LA BAULE-ESCOUBLAC (44) – Ménigot

Les fouilles archéologiques menées sur le site de La Baule-Escoublac (44) – Ménigot ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Quentin Favrel dans le cadre du projet porté par IFI Aménagement. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés de la Protohistoire jusqu’à l’époque contemporaine.

Les objectifs scientifiques de la fouille

La fouille du site du Ménigot – Tranche 2 offrait l’opportunité d’étudier, sur une vaste surface, une occupation domestique et artisanale du Bronze final jusqu’à l’Antiquité.

L’objectif principal était la caractérisation précise des structures rencontrées afin de déterminer la nature, le statut et la fonction des occupations ainsi que leur structuration et leur organisation. Il convenait de distinguer autant que possible les différentes composantes et de mettre en évidence les éléments structurants (fossés, parcellaires, accès…) d’ensembles cohérents d’un point de vue spatial, chronologique et fonctionnel. Les structures d’habitat ont été fouillées exhaustivement. La priorité a été donnée à l’analyse des formes des bâtiments, des activités domestiques et artisanales pratiquées.

D’un point de vue général, l’un des objectifs principaux était de déterminer le phasage des différents vestiges qui ont été reconnus sur le site, en cherchant à en établir la continuité ou, au contraire, à mettre en évidence d’éventuels hiatus. En ce sens, l’étude attentive de la stratification engendrée par la superposition des vestiges et des recoupements entre les structures, ainsi que le positionnement stratigraphique du mobilier découvert, ont été autant d’éléments clés pour la compréhension. Un programme de datation absolue (C14) a également été entrepris pour préciser l’évolution chronologique du site.

Fig.1 : Vue aérienne de l’emprise de fouille. Crédit : Éveha, 2026.

L’occupation de l’âge du Bronze

L’occupation humaine la plus ancienne sur le site de La Baule « Ménigot – Tranche 2 » est identifiée par une pointe de flèche à pédoncule et ailerons découverte de manière isolée lors du décapage. Elle peut être datée aux alentours du troisième millénaire avant notre ère.

Quelques fosses isolées de dimensions variables ont ponctuellement livré de petits lots de céramique qui peuvent renvoyer à l’âge du Bronze. Le lavage et le remontage de la céramique permettra de préciser les différentes phases d’occupation à cette période. Si le Bronze ancien ou le Bronze moyen ne sont pas clairement identifiés, quelques fosses ont fourni suffisamment de mobilier pour assurer une datation au Bronze final, certains récipients évoquant même des productions orientales du style RSFO (Rhin-Suisse-France-Orientale), qui sont rares en région Pays de la Loire.


Fig.2 : Photographie en plan de la fosse F185, en cours de fouille. Crédit : Éveha, 2026.

Une occupation de l’âge du Fer

La majorité des vestiges renvoient à l’âge du Fer. On retrouve notamment des fosses, des trous de poteau, des tranchées, des fossés et quelques silos. Il existe aussi plusieurs phases d’occupation à cette période, qui s’échelonnent du Hallstatt à la fin de La Tène finale.

Fig.3 : Photographie en plan du silo F468. Crédit : Éveha, 2026.
Fig.4 : Vue oblique de F542, avec pilier à sel au premier plan. Crédit : Éveha, 2026.
Fig. 5 : Vue zénithale des piliers à sel et du possible godet conservés dans la fosse F542. Crédit : Éveha, 2026.

L’étape la plus ancienne renvoie vraisemblablement à la fin du Hallstatt ou à La Tène ancienne. Elle est identifiée au coeur du site. Elle inclut un possible bâtiment ou aménagement sur tranchée incomplet, de plan semi-circulaire. À proximité, on retrouve d’autres aménagements sur poteaux quadrangulaires, dont plusieurs greniers et en périphérie des fosses ainsi qu’un silo. Ces derniers faits livrent pour certains des quantités importantes de mobilier, notamment de la céramique, du torchis, des objets en céramique (piliers à sel, pesons etc.), des meules et tout un cortège d’outils en pierre. L’étape la plus récente renvoie à la toute fin de l’âge du Fer. Elle est matérialisée par la présence d’un enclos au nord-ouest de l’emprise de fouille. Plusieurs tranchées et trous de poteau sont identifiés à l’intérieur et permettent d’envisager un ou deux bâtiments. La présence de céramique, mais aussi de fragments d’augets à sel et de parois de four suggère une occupation à vocation domestique et peut-être artisanale. Un réseau parcellaire se développe aussi à l’est de l’enclos. En complément de ce dernier, un réseau de petits fossés, situés cette fois au sud-est du site, semble aussi daté de la fin de l’âge du Fer, notamment par la présence d’augets à sel.

