EQUANCOURT (80) – Secteur 3

Les fouilles archéologiques menées sur le site de Equancourt (80) – Secteur 3_S3-T019 – MS7 du lot 3 de l’AC de la Société du Canal Seine-Nord Europe (SCSNE) ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Grégoire Ratel. Elles se sont déroulées dans le cadre des travaux du futur Canal Seine-Nord Europe portés par la SCSNE, et financés par l’Europe, l’État français, les régions Hauts-de-France et Île-de-France, et les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme et de l’Oise.
Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés de la Protohistoire, de l’Antiquité, du Moyen Âge et de l’époque contemporaine.

Les objectifs de la fouille

La prescription archéologique avait pour objectif l’exploration diachronique d’occupations laténiennes, du Haut-Empire, du Bas-Empire ainsi que de vestiges funéraires du début de la période médiévale. Les incinérations de l’âge du Fer et de l’Antiquité, la nécropole transition Bas-Empire-Haut Moyen Âge, l’enclos en agrafe et les bâtiments sur poteaux laténiens, les structures liées à l’occupation antique de bord de voie présentes dans l’aire prescrite, ont été également traités afin de déterminer au mieux leurs relations.

L’opération s’attachait ainsi à la reconnaissance, la caractérisation et le phasage des différentes occupations présentes sur le site et à l’intégration des données de la fouille dans le contexte micro-régional afin d’en reconstituer les schémas d’occupation et d’organisation du territoire.

L’opération devait consister en la réalisation d’une étude typo-chronologique fine et détaillée de tous les artéfacts et structures découverts afin de déterminer leurs fonctions, en relation notamment avec les modes d’acquisition, de production, de consommation et d’abandon. Les investigations avaient ainsi pour but d’appréhender et d’identifier les différents types d’aménagements et de faits archéologiques (bâtiments, fosses, fossés, etc.), d’en établir les plans, de préciser les relations stratigraphiques et les relations fonctionnelles et d’en déterminer la chronologie (étude du mobilier archéologique, analyses radiocarbones, etc.). Cette étape a permis de documenter l’organisation spatiale et chronologique de toutes les structures du site et leur mise en perspective avec les résultats issus de fouilles antérieures, à l’échelon local et micro-régional. Ces opérations de terrain ont été complétées par un dépouillement des sources anciennes disponibles, historiques et iconographiques pour les périodes concernées.

L’étude permettait également de documenter l’intégralité du site, de participer à la synthèse de ce secteur géographique et d’établir d’éventuelles correspondances avec des vestiges issus de sites analogues.

Afin d’appréhender le site dans son contexte naturel, la fouille a veillé à analyser l’environnement physique de l’occupation et des éventuels aménagements périphériques. L’opération s’est attachée à réunir de nouvelles données permettant de caractériser la chronologie et l’évolution de l’environnement naturel et anthropique de ce site ainsi que sur les conditions d’exploitation de ce milieu.

Fig. 1 : Plan masse de l’opération. Crédit : Éveha, 2025.

Un monument funéraire caractéristique de la Protohistoire ancienne

Les origines anthropiques des lieux remontent à la Protohistoire ancienne. La partie topographique la plus élevée du site conserve les traces d’un cercle funéraire d’une dizaine de mètres de diamètre. Surplombant le thalweg qui passe à l’ouest, cette position domine son environnement. En absence de mobilier, la chronologie affinée du cercle funéraire reste incertaine. Les caractéristiques architecturales de ce monument laissent néanmoins présager d’une construction de l’âge du Bronze ou du premier âge du Fer. Des analyses radiocarbones pourront amener des précisions sur ce point.

Des tombes à incinération de La Tène moyenne (-250 à -150 avant notre ère)

Après un hiatus chronologique à La Tène ancienne, les traces d’une présence humaine sur ce territoire viromanduens se manifestent à nouveau à La Tène moyenne. Cette occupation se distingue une nouvelle fois par son caractère funéraire. Cinq sépultures à crémation ont ainsi été découvertes dans les pentes du thalweg.

