Les fouilles archéologiques menées sur le site de Saint-Martin-aux-Champs (51) – Les Pâtures pillées et le Pré Saint-Pierre (Tranche 5b) ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Rémy Wassong dans le cadre du projet d’extension de carrière porté par la société Morgagni-Zeimett/Nexstone. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés du Néolithique et de la Protohistoire.
Les objectifs de la fouille
L’étude et la datation de structures néolithiques et protohistoriques étaient des points essentiels de l’intervention et prenaient place au sein d’une recherche plus large concernant l’ensemble de la plaine alluviale de la Marne, dans laquelle les exploitations de granulats vont permettre, en partie, d’augmenter la quantité de données disponibles dans le secteur.
Les recherches s’inscrivaient dans l’étude des interactions Homme/Milieu au vu des modifications agraires importantes réalisées lors de la Protohistoire par les défrichements par brûlis, observés lors des fouilles précédentes.
Deux enjeux principaux encadraient les investigations.
Le premier était le développement d’une histoire chronologique détaillée du site et de son statut, en utilisant la typo-chronologie, les méthodes d’analyse spatiale, et la datation absolue.
Si les établissements protohistoriques étaient les plus présents et les mieux documentés jusqu’à présent entre les deux parcelles, la présence de bâtiments typiquement néolithiques coïncidant géographiquement avec la présence d’un mobilier lithique du Néolithique moyen était particulièrement intéressante. Il convenait de tenter de restituer la chrono-stratigraphie et de caractériser l’évolution de l’installation au vu des problématiques concernant les schémas architecturaux variés constatés au Néolithique moyen et final : architecture circulaire, réutilisation d’architecture antérieure, caractère monumental, etc.
Le second enjeu était d’étudier et comprendre l’organisation spatiale et socio-économique du site en définissant quelles activités y ont pris place, et comment elles ont évolué à travers le temps. Bien que toutes les parcelles n’étaient pas contiguës, la vaste surface à ouvrir ici permettait d’envisager une vision globale de l’occupation de ce territoire à plusieurs millénaires d’écart.

Une occupation du Néolithique
Le secteur a fait l’objet de plusieurs campagne de fouilles de sauvetage et préventives. L’opération la plus ancienne remonte à 1981 à La Grande Pièce (La Chaussée-sur-Marne), dirigée par A. Villes. Cette surveillance de travaux a permis la mise au jour de plusieurs bâtiments et d’un ensemble de fosses de rejet datés du Hallstatt (-800 à -450). Il en va de même au Pré La Linotte (La Chaussée-sur-Marne) fouillée en 1990 par Ch. Laurelut. S’en suivent les opérations dirigées par A. Sergent (2018 et 2019), K. Raynaud (2021) et D. Ravry (2023). Ces deux dernières, bien qu’ayant livré des indices d’une occupation de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer, se sont révélées peu denses. On notera par ailleurs que les découvertes sont plutôt attribuées au Mésolithique et surtout au Néolithique. Au total, le secteur a été exploré sur près de 11 hectares.
Le site est bordé à l’ouest par un fossé peu profond, dont les études sont en cours, permettront de définir la contemporanéité ou non avec l’établissement fouillé. De même, à l’est, une zone vide est interprétée comme une zone en eau (chenal avec une activité très faible ou marécage?). Dans la partie nord des emprises, un niveau de sédiment gris-noir avec de nombreux cailloux et galets d’une épaisseur d’environ 20 cm correspond à un évènement unique et relativement violent de type crue. Le mobilier recueilli dans cette couche est très fragmenté et date du Néolithique, de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer. Il est possible que la crue ait détruit des sites autour et éparpillé le mobilier issu de ces occupations sur l’ensemble de la zone.

