ÉPIEDS-EN-BEAUCE (45) – Les Fosses Blanches

Les fouilles archéologiques menées sur le site d’Épieds-en-Beauce (45) – Les Fosses Blanches ont été réalisées sous la responsabilité de Nicolas Peyne dans le cadre du projet d’aménagement porté par la SA Tout Faire. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés de la Protohistoire et de l’Antiquité.

Objectifs scientifiques

L’objectif principal de cette fouille, d’une emprise totale de 33 500 m², résidait dans la caractérisation et la datation précise des différentes entités déjà identifiées au cours de la phase de diagnostic, notamment un bâtiment et deux enclos attribués au second âge du Fer (460 à 25 av. J.-C.) et un enclos antique matérialisé par des fossés.

Il s’agissait de définir et d’analyser l’organisation spatiale, la fonction des aménagements mis au jour et de les replacer dans leur cadre environnemental. Il était envisagé de s’appuyer sur des lots conséquents afin de contribuer à l’affinement de la *typochronologie régionale.

Les recherches devaient également permettre d’établir leurs liaisons avec les découvertes effectuées lors des interventions archéologiques antérieures sur la ZAC, à l’ouest du site. Enfin, l’ensemble des données recueillies devait faire l’objet d’une mise en perspective globale avec les résultats des travaux régionaux portant sur les occupations s’étalant du second âge du Fer à l’Antiquité.

*typochronologie : méthode de datation relative en archéologie, consistant à dater un objet ou une structure en étudiant l’évolution de ses caractéristiques physiques au fil du temps (forme, décors, matériau ou mode de fabrication) et en les comparant à des référentiels typologiques établis.

Des indices d’occupation de la Protohistoire ancienne

Les vestiges rattachables aux phases anciennes de la Protohistoire, probablement datés de la fin de l’âge du Bronze au premier âge du Fer (période débutant aux alentours de 800 av. J.-C.), apportent un complément utile à la documentation déjà récoltée sur la ZAC concernant ces périodes.

Fig. 1 : Vue en coupe de la fosse en Y. Crédit : Éveha 2026

La fouille d’une fosse a notamment livré un exemplaire particulièrement net de *fosse en Y (Schlitzgrube) (Fig. 1). Par ailleurs, une fosse et deux silos ont été fouillés dans la partie sud de l’opération, dont l’un s’inscrit en relation stratigraphique directe avec une fosse polylobée (Fig. 2), déjà repérée lors de la phase de diagnostic. L’une de ces structures d’ensilage a révélé la présence du squelette d’un cheval (Fig. 3) déposé au fond de la fosse. La fouille fine de cet individu met en évidence une manipulation de l’individu, peut-être pour des parties sélectionnées de viande.


*Fosse à en Y : structure archéologique caractérisée par une partie supérieure évasée qui se resserre et devient verticale ou très étroite au fond, formant ainsi un profil en forme de « Y ». Elles sont majoritairement datées du Néolithique et de l’âge du Bronze. Les recherches récentes montrent qu’il s’agissait souvent de fosses de chasse.


Fig. 2 : Vue de la fosse polylobée en fin de fouille. Crédit : Coline de Rancourt, Éveha 2026
Fig. 3 : Vue du dépôt d’un équidé au fond d’un silo protohistorique. Crédit : Éveha 2026

Un établissement rural du second âge du Fer (La Tène finale)

L’occupation principale du site s’organise autour d’un vaste établissement rural de La Tène finale (150 av. J.-C. à 25 av. J.-C.), caractérisé par des enclos emboîtés auxquels succède, à une centaine de mètres au nord, un enclos antique des IIe et IIIe siècles après J.-C.

L’occupation de La Tène finale comprend trois enclos installés après une déprise forestière marquée par de nombreux chablis, dont le gap chronologique reste à préciser.

L’enclos n° 1 délimite une aire de 78 m de long pour une largeur de 70 m. L’enclos n° 2, quant à lui, ne constitue qu’une bande de 18 m dans le prolongement du premier, car un troisième fossé vient délimiter un autre espace dans l’angle sud-est de l’emprise prescrite. Ces deux dernières bandes ne sont pas entièrement connues, mais les photos aériennes réalisées à la fin des décapages montrent clairement une prolongation de l’établissement hors emprise (Fig. 4).

