Les fouilles archéologiques menées sur le site de La Turballe (44) – 6, chemin des Dornabas ont été réalisées par le bureau d’études Éveha, sous la responsabilité de Marine Gourmelon, dans le cadre du projet d’aménagement porté par IFI Aménagement. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés de la Protohistoire et de l’époque contemporaine.
Objectifs scientifiques
La fouille du site du 6, chemin des Dornabas offrait l’opportunité de caractériser une occupation artisanale d’extraction du sel du premier âge du Fer (800 à 460 avant J.-C.). Il s’agissait donc de définir les limites de cette occupation artisanale et rurale, de mettre en évidence les éléments structurants de l’espace (enclos, parcellaire, constructions bâties) et de comprendre comment elle pouvait potentiellement s’articuler avec les vestiges mis au jour sur le site du Penker, situé à moins de 200 m de l’emprise.
Parallèlement, un espace domestique délimité par un enclos et daté du premier âge du Fer, semblait apparaitre via le mobilier céramique découvert au cours du diagnostic. Les vestiges domestiques étant souvent associés aux établissements salicoles, l’opération devait s’attacher à caractériser ce type d’occupation sur le site.
Enfin, des vestiges de la Seconde Guerre mondiale, représentés principalement par un blockhaus situé en bordure du site, devait être étudiés afin d’en apprécier l’insertion, la typologie et la fonction dans les positions du secteur « Tu » du Mur de l’Atlantique.

Fig. 1 : Plan masse temporaire des vestiges en sortie d’opération. Crédit : Éveha 2026
L’âge du Fer, une période marquée par le travail du sel
Les vestiges de l’époque protohistorique mis au jour sur l’emprise concernent principalement l’âge du Fer (800 à 25 avant J.-C.) avec, très certainement, plusieurs occupations successives.
La structure la plus ancienne identifiée est un fossé orienté nord-sud, traversant l’intégralité de la prescription. Antérieur à l’ensemble des autres structures linéaires du secteur, il témoigne d’une occupation ancienne dont la nature reste toutefois difficile à préciser, faute d’autres vestiges associés.
L’occupation protohistorique se concentre ensuite principalement dans la partie nord de l’emprise où un petit locus attribuable au premier âge du Fer se distingue par des fosses, des trous de poteau et une tranchée de fondation curviligne très arasée. Le comblement de cette dernière a livré de nombreux fragments de terre cuite friables, ainsi que des éléments rattachables à l’artisanat salicole. Une probable fosse de décantation liée à cette activité a d’ailleurs été identifiée dans ce même secteur.

Fig. 2 : La fosse polylobée en cours de fouille. Crédit : Éveha 2026
À proximité se trouve l’un des éléments les plus notables du site : une large fosse de plan globalement quadrangulaire, aux bords parfois polylobés, présentant plusieurs creusements successifs (Fig. 2). Les creusements initiaux semblent avoir eu une fonction d’extraction d’argile, avant que la fosse ne soit réutilisée comme fosse de rejet liée à des activités de sauniers, ainsi qu’en témoignent les nombreux artefacts caractéristiques de cet artisanat (godets à sel (Fig. 3) et éléments architecturaux de four de saunier) retrouvés dans son comblement. Dans le creusement sud de la structure, notons qu’un probable puisard a été aménagé.

Fig. 3 : Godet à sel retrouvé dans la fosse polylobée. Crédit : Éveha, 2026.
Cette occupation septentrionale semble bornée au sud par deux ensembles linéaires successifs orientés est-ouest : un premier fossé isolé puis, quelques mètres plus au sud, un probable chemin matérialisé par deux fossés parallèles suivant la même orientation.
Au centre de l’emprise, deux fossés dessinent un angle dont le développement s’oriente vers le nord, ce qui pourrait le rattacher à l’une des occupations identifiées plus au nord, dans le cadre d’un ensemble plus vaste débordant des limites de la zone prescrite. Le fossé bordant l’est de ce supposé enclos se poursuit, au niveau de l’angle, vers le sud hors emprise, dans le sens de la pente du terrain, ce qui est probablement à mettre en rapport avec la gestion des eaux pluviales. Un autre fossé, de dimensions nettement plus modestes, adopte la même orientation et pourrait appartenir à un réseau parcellaire associé à cette occupation. Du mobilier de l’âge du Fer a été recueilli majoritairement dans le comblement de ces fossés.
Enfin, en bordure sud de l’emprise, deux fossés parallèles orientés est-ouest, déjà repérés au moment du diagnostic, confirment l’existence d’un axe de circulation daté de la période protohistorique à cet endroit.
À noter enfin, en marge de cette occupation protohistorique, la présence de quelques fragments de céramique antique dans le comblement de l’un des fossés orientés nord-ouest–sud-est passant à proximité du blockhaus, qui suggère une possible fréquentation plus tardive du secteur.
Un blockhaus de la Seconde Guerre mondiale