Une seule structure est clairement attribuable au Néolithique. Il s’agit d’une sépulture à inhumation dont l’individu est particulièrement mal conservé. Il a été enterré accompagné de deux vases complets.
Deux autres sépultures n’ayant livré aucun mobilier ont également fait l’objet d’une fouille. Il est possible que ces individus se rattachent également au Néolithique au regard de la position fléchie des corps. Les datations 14C à venir seront nécessaires pour clarifier la chronologie de ces faits.
On notera également la fouille d’un enclos circulaire de 8 mètres de diamètre dont la datation n’est pas encore connue, bien que ce type de structure évoque plutôt l’âge du Bronze. Aucune sépulture n’a été découverte dans son emprise.

Un enclos du premier âge du Fer

L’occupation principale concerne un important établissement du premier âge du Fer. Le site se présente sous la forme d’un enclos palissadé d’une superficie connue de 1,43 hectare. Cette superficie le classe parmi les plus vastes exemples régionaux. La palissade est interrompue au sud par une entrée marquée par deux fossés palissadés parallèles semblant former un chemin d’accès monumental à l’enclos. Un second accès par un porche monumental est identifié au nord. Dans l’emprise de l’enclos, quinze bâtiments sur poteaux et un fond de cabane ont été identifiés. Il s’agit principalement de petits édifices à l’architecture modeste. L’organisation interne de l’habitat témoigne du respect d’une trame organisationnelle visible à travers l’alignement des constructions et leur orientation similaire. Au nord de cet enclos, un habitat ouvert constitué de très nombreuses fosses de rejets et d’au moins huit bâtiments et trois fonds de cabane, s’étend sur plus de 2 hectares.

Des remaniements de l’architecture de l’enclos sont documentés, bien que la chronologie fine reste à préciser. Durant l’occupation, l’ouverture de l’enclos située au sud est rebouchée laissant le portique monumental au nord comme unique point d’entrée. De même, la travail de fouille a permis d’observer des traces d’arrachements sur certaines portions des palissades (Figure 3). Ce démantèlement s’est fait de manière discontinue sur des distances inégales. On observe également un changement d’architecture entre ces dernières et la palissade nord. À l’ouest et au sud, les poteaux sont espacés de 0,40 m en moyenne et profondément ancrés dans le sol (0,50 m en moyenne). Au nord, l’espacement entre les poteaux est augmenté (0,70 m) et les poteaux sont moins ancrés dans le sol (0,30 m), ce qui explique également la plus faible conservation de cette portion comparée aux autres. L’augmentation de l’espacement entre les poteaux peut induire une plus grande superficie de parois et donc de revêtement à l’approche du portique. Faut-il y voir une accentuation du rôle ostentatoire de l’enclos et de son système d’accès ?
Le mobilier découvert sur le site est très abondant et relativement peu fragmenté. Il se distingue également par des indices de productions artisanales très variés. La métallurgie (battitures et polissoirs en pierre orientent l’activité plus précisément vers la forge) semble tenir le rôle central avec 29 fours situés en plein cœur de l’enclos. La découverte de fusaïoles, de bobines et de deux dévidoirs en terre cuite attestent également de la présence d’activités liées au filage, voire au tissage.

Le rouissage pourrait également être attesté par la découverte d’une importante couche de paille au sein d’une fosse profonde.
En outre, il faut mentionner la découverte de quatre fragments d’amphores, dont une anse et un bord. Les premières observations semblent indiquer une origine corinthienne pour le premier élément, et de Grande Grèce pour le second, avec des datations comprises entre le 6ème et le 5ème siècle avant notre ère. Ces observations seront affinées grâce aux études en cours.
Problématiques scientifiques de la post-fouille
Par sa superficie, son mobilier abondant et la pluralité des activités artisanales identifiées, ce site se distingue des autres sites connus à l’échelle régionale pour le premier âge du Fer. Son étude constituera à terme un apport important pour le renouvellement des problématiques et la compréhension des enclos champenois jusqu’ici connu pour la faible quantité du mobilier associé.