Les quatre premières crémations sont alignées selon un axe est-ouest. Elles s’organisent par paires et sont départagées entre elles par le paléo-vallon, matérialisant ainsi deux noyaux funéraires distincts. La cinquième tombe à crémation est isolée, elle se situe sur le versant ouest du thalweg au sud de l’emprise à une altimétrie nettement plus basse que les tombes précédentes. Nous soulignerons toutefois que ces sépultures se positionnent sur les marges de l’emprise et que cela impose une réflexion nécessaire sur le nombre de tombes et a fortiori sur leur organisation.

Des tombes à incinération de La Tène finale (-150 à -25 avant notre ère)

À l’opposé, à 300 mètres à l’est de ces groupes funéraires, une nouvelle paire de deux tombes à crémation a été mise au jour, marquant une nouvelle récurrence dans le nombre de tombes associées. Attribuées à la toute fin du Second âge du Fer, ces sépultures ont été découvertes à l’est d’un système fossoyé en agrafe, chronologiquement calé de la même période. La fouille de ces sépultures a mis en évidence des vases ossuaires et un riche corpus de céramiques (5 à 6 pots de conservation).

Un établissement rural de la fin de la période gauloise et du début de l’époque gallo-romaine

Un établissement agro-pastoral de la fin de la période laténienne et des débuts de l’Antiquité romaine occupe la partie centrale et orientale de la fouille. Structuré par un système d’enclos en agrafe imbriqués avec plusieurs ramifications internes, l’établissement rural comporte plusieurs greniers. Les volumes des denrées conservées sont variables : deux greniers accolés présentent ainsi en plan des dimensions différenciées. Des silos complètent la typologie des structures d’ensilage. Une datation fine de ces fosses permettra de préciser si les silos sont abandonnés à la fin de la période gauloise au profit des greniers aériens ou a contrario si les deux types de structures sont employés en même temps.

À l’est de l’établissement rural, des ensembles architecturaux interrogent sur leur fonction. Cloisonnés par des fossés, ces édifices de petite superficie présentent un pan ouvert sans aucune trace d’aménagement tandis que les trois autres pans affichent des trous de poteau assez resserrés de diamètre réduit et de faible profondeur. Dans le contexte d’un établissement à vocation agro-pastorale, cet édifice peut s’apparenter à un enclos d’isolement des bêtes, pour la mise bas, la traite du lait ou la tonte par exemple. La portion vide d’aménagement peut alors être dévolue à un système d’ouverture et de fermeture légère de type barrière en bois tandis que le reste de l’édifice ceinturé par un maillage serré de pieux ferme la construction. Tout ceci, de l’ordre de l’hypothèse, est à considérer avec prudence.

Fig.2 : Cave maçonnée. Vue du mur occidental et des niches Crédit : Éveha, 2025.

Les vestiges d’une cave maçonnée et de deux celliers excavés ont également été mis en évidence au cœur de l’établissement. En partie récupérée, la cave conservait à 1,30 m de profondeur quatre assises de son mur oriental. Bâti avec des moellons équarris de calcaire local, le mur est conservé sur deux mètres de long. Une bande d’argile beige foncé a été remarquée sur l’extérieur du mur afin probablement d’étanchéifier la substructure.
Ce même matériau a été utilisé pour lier les blocs de calcaire. Les celliers, moins profondément excavés, ont été étayés en matériau périssable. Un niveau organique brun foncé a été relevé au fond de l’une des deux structures de stockage, témoignant sans doute d’un reliquat de plancher. Dans l’un de ces creusements, des fragments d’une meule, probablement à utilisation domestique, ont été ramassés.

Fig.3 : Vue en plan de la cave 1719. Crédit : Éveha, 2025.
Fig.4 : Vue du mur oriental de la cave 1719. Crédit : Éveha, 2025.

Au nord de la fouille dans le secteur ouest, près de la voie antique reliant St-Quentin à Arras, en territoire atrébate, une seconde cave très bien préservée a été mise en évidence. Elle est conservée sur 1,30 m de hauteur. Dans le comblement, une clef de voûte a été récupérée témoignant de l’utilisation d’un probable rez-de-chaussée. Un fût de colonne en grès a également été retrouvé en position secondaire dans l’angle sud-est. Principalement maçonné en opus quadratum et doté de quatre niches, le mur occidental présente une fondation en opus spicatum tandis que les trois autres murs ont été mis en œuvre en appareillage à damier.

