et de soles en argile reposant sur des radiers de silex. L’approvisionnement en eau ou l’abreuvement du bétail est illustrée par une mare, alimentée par un fossé d’enclos dans le secteur 2. De vastes fosses d’extraction du limon et des argiles à silex sont également à remarquer dans le secteur 1.

Fig.07 : Vue oblique d’un cellier en cours de fouille. Crédit : Éveha, 2026.
Fig.08 : Vue en coupe d’un rejet de meules dans le comblement d’un silo. Crédit : Éveha, 2026.

Le dynamisme de ce site s’exprime également à travers ses activités artisanales, et tout particulièrement par la métallurgie du fer. En effet, de nombreux rejets de scories, culots de forge et de charbons de bois ont été mis au jour dans les fossés et structures de stockage du secteur 1.

Enfin, les pratiques funéraires sont matérialisées dans le secteur 1 par la découverte de cinq sépultures secondaires à crémation datées du Haut-Empire. Les restes osseux brûlés étaient déposés au sein de vases-ossuaires en céramique commune sombre, accompagnés ponctuellement de cruches à pâte claire et de résidus du bûcher. L’une des sépultures se singularise par un mobilier d’accompagnement plus important, bien qu’exclusivement composé de vases céramiques, ainsi que la présence de clous en fer dont la répartition suggère l’existence d’un coffre en matériaux périssables (Fig. 09).

Fig.09 : Vue zénithale d’une sépulture secondaire à crémation antique. Crédit : Éveha, 2026.

Une réoccupation aux périodes moderne et contemporaine

Durant les époques moderne et contemporaine, l’aménagement de l’espace se limite à une réorganisation du paysage agraire. Les secteurs 1 et 3 sont marqués par le creusement de fossés parcellaires orthonormés et d’un chemin qui coïncident avec les tracés figurant sur le cadastre dit napoléonien. L’occupation contemporaine est singulièrement illustrée dans le secteur 3 par la découverte de chablis et d’une fosse détritique ayant livré divers objets militaires, dont des flacons de décontamination corporelle (Hautentgiftungssalbe) distribués aux soldats de l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale (Fig. 10).

Fig.10 : Vue générale d’un dépotoir daté de la Seconde Guerre mondiale. Crédit : Éveha, 2026.

Problématiques scientifiques de la post-fouille

Les études de post-fouille sont actuellement en cours et poursuivent plusieurs objectifs comme caractériser les occupations et la nature des activités entre le Néolithique et l’époque contemporaine, préciser l’organisation générale des vestiges et l’organisation des espaces internes identifiés, caractériser l’architecture, les techniques de construction et la fonction des différents bâtiments, définir le phasage général des vestiges, ainsi que la chronologie relative et absolue des occupations.

Enfin, l’étude des différents types de mobilier archéologique devra permettre de préciser le statut économique des différentes occupations.