Fig. 4 : Vue aérienne de l’enclos laténien et de sa poursuite hors emprise dans les champs en cultures.
Crédit : Éveha 2026

Un talus interne a été mis en évidence et deux interruptions emboitées sont marquées respectivement par des trous de poteau formant un portique simple. Le dispositif d’entrée de l’enclos n° 1 a fait l’objet d’une séquence de réaménagement.


Fig. 5 : Plan schématique des trois étapes de l’enclos gaulois. Crédit : Éveha 2026

Les observations réalisées à l’intersection des fossés d’enclos montrent un séquençage dans l’aménagement de ces fossés d’enclos. En effet, le complexe d’enclos emboîtés observé est en réalité la résultante de trois séquences de creusement de fossés. La première phase correspond à l’enclos n° 2, sous une forme de rectangle simple avec un seul angle connu (ouest). Ensuite, le fossé le plus à l’est est aménagé, sans que le précédent enclos ne soit entièrement rebouché. Le creusement de l’enclos n° 1 correspond à l’aménagement final à un moment où le fossé le plus à l’est est obturé et où subsiste l’enclos originel (Fig. 5).

À l’intérieur de ces enclos, l’organisation spatiale révèle deux constructions dans les angles opposés : un grenier sur quatre poteaux à l’ouest et un petit ensemble de 14 trous de poteau à l’est dont une partie est hors emprise (Fig. 6).


Fig. 6 : Vue de l’enclos gaulois en cours de fouille. Crédit : Éveha 2026

La majeure partie des mobiliers ont été découverts dans l’angle sud-est de l’opération, témoignant d’activités domestiques dans l’enclos n° 2 et plus largement hors emprise. Les fosses et les contextes sédimentaires, à l’extrémité sud-est, étayent cette hypothèse de la position de l’habitat.

Un grand bâtiment sur 22 poteaux plantés (UA 01) couvrant 113 m² est attribué par un dosage radiocarbone réalisé au moment du diagnostic à la fin de la période laténienne
(Fig. 7).


Fig. 7 : Vue de l’UA 01 en fin de fouille. Crédit : Éveha 2026

Le mobilier découvert témoigne d’une activité soutenue et de réseaux d’échanges dynamiques, avec un vaisselier intégrant des céramiques fines et communes tardives, de nombreux fragments d’amphores vinaires italiques Dressel 1A et 1B issues des ateliers d’Albinia en Étrurie, ainsi que des dépôts détritiques d’élevage de bovidés, suidés et caprinés, ou encore une pointe de lance intacte, une faucille en fer, des fibules et un fragment de meule rotative en grès rouge et blanc originaire du Berry.

Une occupation du Haut-Empire


Fig. 8 : Vue de la zone antique en début de fouille. Crédit : Éveha 2026

L’occupation antique se développe au nord de l’emprise de fouille (Fig. 8). Elle est délimitée par des fossés peu profonds. Cet enclos, dont deux angles ont été découvert, comporte une partie hors emprise du côté est.

Les recreusements des fossés et les mobiliers témoignent de deux phases successives d’aménagements. La première phase, constituée de deux fossés d’enclos formant un L, orientés sud-ouest–nord-est, est suivie dans une seconde phase d’un enclos sans doute quadrangulaire reprenant la même orientation générale que le précédent et doté d’une entrée à l’ouest.

Les aménagements à l’intérieur de l’enclos correspondent à des séries de trous de poteau alignés formant des clôtures, peut-être pour du parcage d’animaux. Trois silos, un cellier, une fosse latrine ont fourni la majeure partie du mobilier archéologique, dont un lot de pesons n’ayant pas été cuits au fond des latrines (Fig. 9). Les rejets détritiques de céramiques, d’objets métalliques et de faune trahissent un habitat à vocation agropastorale. Les fragments de tuile à rebords témoignent de la proximité des bâtiments.