Fig.6 : Dépôt métallique de la fosse F542, malencontreusement perturbé par l’intervention de l’équipe de déminage. Le mobilier extrait a été repositionné. Crédit : Éveha, 2025.
Fig.7 : Partie inférieure du dépôt métallique F542, encore en place. Crédit : Éveha, 2026.

Il existe une dernière concentration de vestiges de l’âge du Fer dans l’angle sud-ouest de site, mais elle n’est pas encore datée de manière précise. Elle comprend une portion d’enclos, avec au moins un bâtiment quadrangulaire ainsi qu’un réseau de petits fossés.

Enfin, une concentration de trous de poteau se développe juste à l’est de ces vestiges, ainsi que quelques grosses fosses, mais leur datation est incertaine, vraisemblablement entre le Bronze final et La Tène finale. Dans la même veine, quelques fosses isolées sont tapissées d’argile plastique gris-bleuté, d’autres ont livré des piliers à sel de morphologie inédite en « haltère », leur datation doit aussi être discutée.

Une occupation datée de l’Antiquité est identifiée au sud-est du site par le passage d’un fossé auquel on peut associer quelques trous de poteau. Elle concerne aussi une partie des fossés parcellaires au cœur du site et s’inscrit probablement dans la continuité de l’occupation de La Tène finale.

Fig. 8 : Photographie de la fosse F279 fouillée à 75 % avec mise en évidence du pendage dans le rejet de céramique et de torchis. Elle contenait un pilier à sel et de la paroi de four au sommet du comblement, près des trois blocs de pierre. On observe aussi plusieurs meules en partie basse et centrale. Crédit : Éveha, 2026.

Un dépôt d’objets en fer a été découvert dans une fosse ou un surcreusement à l’extrémité d’un des fossés. Principalement composé d’outils (coutre et sep, pinces et tenailles, faux et faucilles etc.), mais aussi de produits de forge (demi-loupe) et de deux fers de hache, il s’agit d’un dépôt d’importance notable, mais difficile à dater en l’état. La post-fouille devrait permettre de préciser la datation de cet assemblage, qui ne saurait être antérieur à la fin de l’âge du Fer.

Fig. 9 : Vue zénithale de la fosse F467. Crédit : Éveha, 2026.

Des vestiges contemporains

L’occupation humaine se fait plus lâche pour les périodes historiques et les vestiges sont rares en dehors du parcellaire moderne/contemporain. Il faut cependant noter la présence de réseaux allemands datés de la Seconde Guerre mondiale en plusieurs points. L’existence d’un tobrouk (petit bunker) sur une parcelle mitoyenne au site avait déjà été relevée, ce qui précise la position des lignes défensives allemandes à proximité de l’aérodrome de La Baule. Enfin, un fossé contemporain a aussi livré des petits flacons de verres allemand, dont un de laxatif, et des plaques de verre opaques vert à inscriptions en lettres dorées dans un style Art déco, qui pourraient appartenir à d’anciennes devantures de pharmacies. Cet ensemble cohérent et original pourrait être peu ou prou contemporain des installations de la Seconde Guerre mondiale et marque la dernière étape d’occupation du site.

Problématiques scientifiques de la post-fouille

La datation d’une large partie des vestiges reste à préciser ou à réaliser, principalement via l’étude du mobilier céramique, des objets en céramique liés au textile (pesons) ou aux activités salicoles (piliers à sel, godets), ou encore des datations radiocarbones.

L’identification d’ensembles de faits cohérents en plan et contemporains d’un point de vue chronologique doit permettre de cerner les principales zones d’occupations du site et leurs organisations internes. Dans le cas présent, il s’agit surtout d’identifier des plans des bâtiments et leurs fonctions, ainsi que de possibles zones d’activités artisanales.

L’artisanat est particulièrement bien représenté sur le site et chaque activité doit être étudiée et caractérisée au mieux, notamment les activités salicoles, mais aussi le textile, la meunerie, la poterie et la métallurgie.

Des analyses physico-chimiques seront menées en laboratoire sur les différents prélèvements réalisés, qu’il s’agisse des charbons pour les datations radiocarbone, du dépôt métallique, voire du contenu de certaines céramiques.