Fig. 4 : Vue aérienne de la position occupée par le blockhaus. Crédit : Éveha 2026
L’intervention archéologique a également permis de réaliser une étude de bâti complète d’un blockhaus de la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu’une grande partie des aménagements de la position de campagne associée (Fig. 4). Construit en béton armé et en Hoyerbalken (béton précontraint), la construction se rapproche des modèles de Verstärkt Feldmässiger Ausbau (VFA) construit par l’armée allemande.
L’ouvrage s’inscrit dans un rectangle de 8 m sur 4 m pour une hauteur maximale de 3,70 m. L’abri, destiné au logement des troupes (6 soldats), offre peu de sécurité du fait de la faible épaisseur des murs (< à 1 m). À l’intérieur, une pièce unique de 10 m² offre un confort minimaliste pour les soldats. En effet, rares sont les éléments d’aménagement attesté sur le site. Quelques éléments d’un poêle de bunker de type WT80K (Wohnraum-Taschenofen 80 Kochplatte) ont tout de même été découverts dans le comblement des structures datant de la Seconde Guerre mondiale.

Fig. 5 : Opération d’ouverture de la porte blindée. Crédit : Éveha 2026
La défense de la position est assurée par un poste de *Machine Gun (MG) implanté au sommet du tertre ceinturant l’abri. Accessible depuis les deux larges escaliers situés en façade de l’abri (Fig. 5), un réseau de tranchées se propage aux alentours. À l’ouest, le long de la route, une tranchée se développe vers le sud. L’aménagement défensif semble se développer hors de l’emprise de fouille, le long de cet axe de circulation. À l’est, une seconde tranchée longe le parcellaire et se termine par une fosse circulaire ayant accueilli une MG ou un poste d’observation. Le mobilier associé à cette période est relativement pauvre, notamment en raison de la réoccupation ponctuelle de l’abri dans l’après-guerre (Fig. 6).
*Machine Gun : mitrailleuse

Fig. 6 : Ensemble du mobilier mis au jour dans le comblement de la position de MG. Crédit : Éveha 2026
L’ensemble mis au jour correspond à une position de campagne renforcée permettant le contrôle des routes venant de Piriac-sur-Mer (44) et de La Turballe (44). Elle faisait partie de la ligne de défense terrestre de la grande plage de La Turballe. Idéalement positionnée en amont de la position Tu 17, hébergeant le poste de commandement (PC) du Ost. A.A. 752 et le PC du II./Gren.Rgt.983, ainsi que de la position d’artillerie hippomobile Tu 17a, l’abri fouillé prend part à l’une ou l’autre de ces positions.
L’abri assez rudimentaire, tant dans sa construction que dans sa valeur militaire, se rapporte au début de l’édification des abris en béton dans le secteur. Œuvre du génie local ou de l’organisation Todt, ce type d’abri hors catalogue n’est présent que dans le secteur de La Turballe (44), plusieurs exemplaires étant présents sur les communes du Croisic (44) (Tu 22), du Pouliguen (44) (Tu 27) et de Pornichet (44) (Tu 41). Leurs constructions sont datées de l’année 1942, au plus tard au début de l’année 1943.
Problématiques scientifiques de la post-fouille
La post-fouille devra tout d’abord préciser la chronologie des différentes occupations protohistoriques. Les structures liées à l’activité salicole devront ensuite être mieux caractérisées à l’échelle du site, notamment grâce à l’étude du mobilier en terre cuite recueilli et aux différents prélèvements effectués en vue d’analyses futures (micromorphologie, analyses physico-chimiques, etc.).
L’étude du blockhaus, quant à elle, devra permettre de préciser sa typologie et sa place dans le système de fortification du Mur de l’Atlantique. Ce type de vestige étant rarement étudié en contexte d’archéologie préventive, ce site offre donc une occasion assez rare de pouvoir le documenter.


