Les fouilles archéologiques menées sur le site de Livron-sur-Drôme (26) – 112 avenue Albert Mazade ont été réalisées par le bureau d’études Éveha, sous la responsabilité de Gwenaëlle Grange, dans le cadre du projet d’aménagement porté par SNC LIDL Direction Régionale de Pontcharra. Les investigations ont mis en évidence, sur une surface de
2720 m², des niveaux archéologiques s’échelonnant du Néolithique (6000-2300 av. J.-C.) à l’époque contemporaine. Les vestiges les plus denses sont associés au Haut Moyen Âge (476-1000 ap. J.-C.).
Les objectifs de la fouille
Suite au diagnostic ayant révélé des vestiges s’étendant d’un paléosol protohistorique jusqu’à une occupation des 9e-10e siècles, les objectifs de la fouille préventive visaient principalement à documenter l’ensemble des structures identifiées, tout en caractérisant de manière détaillée le complexe rural du Premier Moyen Âge, considéré comme l’objectif majeur.
Ce travail devait également permettre des comparaisons avec les établissements ruraux environnants afin de mieux saisir l’évolution de l’habitat, notamment le passage des grandes exploitations domaniales de Haut-Empire aux « communautés agricoles » dispersées du Premier Moyen Âge.
Une équipe pluridisciplinaire était sollicitée pour aborder les thématiques homme-milieu, incluant l’évolution du paysage ainsi que l’étude des consommations et des prélèvements. Enfin, l’ambition était de proposer une synthèse inscrivant ce complexe rural dans son contexte local, d’en éclairer le fonctionnement en lien avec les autres sites du secteur, et de déterminer les raisons ayant mené à l’abandon de l’occupation.
De rares témoins d’une occupation pré- et protohistorique du site
Quelques sondages profonds ont permis d’atteindre les niveaux néolithiques et le paléosol protohistorique. Hormis quelques chablis (trou laissé par un arbre déraciné) et un trou de poteau en bordure ouest du site, aucune structure d’origine humaine n’a cependant été découverte pour ces périodes.



Un camp militaire d’époque républicaine ?
Les rares structures archéologiques datant de la période romaine républicaine (-125 à -27 av. J.-C.) se concentrent dans la partie sud du site. Il s’agit de quelques fosses aux limites peu visibles et de trois sections de fossés. Deux d’entre eux, orientés est-ouest, présentent un profil très similaire et rappellent clairement les fossés cernant les camps militaires repérés sur d’autres sites de la plaine de Valence. L’interruption de ces fossés évoquerait une entrée. Le troisième fossé, orienté nord-sud, est isolé dans une petite enclave du site. Malgré sa faible profondeur, il a livré plus de mobilier que les deux autres (terres cuites architecturales, céramique et os animaux). Bien que peu nombreuses, ces structures témoignent d’une occupation romaine précoce (-125 à -27 av. J.-C.). Elles constituent très probablement un camp militaire occupant alors la moitié sud de l’emprise de fouille et se prolongeant au-delà.
Fosses et fossés dans l’Antiquité

Des aménagements ont été rattachés à l’Antiquité (-25 av. J.-C. à 476 ap. J.-C.) en s’appuyant sur la chronologie relative et la présence de tuiles et de briques, mais leur datation demande à être précisée par l’étude du mobilier archéologique. Ces vestiges se répartissent dans la moitié nord de l’emprise de fouille et comprennent principalement un fossé d’orientation est-ouest découvert lors du diagnostic archéologique. Large et muni d’un fond plat, il résulterait de la modification d’un chenal initialement naturel. Au nord, ont été observées plusieurs fosses oblongues de fonction indéterminée, remplies d’éclats de pierres et de tuiles.

Évolution d’une ferme au Moyen Âge

Les vestiges médiévaux sont concentrés au nord du site et se prolongent d’est en ouest au-delà de l’emprise de fouille. Ils s’échelonnent entre le 5e et le 10e siècle. L’espace, bien délimité par un mur au nord et par un fossé au sud, s’organise autour d’un corps de bâtiment, d’une cour et de ses bâtiments annexes, ainsi que d’un espace rassemblant des constructions de fonction encore indéterminée. Cependant, ces structures ne sont pas strictement contemporaines. L’étude du mobilier associé et les datations radiocarbones permettront de préciser leurs relations chronologiques. Quatre excavations à fond plat, parfois entourées de trous de poteau matérialisant des espaces construits, ont été mises en évidence. Elles pourraient constituer les vestiges de bâtiments semi-excavés, de fonds de cave, de celliers ou encore de vides sanitaires par exemple. Un bâtiment de plan carré sur solin (maçonnerie, mur de pierres de faible hauteur sur lequel repose un mur en terre et/ou en bois, servant à isoler celui-ci de l’humidité) a été enregistré. Il reprend le plan d’un ancien bâtiment sous-jacent construit sur des poteaux en bois. Une cour est encadrée par ce bâtiment et un second solin de pierres. Les nombreux trous de poteau observés dans la cour suggèrent la présence de constructions annexes. Un silo et deux puits se trouvaient d’ailleurs à proximité. Plusieurs petits foyers ou fosses de rejet de foyer ont également été détectés, notamment en périphérie de l’occupation. Enfin, une sépulture apparaît au sein de cette dense occupation. Elle a sans doute été mise en place après l’abandon du secteur.


La zone regroupe ainsi un corps de bâtiment, une cour, des constructions annexes, des points d’eau, des structures de combustion et des indices succincts d’activités artisanales qui pourraient constituer les vestiges d’une ferme autosubsistante. Le mobilier associé permettra peut-être d’attribuer une fonction aux différents espaces fouillés, de mieux cerner la nature de l’occupation et d’évaluer le statut de ses occupants. Il englobe notamment des fragments de céramiques, que nous pouvons d’ores et déjà dater des 6e-7e et des 9e-10e siècles, des os d’animaux, des lissoirs, quelques pesons composant les métiers à tisser, des objets métalliques, notamment en alliage cuivreux, ainsi que des scories constituant les déchets de l’artisanat du métal.


Une exploitation agricole aux époques moderne et contemporaine ?
Quelques aménagements fugaces, témoins d’une fréquentation humaine du secteur, s’installent au-dessus des vestiges abandonnés du site médiéval. Ils prennent notamment la forme d’une construction légère sur poteaux et fondation en pierres, de quelques fosses et d’un fossé. La parcelle a sans doute été exploitée pour l’agriculture, ce qui serait cohérent avec sa représentation sur le cadastre napoléonien ou sur la carte d’État Major du 19e siècle. Elle y apparaît en effet comme une zone de culture où sont implantés quelques bâtiments épars.
Les recherches en laboratoire
En post-fouille, l’analyse du mobilier archéologique permettra d’enrichir l’interprétation des vestiges découverts en précisant leur chronologie et la nature des occupations successives du site (habitat, exploitation agricole, stockage, artisanat, etc). L’examen des prélèvements sédimentaires, en particulier de ceux réalisés dans les silos ou les trous de poteau, pourra également mettre en évidence la présence de graines (carporestes), témoignant d’activités de stockage de denrées ou de semences. Des analyses chimiques de ces prélèvements pourront quant à elles permettre de détecter des activités spécifiques dans certains secteurs.
L’ensemble de ces données, associées aux phases chronologiques, permettra de mieux appréhender les types d’occupations successives au fil des périodes et leur insertion dans le contexte local.