Fig. 10 : Vue d’un ensemble de pesons rejetés avant cuisson définitive dans des latrines. Crédit : Éveha 2026

Dans la berme sud, un angle de bâtiment antique maçonné a également été découvert (UA 08). L’élévation est conservée sur 3 assises régulières constituées de moellons calcaire grossièrement équarris et liés au mortier de chaux. L’ensemble est installé sur une fondation de blocs calcaires installés dans une tranchée.

Un puits a également été découvert au sein de cet établissement rural du Haut-Empire (Ier au IIIe siècles ap. J.-C.). Une équipe du pôle Fouille en Milieu Confiné (FMC), sous la direction de Marc-Antoine Thierry, a procédé à la fouille manuelle de la structure.

À la surface de décapage, la margelle est matérialisée par une couronne de blocs calcaires de 4,10 m de diamètre, reposant sur un ressaut taillé dans le substrat. Le creusement se rétrécit rapidement pour former un conduit circulaire régulier de 1,40 m de diamètre. Ses parois, brutes, sont directement creusées dans le substrat calcaire jusqu’à une profondeur totale de 9,70 m. De rares traces d’outils sont encore perceptibles (Fig. 11). Le substrat, fortement altéré sur les cinq premiers mètres, a notamment entraîné la formation d’une cavité dans la paroi sud-est, avant de devenir progressivement plus compact jusqu’au fond.

Fig. 11 : Traces d’outils visibles dans les parois du puits. Crédit : Éveha 2026

Le puits était encore alimenté en eau lors de la fouille : de nombreuses résurgences ont été observées sur l’ensemble des parois, notamment à travers le substrat sur près d’un mètre de hauteur depuis le fond, nécessitant l’emploi d’une hydropompe (Fig. 12).

Fig. 12 : Résurgences d’eau dans les parois du puits. Crédit : Éveha 2026

L’étude des comblements tend à démontrer l’absence de niveaux directement liés à l’utilisation de ce puits. Une première phase de colmatage, correspondant à deux séquences stratigraphiques, témoigne de sa réutilisation comme dépotoir.

Plusieurs rejets de mobilier, liés aux différentes activités identifiées sur le site et à proximité immédiate du puits, ont ainsi été recueillis : tessons de céramique, datés entre la fin du IIe et la première moitié du Ier siècle avant J.-C., peson en terre cuite, restes fauniques, fragments de tegulae et clous métalliques.

Fig. 13 : Blocs calcaires issus du comblement principal du puits. Crédit : Éveha 2026

Une seconde phase correspond au comblement principal et au scellement définitif du puits lors de l’abandon du site. Celui-ci est alors remblayé sur près de 9 m de hauteur au moyen de blocs et de pierres calcaires (Fig. 13). Dans ce remplissage ont notamment été découverts une meule en grès destinée à la mouture du grain (Fig. 14), un ensemble de clous appartenant à une chaussure, les restes d’au moins deux animaux, dont une volaille, ainsi qu’un moellon calcaire.

Fig. 14 : Meule en grès retrouvée dans le comblement principal du puits. Crédit : Éveha 2026

La découverte la plus singulière réside toutefois dans la présence d’un squelette humain (dépôt primaire individuel), à seulement 1,75 m sous la surface de décapage. Mis au jour au sein du remblai, entre les blocs et sans aménagement funéraire clairement identifié, il correspond à un immature déposé en décubitus ventral, les membres inférieurs volontairement repliés en direction du bassin (Fig. 15). Cette découverte, peu habituelle pour ce type de structure et pour la période considérée, fera l’objet d’une étude anthropologique et archéo-thanatologique approfondie en post-fouille, dont les premiers résultats s’annoncent déjà particulièrement riches.

Fig. 15 : Squelette d’immature retrouvé dans le comblement du puits. Crédit : Éveha 2026

Problématiques scientifiques de la post-fouille

Les étude de mobiliers sont actuellement en cours et donneront lieu à une réflexion sur l’insertion de ces établissements dans les circuits commerciaux de leurs périodes respectives (meules, amphores, céramiques…).

La démarche sera complétée par l’étude géomorphologique afin de documenter la taphonomie du site et la succession des paysages avant, pendant et après les occupations, permettant ainsi d’étudier la restructuration d’un terroir agricole durant la Protohistoire et l’Antiquité.