Les fouilles archéologiques menées sur le site de Neuville-aux-Bois (45) au lieu-dit Rue du point du jour ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Cyrille Ben Kaddour dans le cadre du projet d’aménagement porté par SAS Batilogistic, NG Concept. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges diachroniques appartenant aux périodes allant du Paléolithique, à l’époque contemporaine.
Objectifs scientifiques
L’objectif de cette opération archéologique était la caractérisation et la datation des composantes mises au jour lors du diagnostic, à savoir l’enclos fossoyé antique et protohistorique, ainsi que l’étude de son environnement immédiat. Cela devait permettre de déterminer la nature, l’organisation et l’extension de l’occupation antique.
Il s’agissait en premier lieu d’identifier et d’étudier les éléments structurants de cette occupation, à commencer par l’enclos du Haut-Empire (1er-2e siècle de notre ère), en déterminant son emprise et son organisation interne. Cela comprend notamment l’analyse minutieuse des aménagements (partitions internes, accès…) et les unités architecturales associées à cet enclos.
Elle avait également pour objectif de caractériser, dater et interpréter les composantes de l’établissement rural antérieur du second âge du Fer (-450 à -25 avant notre ère), de préciser l’évolution de son occupation et les modalités de son abandon, voire de sa réoccupation au Haut-Empire.
Parallèlement, cette opération visait également à mettre en relation les données découvertes avec les différents sites antiques, identifiés dans le cadre des opérations préventives réalisées en périphérie de l’agglomération neuvilloise, notamment dans le cadre du projet autoroutier A19, pour une approche spatiale de l’occupation du territoire rural sud-carnute.
Une attention particulière a été portée aux vestiges d’autres périodes, antérieures et/ou postérieures, comme par exemple les trames viaires médiévales appréhendées lors du diagnostic et traversant pour partie l’emprise prescrite.
Présentation des résultats scientifiques
Cette opération a permis de documenter, sur 2,7 hectares, un total de 950 structures archéologiques, révélant des occupations diachroniques, du Paléolithique supérieur (-35 000 à -9500 avant notre ère) à la période contemporaine.

Fig.1 : Plan général par type de structures. Crédit : Éveha 2026.

Fig.2 : Orthophotographie de l’enclos antique. Crédit : Éveha 2026.
Les vestiges préhistoriques
Les traces d’occupation humaines les plus anciennes consistent en une concentration de fragments d’objets lithiques (silex taillée) répartis sur une quinzaine de mètres carrés, piégés dans une anomalie géologique. Au total, ce sont près de 1000 artefacts qui ont été prélevés. Ils correspondent à des rebuts de taille sous forme de lames et d’esquilles que l’on peut rattacher aux traditions du Belloisien ou du Laborien datant du Paléolithique supérieur.

Fig.3 : Vue zénithale du locus du Paléolithique final au début de la fouille. Crédit : Éveha 2026.
L’occupation rurale antique
Quelques vestiges épars ont livré du mobilier de l’âge du Fer (-450 à -25 avant notre ère), mais il faut attendre le début du 1er siècle de notre ère pour voir une occupation structurée sur l’assiette de l’opération. À partir de ce moment et jusqu’au 5e siècle, le site est habité et exploité. L’occupation antique se matérialise notamment par la présence d’un grand enclos fossoyé se développant hors emprise, vers le sud. Il est large de 107 m pour une longueur observable de 135 m (soit une surface interne d’au moins 1,3 hectare). Les fossés, au profil en « V », sont larges de 2 m et profonds de 1 m en moyenne. Toutes les structures ponctuelles attribuables à l’Antiquité se situent dans l’emprise de l’enclos. La plupart de celles-ci sont des trous de poteau appartenant à des bâtiments ou à des systèmes de palissades. Les bâtiments sont de petite à moyenne taille et sont généralement faiblement ancrés dans le sol.

Fig.4 : Vue zénithale d’un cellier. Crédit : Éveha 2026
Une dizaine de structures quadrangulaires peuvent être interprétées comme des celliers ou des caves. De tailles diverses, ils attestent de bâtiments de surface n’ayant laissé aucune trace archéologique. Seule la plus grande de ces structures comportait des murs maçonnés, entièrement récupérés. Elles ont généralement livré des lots de mobilier conséquents (essentiellement de la céramique, des terres cuites architecturales et des objets en fer). Au moins deux espaces légèrement excavés ont été dotés de niveaux de sols constitués de petits blocs liés à la terre.

Fig.5 : Vue zénithale d’un cellier avec un amoncellement de blocs de pierre et de tegulae. Crédit : Éveha 2026.
L’équipement de cet habitat rural gallo-romain est complété par une structure de combustion (potentiellement dédiée au séchage des récoltes), deux puits à eau et de grandes fosses destinées à l’extraction de marne calcaire. À noter que, si les anomalies géologiques ont permis la préservation du locus paléolithique, elles ont engendré une difficulté de lecture des structures antiques dans le tiers sud de l’emprise et ont même perturbé le fond de certains vestiges, par un phénomène de gonflements/rétractations des niveaux les plus argileux.

Fig.6 : Éléments en bois dans le puits antique. Crédit : Éveha 2026.
Le parcellaire médiéval et les vestiges contemporains
À la période médiévale (aux 13e-14e siècles), un second enclos est aménagé dans l’angle nord-est de l’emprise. Son orientation reprend celle de l’enclos antique et une inflexion au niveau d’un de ses fossés suggère que l’espace de l’enclos antique était encore visible dans le paysage. Un espace de circulation matérialisé par des ornières et des fossés bordiers est probablement contemporain. Ces éléments se superposent en partie avec des limites figurant sur le cadastre napoléonien.
Enfin, des drains agricoles en céramique, des fosses de plantation et des chablis datant du 19e ou du début du 20e siècle ont également été identifiés sur l’emprise de fouille.
Problématiques scientifiques de la post-fouille
La découverte d’une concentration d’objets lithiques a donné lieu à une prescription de fouille complémentaire. Celle-ci va notamment permettre d’étudier le corpus lithique découvert au cours de cette opération.
L’étude du mobilier recueilli au sein de l’enclos fossoyé permettra de mieux caractériser la nature de son occupation et le statut de ses habitants.