À l’ouest, un chemin en creux orienté sud-sud-ouest/nord-nord-est marqué par des ornières creusées dans la craie, traverse l’emprise de fouille pour se connecter à la voie antique qui borde l’emprise septentrionale. Un corpus important de monnaies tardo-antiques a notamment été retrouvé.

Un espace funéraire du Haut-Empire (-25 avant notre ère – milieu du 3e s. après notre ère)

Au nord de l’emprise, dans le secteur central, la fouille a mis au jour un espace funéraire constitué d’une dizaine de tombes à incinération du Haut-Empire. Ces sépultures sont implantées à une trentaine de mètres au sud de la voie antique expliquant en partie ce choix d’implantation. Les tombes sont par ailleurs situées au sommet du site, justifiant également de cette installation préférentielle. Les restes osseux sont généralement rassemblés dans un contenant en matériau périssable et sont accompagnés de vases en céramique ainsi que de quelques effets personnels (parures, accessoires vestimentaires).

Une nécropole du Bas-Empire (milieu 3e-fin 5e siècle)

La nécropole du Bas-Empire comporte 48 sépultures à inhumation. Elle présente un plan concentrique avec une densité de sépultures plus marquée au centre et au nord de l’aire funéraire. Les tombes sont creusées selon différents axes : l’orientation des défunts est-ouest (tête vers l’est) prédomine nettement mais des orientations nord-est/sud-ouest (tête vers le nord-est) et une direction nord-sud (tête vers le nord) ont été observées dans quelques cas. Les sépultures sont exclusivement individuelles et sont majoritairement composées d’adultes, mais des individus immatures et périnataux sont également présents.

Fig. 5 : Vue en oblique de la tombe tardo antique 1276 et des offrandes funéraires associées. Crédit : Éveha, 2025.

La fouille a révélé la présence de chambres funéraires (excavées jusqu’à 1,80 m de profondeur pour certaines). Les défunts sont habillés, chaussés et munis de leurs effets personnels (bijoux, accessoires vestimentaires, nécessaires de toilette). Ils sont placés en decubitus dorsal, le plus souvent dans un contenant en bois cloué. La chambre funéraire contient de nombreuses offrandes funéraires dont l’association évoque la mise en scène d’un banquet (cruches, assiettes en sigillée, verre à boire, écuelles, dépôts carnés, pots de conservation). La population affiche un statut social privilégié.

Fig. 6 : Mobilier d’accompagnement d’une sépulture. Crédit : Éveha, 2025.

Une nécropole du Haut Moyen Âge (début 6e-fin 8e siècle)

La nécropole mérovingienne se situe en milieu de versant, à la suite de la nécropole antique. De plan piriforme, cet espace funéraire comporte 270 tombes disposées en rangées serrées d’une vingtaine d’individus. Les sépultures sont orientées est-ouest (tête du défunt à l’ouest). Les défunts sont également enterrés habillés munis de leurs effets personnels. Ils sont parfois accompagnés d’armement.

Fig. 7 : Vue au drone de la nécropole mérovingienne. Crédit : Éveha, 2025.

Des vestiges de la Grande Guerre

L’emprise de fouille se situe sur un ancien campement de soldats britanniques de la Première Guerre mondiale. En retrait du front, les vestiges mis au jour s’apparentent essentiellement à des abris semi-enterrés. Quelques objets du quotidien ont été documentés.

Problématiques scientifiques de la post-fouille

La phase de post-fouille est actuellement en cours et devra répondre à plusieurs thématiques que sont le funéraire, le monétaire, l’étude des artefacts et des écofacts.

Pour le funéraire, les études se tourneront vers l’évolution des pratiques funéraires du Haut-Empire à la fin de la période mérovingienne voire au début de l’époque carolingienne. On cherchera à déterminer l’origine des défunts (population endogène ou allogène ou mixité) avec des études ADN et isotopique à envisager.

Des recherches seront menées sur la continuité ou le changement du statut social des défunts, l’aire funéraire couvrant sept siècles. On s’attachera également à étudier l’état sanitaire des défunts. On s’intéressera également au contenu des offrandes funéraires qui sont d’une grande variété.

Des études architecturales seront également menées sur les techniques de construction de la cave, dont un mur en soupirail interroge.